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Lorée, demi de mêlée de l'Algérie : "On va être les outsiders"

Lorée, demi de mêlée de l'Algérie : "On va être les outsiders"
Par Rugbyrama

Le 01/07/2022 à 16:06Mis à jour Le 03/07/2022 à 16:53

AFRICA CUP - Sélectionné avec l’Algérie pour la Rugby Africa Cup qui démarre ce soir, l’international algérien Mathieu Lorée (4 sélections) rêve d’une qualification pour le Mondial 2023 en France. Le demi de mêlée niçois passé par le Racing, Massy ou Valence Romans apprécie les progrès de sa sélection, 90e nation mondiale, avant le quart de finale face au Sénégal, samedi (18h) à Aix-en-Provence.

Comment avez-vous intégré la sélection algérienne ?

Quand je suis arrivé à Massy en 2018, Sofiane Chellat, un pilier que je connais (également international algérien, ndlr), me demande en rigolant si je n’ai pas des origines algériennes et je lui réponds que si. Ma belle-mère était en train de faire l’arbre généalogique et m’avait dit que mes arrière-grands-parents étaient nés en Algérie. J'ai réussi à retrouver les actes de naissance par mon père et ma grand-mère, et j'ai cherché à savoir si je pouvais être éligible à la sélection. Ca s'est fait comme ça. J'avais envie de goûter à ça puisque je n'ai jamais pu jouer avec l'équipe de France. C'était quelque chose que j'avais envie de découvrir pour partager mon expérience. La fédération était aussi toute jeune, donc c'était l'occasion de construire quelque chose de très beau. Aujourd'hui, on est à trois matches d'une Coupe du Monde, donc on n'est pas très loin.

Parlez-nous de la préparation de votre équipe pour la Rugby Africa Cup.

Je pense qu’on est la seule sélection où les joueurs ne sont pas payés. On paie nos billets pour venir aux rassemblements, on n’a pas de défraiements ou d’indemnités journalières. Et on n’en veut pas parce que le fonctionnement actuel nous tient à cœur. Si on va au bout, ce sera d’autant plus beau. On essaie de se construire d’année en année. On est partis en Zambie où on a gagné la Silver Cup (en 2018, ndlr), et en Ouganda (Africa Cup 2021, ndlr). Là-bas, on perd un match qui nous a remis les pieds sur terre, puis on s’est déchirés pour gagner le deuxième et continuer cette aventure.

C’est une sélection où tu passes du rire aux larmes en deux minutes. L’Algérien est assez émotif. Je me retrouve là-dedans. Aujourd’hui, je sais que je suis vraiment Algérien. Le président Sofiane Ben Hassen fait un boulot monstre, en essayant de ramener des joueurs intéressants pour étoffer le groupe et faire en sorte qu’on arrive à s’entendre collectivement. Il y a des joueurs de Fédérale 2, Fédérale 3, de Nationale, d’autres passés par le Top 14 ou le Pro D2. C’est vraiment très homogène, que ce soit dans les mentalités ou la capacité des joueurs à apporter leur expérience. Ces dernières années, j’ai senti la sélection monter en puissance avec le rêve de faire une Coupe du monde.

Le regard des gens sur le rugby en Algérie a-t-il évolué ?

En Algérie, il y a surtout du football, mais le rugby commence à prendre. Depuis l’année dernière, notre sélection a même une sorte de maison du rugby là-bas, un endroit à nous. Le rugby féminin se développe beaucoup, les clubs également alors qu’il ne doit y en avoir que trois ou quatre actuellement. Je pense que ça peut être un fer de lance pour montrer qu’il y a du rugby en Algérie, et que ça peut perdurer dans les années à venir, voire les décennies.

Vous êtes passé par neuf clubs dans l’Hexagone (Racing 92, Agen, Grenoble, Lyon, Limoges, Mont-de-Marsan, Massy, Valence Romans, et Nice l’an prochain). Cette expérience du haut niveau, notamment en Top 14 et Pro D2 vous donne-t-elle un rôle spécifique dans l’équipe ?

Je suis un joueur charnière dans une équipe, mais pas celui qui fait avancer ou qui déborde. J’essaie d’apporter à mes coéquipiers une philosophie de rugby avec du jeu et de l’affrontement. J’essaie aussi de leur apporter de la technique et du mental, car les Algériens ont le sang chaud, et de temps en temps, il faut redescendre. Sur un terrain de rugby, c’est le plus important. Dès que tu te fais dépasser par les émotions, tu peux passer au travers d’un match. On a été rejoints par Boris Bouhraoua dans le staff et on fait des petits travaux par groupe où on essaie de discuter, d’échanger, d’apprendre de chacun. Sur le terrain, on arrive à le retranscrire. C’est de bon augure pour la suite.

Que pensez-vous de votre premier adversaire, le Sénégal, samedi ?

On ne se focalise pas sur l’adversaire, plutôt sur le premier match et sur nous. Notre objectif commun est d’aller au bout. Si on commence à se focaliser sur l’adversaire, peut-être que l’on va s’oublier nous-mêmes. On n’a pas fait de vidéo, rien du tout. On veut déjà montrer notre drapeau et une belle image de l’Algérie, celle d’une équipe qui ne lâche rien. Même si on perd, on souhaite montrer une superbe image pour que les instances et la fédération continuent leur travail. On va se donner à 200% samedi pour ne pas avoir de regrets.

L’Algérie est 90e au classement World Rugby, derrière toutes les autres nations de la Rugby Africa Cup, et elle n’a pas d’expérience en Coupe du Monde contrairement à la Namibie (24e), le Zimbabwe (27e), ou la Côte d’Ivoire (42e). Comment gérez-vous ce statut ?

On va être les outsiders. Mais on ne va pas juste se dire qu’on est les petits poucets. On va se donner dès la première seconde au premier coup d’envoi. Si on ne passe pas samedi, on essaiera de faire progresser la fédération algérienne de rugby. On n’est pas sûrs que ça continue. Il faut que les instances conservent leur engouement. On va essayer de faire tout ce qu’il faut pour développer le rugby sur le territoire algérien et aussi sur le territoire africain, parce que l’équipe qui gagnera la finale représentera toute l’Afrique. Ça peut être quelque chose de fort. Ce serait surtout historique de voir la fédération algérienne qualifiée pour la Coupe du Monde sept ans après sa création en 2015.

Avez-vous évoqué au sein du groupe la possibilité d’affronter la France et les All Blacks dans la poule A de la Coupe du monde l’année prochaine ?

Bien sûr, on est obligés d’en parler ! C’est la finalité. Avant ça, il y a d’abord de grosses échéances. Plusieurs fois, on a réussi à se remobiliser. On est prêts pour ce tournoi. Mais on ne sait jamais ce qui se passe. Les phases finales, c’est à la pièce.

Envisagez-vous de continuer avec la sélection après la Rugby Africa Cup?

Pour l’instant, on n’en discute pas. Je vis un peu au jour le jour avec la sélection. Je vais attendre de voir jusqu’où on ira, et on discutera par la suite. S’ils veulent de moi, ce sera avec grand plaisir. Ils m’ont vraiment ouvert les bras depuis quelques années. C’est à mon tour de rendre ce que l’on m’a donné.

propos recueillis par Rayane BEYLY

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