Nous n'étions pas si forts

Mehrtens: "Nous n'étions pas si forts"
Par Rugbyrama

Le 30/10/2009 à 18:15Mis à jour

Après le pilier Carl Hoeft, c'est l'ouvreur Andrew Mehrtens, aujourd'hui au Racing-Métro, qui nous raconte la demi-finale de 1999 entre les All Blacks et la France. Sans minimiser la performance du XV de France, il estime que la Nouvelle-Zélande n'était pas si forte que cela...

"Pour comprendre notre tournoi 1999, il faut revenir quatre ans en arrière, lors de la coupe du monde 1995 en Afrique du Sud. Là, nous n’étions pas favoris. Nous arrivions au cinquième rang mondial derrière les Français, les Anglais, les Australiens et les Sud-Africains. Ce qui nous a permis de faire un joli parcours. En 99, l’attente placée en nous était extrêmement importante. Les médias et les supporters néo-zélandais nous voyaient déjà remporter la Coupe du monde avant même que le tournoi n’ait débuté. Je me rappelle de notre avion où nos piliers étaient représentés sur un sticker géant conçu par notre sponsor. Nous étions sous les feux des projecteurs, sans qu’on le veuille vraiment. Entre nous, les joueurs, nous ne souhaitions pas tout cela. Nous pensions que ce n’était pas la préparation idéale, mais nous comprenions dans le même temps les exigences d’un rugby passé professionnel.

Le premier souvenir qui me revient de cette demi-finale face à la France, c’est le public de Twickenham. J’entends encore les Anglais crier "Allez les Bleus". Nous avions battu le XV de la Rose lors des matchs de poule et voir les Anglais, ennemis jurés de Français, supporter les Bleus, c’était assez impressionnant.

J’ai lu et entendu que nous avions pris les Français de haut. Je peux vous assurer que ce n’était pas le cas. Nous savions que les Français étaient forts. Nous les avions battus à Wellington quelques mois plus tôt, mais là, ce n’était pas la même équipe. Pour ce match, nous avons fait exactement la même préparation que n’importe quel autre match. Nous avons analysé les points forts et les points faibles des Français. Depuis les tests de 94, tout le monde en Nouvelle-Zélande se méfie des Bleus. Même à la mi-temps, alors que nous menions de 14 points, nous ne nous sommes pas dit que le match était plié. Nous savions que si nous avions creusé un écart conséquent en première période, eux pouvaient très bien en faire de même lors du deuxième acte. Il nous fallait maintenir notre effort. Telles étaient les consignes.

Mais en rentrant en seconde période, plus rien ne fonctionnait. Nous avions la sensation sur le terrain de ne rien pouvoir faire. A chaque fois que la France venait dans notre camp, elle scorait : Un drop ou une pénalité de Lamaison, un essai. J’ai eu l’impression de passer ma mi-temps à faire des coups de pied de renvoi. Nous n’avons jamais trouvé la solution à ce que nous proposaient les Français : leur cœur et leur sang. Nous essayions de libérer Jonah, mais vraiment, rien ne marchait. Nous n’avons pas eu non plus la réussite des Français. Sur l’essai de Dominici, je rate un plaquage parce que je ne m’attendais pas à ce que le ballon rebondisse ainsi sur le coup de pied de Galthié. Avec un autre rebond, peut-être que l’histoire aurait été différente. Mais en réalité, nous n’étions pas aussi forts que ce que tout le monde affirmait.

Je me rappelle enfin du silence de mort qu’il y avait dans notre vestiaire à la fin de la rencontre. Nous étions déçus et éliminés de la Coupe du monde. La France venait de nous jouer un drôle de tour. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si nous sommes quelques rescapés de 99 à être venus jouer en France. Il y a Byron à Toulouse, Justin qui a fait un passage à Montpellier, moi qui joue au Racing et bientôt Jonah à Marseille. Nous venons reprendre ce que la France nous a volé."

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