Midi Olympique

Chronique de P. Villepreux

La chronique de Pierre Villepreux
Par Rugbyrama

Le 31/03/2008 à 11:15Mis à jour

Notre consultant Pierre Villepreux s'intéresse cette semaine au rôle de l'entraîneur qui a beaucoup évolué ces dernières années. La communication fait partie intégrante du métier.

Il n"est pas si loin le temps où les entraîneurs pouvaient dormir tranquilles. Dans la conjoncture du rugby professionnel cela devient plus difficile. On n"a plus trop le droit de perdre y compris dans le court terme. Avant, la tendance globale de l"opinion était d"accorder sa confiance à l"entraîneur. On ne prenait pas en compte les compétences car les mauvais résultats étaient essentiellement attribués aux joueurs et on ne quémandait pas de justifications au coach.

Aujourd'hui, face à l'intérêt que le rugby génère ,- celui-ci appartient à un large public qui dépassent maintenant le seul cadre des initiés - on se trouve dans une autre conjoncture qui légitime les jugements portés, ici et là, sur la gestion et les actes de ceux qui sont en charge du jeu, je parle des entraîneurs, mais aussi pour compliquer la communication, des managers dont la position entre sportifs et administratifs n'est pas toujours très bien définie.

L'opinion, que celle-ci soit médiatique ou populaire est un facteur qu'il convient maintenant de prendre en compte avec sérieux puisque il s'agit bien de savoir maîtriser la communication dans le cadre d'un contexte social et sportif qui est de plus en plus demandeur de visibilité.

Nous sommes dans une société rugbystique qui se reconnaît dans des modèles de jeu. Ceux-ci se développent dans le clivage traditionnel, "rugby de mouvement" par essence adaptatif qui prend en compte la gestion des déplacements du ballon et des attaquants relativement à la réaction de la défense... et, par opposition, celui d'un rugby construit à partir de l'efficacité des phases statiques.

Il est curieux de voir que la perception que cette societé rugbystique a du rugby les placent dans un camp ou dans l'autre et leur fait logiquement accepter et reconnaître les responsables (entraineur et manager) se réclamant du premier modèle ou du second.

Je crois sincèrement que pour exister dans le temps, il devient essentiel de mettre à la disposition de tous le pourquoi d'un style de jeu et si possible le comment y parvenir, ce qui pose le problème des explications utiles sur la démarche utilisée et sur les priorités sur lesquelles il convient de travailler pour réussir. Dans cette relation de compréhension l'entraîneur ne peut rester dans l'évasif, puisqu'il lui faut tout à la fois rassurer ses partisans en les faisant accéder à plus de connaissances tout en essayant, autant que faire se peut, de convertir les plus septiques.

Apporter cette relation avec l'opinion par une communication adéquate devrait permettre aux entraîneurs de développer "dans le temps" un "vrai pouvoir", pas celui que l'on accorde trop artificiellement à ceux qui arrivent pour remplacer les "débarqués".

Mais pour mieux communiquer et faire adhérer, il faut accepter aussi de faire l'effort de mettre à la disposition du plus grand nombre son système de pensée, dans le cadre d'un projet, d'un style de jeu et donc du choix des joueurs pour le réaliser.

Intégrer cette communication, c'est aussi changer d'état d'esprit. On peut y accéder bien sûr par l'expérience, mais il faut savoir faire preuve de modestie pour ne pas dire d'humilité et accepter de ne pas rester dans sa bulle. La confiance des autres ne se gagne pas seulement par les responsabilités qui vous ont été confiées. Le rôle donné à l'entraîneur ne suffit plus pour valider des compétences.

Confronté à l'évolution de plus en plus rapides du jeu, l'entraîneur et son staff vont devoir dépasser le cadre devenu trop étroit pour s'engager dans un management d'échanges avec un autre public, ce qui demandera d'autres repères et donc une autre vision de sa fonction. Ce n'est pas nouveau, mais, le rugby a pris une dimension supérieure depuis l'arrivée du professionalisme.

Pour se stabiliser dans cette fonction, il faut savoir jouer avec ce qui marche et qui ne marche pas, en répondant aux attentes et en échangeant à tous les niveaux et pas seulement en allant chercher des avis à l'échelon hiérarchique supérieur.

L'entraîneur de demain devra être d'abord à la disposition de la charge qui lui est confiée et non pas utiliser sa fonction pour alimenter sa valeur personnelle.

Dans le contexte actuel, le rugby est en train d'épouser les méfaits déjà constatés dans d'autres sports. Pour éviter les licenciements de plus en plus nombreux, il faudra que les personnes en charge du management sachent sortir avec pertinence de la seule relation avec les joueurs. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut communiquer sur tout et n'importe comment en inondant l'opinion d'informations qui ne renseignent en rien sur le travail réalisé en profondeur. Il s'agit bien au contraire que la communication explicative faite au plus grand nombre soit perçue comme une plus value qui va rebondir sur tout le projet et va impliquer encore mieux les acteurs qui doivent mettre ce projet en place, en premier joueurs et dirigeants.

On peut bien sur faire confiance en ses capacités pour y arriver mais pour faire mieux, il convient quand on se lance dans cette profession d'aller chercher en amont la formation utile. Celle-ci me paraît indispensable pour se présenter, face à la multiplicité des compétences maintenant demandées, avec les armes essentielles pour  "performer" dans le système.

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