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RUGBY - L'incroyable Luc ! Lafforgue (43 ans) n'a toujours pas raccroché les crampons...

L'incroyable Luc ! Lafforgue n'a toujours pas raccroché les crampons...

Le 31/10/2017 à 10:46Mis à jour Le 31/10/2017 à 11:50

Il a découvert l'élite en 1993 avec Tarbes, il était titulaire en finale du championnat en 2002 : autant dire qu'en 2017, il devrait comme ceux de sa génération, avoir raccroché. Mais en 2017, Luc Lafforgue, lui, court toujours. A 43 ans, il a signé pour une nouvelle saison en Fédérale 3 à Bon-Encontre, dans la banlieue agenaise.

C'était il y a treize ans, quand les Barbarians étaient encore un idéal sinon un fantasme. Ils vivaient leur vie, ne représentaient qu'eux mêmes et leur philosophie : ils n'étaient pas encore devenus officiellement la deuxième équipe nationale française. En novembre 2004, ces hommes là défiaient donc l'Australie à Jean-Bouin devant 6700 spectateurs. Et la feuille de match est là pour souligner à quel point c'était une autre époque : parmi ces Barbarians, beaucoup sont désormais devenus entraîneurs (Fabien Galthié, Benoît August, Bernard Goutta, Gonzalo Quesada), sinon consultants (Dimitri Yachvili, Olivier Brouzet, Christian Califano) sans même évoquer Philippe Bernat-Salles, élu président de la Ligue Nationale de Handball.

Mais la partie n'est pas terminée pour tout ces Barbarians d'alors. Si l'avenir du troisième ligne Guillaume Bernard licencié à l'AS Bayonne (Fédérale 3) est compromis par une blessure aux cervicales, il en est un toujours d'attaque : Luc Lafforgue qui joue à 43 ans en Fédérale 3 à Bon-Encontre dans la banlieue agenaise.

Luc Lafforgue avec Agen, en Pro D2 (2007-2008)

Luc Lafforgue avec Agen, en Pro D2 (2007-2008)Midi Olympique

Cet été, son ancien coéquipier au SUA, Sylvain Mirande parti ensuite à Montpellier, Mont-de-Marsan et Dax et qui a choisi d'arrêter sa carrière à 32 ans, a tenté de l'attirer avec lui pour jouer un rôle dans le staff de Langon en Fédérale 1 mais Lafforgue a décliné : "Il avait toujours dit qu'il arrêterait avant moi. Je lui ai répondu : 'tu ne veux pas gagner ton pari ?'"

A Fleurance en Fédérale 2 depuis 2012, Lafforgue, affuté comme à l'époque du Top 14, à 2 ou 3 kilos près, a préféré relever un nouveau défi sur le terrain : cap sur Bon-Encontre en Fédérale 3, dans la campagne agenaise. Centre ou ailier selon les besoins. Bon-Encontre, un choix raisonnable : c'est moins de route à faire pour celui qui n'a jamais quitté Agen depuis son arrivée en 1998 en provenance de Bordeaux-Begles. Même quand il a été laissé de côté par le SUA, à l'issue de la saison 2008-2009, et qu'il est parti jouer à Lannemezan. "Je faisais les aller-retours", se marre-t-il.

" J'ai retrouvé le rugby amateur, celui avec lequel j'ai débuté à Tarbes en 1993, à 19 ans, quand on s'entraînait une fois par semaine, ce rugby qui m'avait éduqué... "

Mais il n'était toujours pas question d'arrêter. Comme si les années n'avaient pas de prise. Et pourtant, il a commencé en 1993 à Tarbes... Il a joué une finale avec Agen (2002), évolué avec les Barbarians, cotoyé Rupeni Caucaunibuca − "le plus fort de tous" − connu aussi les problèmes du club, la relégation puis les divisions inférieures. Ses anciens coéquipiers des années en Top 14 ont presque tous complètement arrêté, lui à 43 ans trace son chemin.

"J'ai toujours l'envie de jouer, de vivre de belles aventures avec des mecs. Et puis je me sens bien : j'ai retrouvé le rugby amateur, celui avec lequel j'ai débuté à Tarbes en 1993, à 19 ans, quand on s'entraînait une fois par semaine, ce rugby qui m'avait éduqué... Je me suis immédiatement régalé, savoure-t-il. A mes débuts, c'était le sport du dimanche. Etudes la semaine et sport le week-end. Revenir à ça, ça n'a jamais été dur. Je l'ai vraiment très bien vécu. J'ai continué de m'épanouir aux côtés de mecs qui ont toujours connu ce rythme."

Luc Lafforgue, en 2007

Luc Lafforgue, en 2007AFP

Maintenant, ce titulaire d'une licence Staps est professeur vacataire d'éducation physique et sportive. Il a aussi passé un diplôme de préparateur physique. "Je n'aime tellement pas la préparation physique, que je me suis lancé là-dedans pour chercher des alternatives." Et à côté de ça, il joue. Le rugby professionnel a broyé sinon écoeuré des joueurs , Lafforgue n'est pas de ceux-là. Comme immunisé à la lassitude. "Je n'ai jamais ressenti de fatigue psychologique, j'ai toujours eu le sourire au moment des entraînements, avant les matchs", jure t-il.

" Aujourd'hui ? On me dirait : 'va faire du ski ou du surf'"

Non pas qu'il soit un robot. Lui dira que c'est surtout son parcours qui l'a protégé de l'essoufflement. Il est né au bon moment. Pour une question de physique. "Quand j'ai arrêté j'étais à 83kg. Aujourd'hui avec mon physique, je n'aurais probablement pas joué à ce niveau et certainement pas au centre. Je n'aurais jamais été détecté. On m'aurait dit : 'va faire du ski ou du surf.'" Mais aussi psychologique. "Parce que j'ai débuté au début des années 1990, je n'ai pas été saturé de rugby. Je n'ai pas été soumis toute ma vie à la quantité d'entraînements qui est aujourd'hui imposée aux joueurs depuis les catégories jeunes. Les charges du rugby professionnel entraînent davantage de fatigue physique et mentale. Par exemple, la musculation, ce n'est pas très ludique. Aujourd'hui j'ai l'impression que les joueurs vont en faire du matin au soir."

Et puis même si le niveau n'est plus celui qu'il a connu, il a l'impression de jouer encore sérieusement au rugby. "Le niveau du Top 14 s'est élevé. Automatiquement ça a aussi été le cas dans les divisions inférieures. La Fédérale 1 en 2017, c'est le Pro D2 d'il y a dix ans. En Fédérale 3 vous allez avoir des matches difficiles avec des adversaires à prendre au sérieux. Dans le rugby professionnel, beaucoup de joueurs restent sur le carreau. Ils finissent par alimenter les divisions inférieures. J'ai eu des gros clients en face. Des mecs plus jeunes, mieux préparés. Techniquement je peux m'en sortir mais c'est un petit avantage."

Bourgoin - Agen en octobre 2005, bagarre générale

Bourgoin - Agen en octobre 2005, bagarre généraleGetty Images

En réalité, la phrase que Lafforgue s'est habitué à entendre c'est : "Mais t'es encore là toi ?" Il rigole : "Moi, tant qu'il y a l'envie : je continue. Je croise souvent des mecs qui ont arrêté tôt et qui regrettent. J'arrêterai le jour où physiquement, je ne pourrai plus suivre. Pour l'instant je n'y pense pas. Mais en tout cas je ne redoute pas d'arrêter. Ce que je redoute c'est le manque de la compétition, de cette adrénaline. Bon, je ne suis pas naïf, il y aura un deuil à faire comme pour tout le monde. Le rugby ça a été mon premier métier, je me suis régalé. Mais si je continue, c'est parce que j'ai envie de jouer, de m'entraîner, pas pour repousser ce moment."

Son coach à Bon-Encontre pourra toujours lui rappeler, si un jour de décembre, par des températures négatives, Luc Lafforgue devait traîner des pieds à l'heure de s'entraîner...

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