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Le drop-goal, cette arme redoutable qui tombe en désuétude

Le drop-goal, cette arme redoutable qui tombe en désuétude
Par AFP

Le 20/01/2021 à 11:49Mis à jour Le 20/01/2021 à 11:53

Il a sacré l'Afrique du Sud en 1995, l'Angleterre en 2003 au terme de prolongations mémorables, fait rentrer Jannie De Beer dans l'histoire et sert encore de prête-nom à Pierre Albaladejo. Pourtant, statistiquement, le drop-goal n'a plus trop la cote dans le rugby d'aujourd'hui.

Quel joueur, même amateur, n'a pas rêvé un jour d'imiter Joel Stransky ou Jonny Wilkinson pour conquérir le monde, n'a pas jalousé Jannie De Beer, auteur de cinq drops pour botter les Anglais hors du Mondial 1999 (44-21).

"Le drop, c'est un état d'esprit", suggère d'emblée Christophe Lamaison, qui s'était inspiré du buteur springbok une semaine plus tard à Twickenham pour lancer, via deux drops rapprochés, la plus improbable remontée de l'histoire de la compétition face aux All Blacks (43-31).

"Tenter une pénalité demande moins de pression, prolonge +Titou+ Lamaison. Quand c'est un drop, c'est dans le cours du jeu avec un adversaire qui monte pour te contrer. Il y a une préparation pour être dans des conditions optimales, pas mal de paramètres qui font que s'ils ne sont pas tous positifs, ça devient plus compliqué".

"Geste noble"

Dans son canapé dacquois, Pierre Albaladejo, surnommé "Mister Drop" par les Anglo-Saxons à la fois pour ses trois drops contre l'Irlande en 1960 (le drop valait autant qu'un essai à l'époque, c'est-à-dire 3 points) que par la difficulté à prononcer correctement son nom dans la langue de Shakespeare, frétille quand il voit "un ouvreur impeccablement placé dans une zone du terrain".

"Mais tente le drop ! Je me le dis trois, quatre ou cinq fois par match et ils ne viennent jamais", déplore l'ancien ouvreur des Bleus (30 sélections).

"Tout est fait aujourd'hui pour s'approcher au plus près de la ligne adverse afin de décrocher les 7 points. C'est mathématique et psychologique, on est dans la comptabilité et dans le business. Les choses ont bien changé", rigole "Bala", 87 ans.

Les statistiques sont formelles. A mi-saison en Top 14, on recense neuf drops réussis (pour 32 tentés) dont quatre pour le seul Parisien Joris Segonds, sorte d'ambassadeur "d'un geste noble qui concrétise une action positive en évitant bien souvent de fatiguer ses partenaires" comme aime à le décrire Benjamin Boyet, l'ancien ouvreur international (5 sél.) aujourd'hui consultant sur BeIn Sports.

"Il y a un fort déclin pour ce geste technique dans le rugby moderne", regrette ce dernier. "Il est complétement oublié, délaissé et quelquefois utilisé par défaut, notamment en saison régulière où on aime plus porter le ballon et aller jusqu'à la faute adverse pour récupérer une pénalité ou une occasion d'essai. Avant, on le tentait quand on avait pénalité en cours, plus aujourd'hui".

En attendant les phases finales

L'ancien Berjallien, pour qui "il faut avoir les épaules solides pour tenter un drop", reconnait "qu'on l'associe peut-être à un rugby lent alors qu'aujourd'hui les numéros 10 sont beaucoup plus ambitieux offensivement. On le voit avec les Jalibert, Ntamack et Carbonel, des gamins qui veulent aller au max de l'intensité offensive en portant le ballon".

"Mais Matthieu Jalibert est capable de passer des drops (un contre l'Écosse lors de la Coupe d'automne des Nations), coupe Frédéric Charrier, son entraîneur à l'UBB, qui pense que l'instauration du bonus offensif, avec cette quête d'un nombre d'essais défini dans les années 2000, a réduit l'influence du drop.

"C'est un geste d'instinct qui reste une arme redoutable, poursuit le technicien girondin. Un joueur comme Wilkinson avait cette capacité à mettre des drops à des moments importants et psychologiquement, ça met de la pression à l'adversaire".

Pour tous ces témoins, le drop n'a pas vocation à disparaitre et retrouvera même ses lettres de noblesse lors des phases finales ou matches à enjeux.

"Quand les équipes sont mobilisées sur la discipline, très hermétiques et prêtes à lutter sur la ligne d'avantage", énumère Charrier, "quand il y a plus de pression, qu'il faut marquer vite et beaucoup, bizarrement le drop retrouve son intérêt", conclut avec malice Lamaison.

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