Midi Olympique

Les blessures assassines

Les blessures assassines
Par Nicolas Zanardi via Midi Olympique

Le 09/04/2019 à 14:47Mis à jour Le 09/04/2019 à 14:50

Anthony Martrette - L’homme qui restera comme le premier rugbyman professionnel à avoir brisé l’omerta du dopage lourd dans le rugby, s’est éteint la semaine dernière. Alors que le premier examen médico-légal avait conclu à une mort naturelle, c’est l’obstination d’un père bien décidé à faire éclater la vérité qui a permis l’ordonnance d’une autopsie, dont ce dernier attend beaucoup.

Un ultime combat dans la lignée de celui d’Anthony, déterminé à mettre le monde du rugby face à ses responsabilités. Une plainte contre X pour "non-assistance à personne en danger" a été déposée.

Anthony Martrette est décédé dans la nuit du mardi 2 au mercredi 3 avril. La quarantaine à peine dépassée, l’ancien troisième ligne aile a été retrouvé au petit matin jeudi dans son appartement de Port-Vendres, où il aurait succombé à un malaise. Formé à Collioure puis à la Côte Vermeille et l’ES Catalane, passé ensuite par l’Usap, Bourgoin, Aurillac, Colomiers ou encore Poitiers, Béziers et Oloron, entre feu le Top 16 et la Fédérale 1, Anthony Martrette était le premier rugbyman professionnel à avoir révélé en 2016 s’être dopé à la suite d’une blessure, dans un reportage pour le magazine Stade 2. Il avait mis un terme à sa carrière en 2012 et depuis, la chute n’en avait été que plus rapide, entre hospitalisations, traitements médicamenteux lourds, handicap à 80 %. "Je l’avais revu après le reportage qu’il avait fait dans Stade2, confie Michel Peuchlestrade, son ancien entraîneur du côté d’Aurillac. Je l’avais trouvé changé, bouffi. Je me disais que les années étaient passées, pas qu’il continuait à prendre des produits". La réalité était pourtant là, ainsi qu’Anthony Martrette l’avait lui-même avoué dans les colonnes de l’Équipe. "Je prends des hormones de croissance pour régénérer mes cartilages, du Boldénone notamment".

Aveu glaçant, assez symbolique d’une fuite en avant qui ne s’est donc arrêtée qu’au cours de cette sinistre nuit du 2 au 3 avril, quand bien même le premier examen médico-légal avait conclu à une mort naturelle par hémorragie cérébrale. Une version officielle à laquelle Laurent, le père d’Anthony, n’adhérait absolument pas. " Le médecin qui a constaté le décès a voulu aller vite et n’a pas voulu pratiquer d’autopsie. Quand j’ai appelé le médecin traitant de mon fils, le docteur Eustache, pour lui réclamer un examen, il m’a dit que l’Ordre des Médecins s’y opposerait. Alors, je suis allé porter en main propre une lettre au procureur de Montpellier, au vice-procureur de Perpignan, pour que la lumière soit faite. "

Le dernier rebond tragique pour un homme au parcours meurtri, entre une enfance tourmentée par l'ombre de la pédophilie, une carrière brisée par les blessures, le grand saut dans la spirale du dopage dont il n'a jamais su se sortir et qui, quand il en a témoigné publiquement, l'a isolé d'un monde du rugby qui lui a alors tourné le dos.

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