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Mondial: Rhône Sportif, Lyon, ligaments croisés, Sevens... le surprenant parcours de Rémy Grosso

Rhône Sportif, Lyon, ligaments croisés, Sevens... le surprenant parcours de Grosso

Le 23/09/2015 à 16:10Mis à jour Le 23/09/2015 à 16:16

COUPE DU MONDE - À 26 ans, Rémy Grosso découvre le XV de France à l’occasion de cette Coupe du monde en Angleterre. Mais qui est vraiment l’ailier castrais? D’où vient-il? Quel est son parcours? On a marché sur les pas de ce Lyonnais pure souche qui a laissé une trace indélébile dans tous les clubs où il est passé. Reportage.

Mardi après-midi rue Tranquille à Villeurbanne, dans l’antre du Rhône Sportif, un nom est encore sur toutes les lèvres, celui de Rémy Grosso. C’est dans ce club atypique car propriétaire de l’ensemble de ses installations que le néo-international a débuté le rugby à 5 ans et demi. Clément Lucas, responsable de l’école de rugby et capitaine de l’équipe fanion, se souvient avoir démarré à ses côtés et, "avoir fait les 400 coups ensemble!"

Ami de longue date, il a appris avec émotion la sélection de son pote, "c’est un rêve de gosse pour lui. Je suis fan et admiratif de ce gars. C’est tellement mérité et c’était son destin", dit-il. Le Rhône Sportif, c’est bien là qu’il faut être pour comprendre comment s’est forgée la mentalité de Rémy Grosso qui aime revenir en ces lieux dès qu’il le peut.

Clément Lucas

Clément LucasRugbyrama

Très attaché à sa culture et ses racines, "c’est un bon mec animateur de vestiaire, marrant, très bon imitateur et dessinateur", témoigne Raphaël Saint-André, ce qui fait dire à un certain Rodrigo Capo Ortega: "Des mecs comme Rémy Grosso, il devrait y en avoir dans toutes les équipes!"

Il est de ceux qui n’hésite pas à lécher son assiette chez Paul Bocuse un soir de titre de Pro D2, un chambreur qui se fait parfois piéger en se faisant enfermer dans le coffre d’une voiture par ses coéquipiers lyonnais de l’époque et un danseur qui n’hésite pas à tomber plus que la veste sur "I’m sexy and I know it"…

Rémy Grosso et Rodrigo Capo-Ortega avec Castres

Rémy Grosso et Rodrigo Capo-Ortega avec CastresIcon Sport

L’explosion au Lou où… il ne voulait pas aller!

C’est pour suivre l’exemple de son beau-père David Donchex, qui l’a élevé, que Rémy Grosso s’est mis au rugby. "Dès les Benjamins il a commencé à être un peu au dessus", confie t-il, "et cela rappelle quelques bons souvenirs". "Il avait déjà un souci de l’avancée et un altruisme fou. Lors d’un tournoi en Benjamins, il s’arrêtait dans l’en-but et faisait des passes pour que ses copains marquent aussi. C’est fou!" se rappelle avec émotion Clément Lucas.

Son beau-père l’a ensuite entrainé en Minimes et c’est lui qui l’a en quelque sorte forcé à rejoindre le Lou où un certain Jean-Henri Tubert le voulait. "Je voulais le mettre l’année d’avant mais Rémy voulait rester avec ses copains. J’avais conscience que, quelque part, il avait peut être une chance de faire quelque chose mais bien loin de penser qu’un jour il fasse la Coupe du monde (rires)! Ce que je voulais, c’est qu’il joue au plus haut niveau cadets pour qu’il se fasse plaisir", se souvient avec émotion David Donchex.

Rémy Grosso a donc intégré les Sports Etudes du collège Grignard et du lycée Lumière à Lyon ainsi que le centre de formation du Lou où il restera cinq ans. Sa photo trône toujours dans la salle de réunion de l’association au Matmut Stadium où Stéphane Véré, à l’époque déjà responsable de la formation, se souvient d’un joueur "aux capacités physiques et à la puissance hors normes". D’un bosseur également. "Il a énormément travaillé. On a des souvenirs de changements de corps. Il est passé d’un corps d’enfant à un corps d’adulte et c’était impressionnant de comparer les deux photos", se rappelle t-il.

La photo de Rémy Grosso dans la salle de réunion de l’association au Matmut Stadium

La photo de Rémy Grosso dans la salle de réunion de l’association au Matmut StadiumRugbyrama

Il s’est rompu trois fois les ligaments croisés…

C’est un certain Raphaël Saint-André (déjà un Saint-André!) qui prendra la décision de le lancer chez les pros en Pro D2 en novembre 2008. "Il avait beaucoup joué en Espoirs. C’est un joueur qui physiquement était au dessus du lot même si techniquement, il y avait beaucoup de travail. De part ses qualités physiques, on savait qu’il aurait rapidement le niveau. Il faisait plus de 100 kilos, allait très vite avec une qualité de raffut extraordinaire et très bon dans les duels. Il méritait de jouer. Tout le monde savait que c’était un diamant encore à polir. Il avait besoin de bosser ses repères défensifs et sa technique individuelle notamment sur la conservation de la balle", explique l’entraineur des arrières de Dax.

Rémy Grosso avec Lyon en 2009

Rémy Grosso avec Lyon en 2009Icon Sport

"La Gross" est le premier joueur formé au Lou à participer à un Mondial et son ami Romain Loursac rappelle qu’il n’a pas eu un parcours facile". Il s’est fait trois fois les croisés!", témoigne l’arrière lyonnais. Une de ses épaules a aussi souffert et ces blessures - entre 17 et 21 ans - auraient pu mettre à mal sa progression. "Il a réussi à passer ces étapes. Ça l’a renforcé et ça lui a permis de faire un travail physique que certains n’ont pas le temps de faire. Il a profité de ces moments là et mentalement, ça l’a endurci. Il s’est forgé un mental ce qui prouve une force de caractère", insiste Stéphane Véré.

Le coup de téléphone de Philippe Saint-André

La vie de Rémy Grosso a basculé dimanche. Son beau-père raconte: "Je lui ai envoyé un message le matin alors que je partais avec le Rhône Sportif en lui disant, si jamais PSA t’appelles, tu me tiens au courant quand même! Tellement il n’y croyait pas, il m’avait renvoyé un message en me disant: Ah ah ah, t’es bien marrant mais ce n’est pas possible. Une heure après, il me rappelait en me disant, t’avais raison, il vient de m’appeler!"

Rémy Grosso et Philippe Saint-André (XV de France) - 22 septembre 2015

Rémy Grosso et Philippe Saint-André (XV de France) - 22 septembre 2015Icon Sport

Forcément au restaurant où se trouvait l’équipe, il y a une certaine émotion: "Quand il m’a appelé vers 11h30, il a fallu que les entraineurs calment tous les joueurs pour qu’ils pensent à leur match. Avec l’euphorie de l’annonce, il y en a un ou deux qui ont joué avec lui à l’époque qui ont pleuré". Pour la petite histoire, le RS s’est imposé avec le bonus…

Rémy Grosso devrait faire ses débuts face au Canada et pour l’occasion, l’entraînement des Seniors sera décalé pour permettre à tous de voir le match au Rhône. Et des larmes, il devrait y en avoir encore, comme lors de sa première expérience sous le maillot Bleu à l’occasion du Sevens à Lyon l’été dernier… Mais depuis dimanche, il est dans sa bulle: "Je ne l’ai pas rappelé. Il m’appellera quand il en aura envie. Il est hors de question de le disperser. C’est son aventure à lui, ce n’est pas la notre", conclut David Donchex.

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