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Dupont, seul au monde

Dupont, seul au monde
Par Jeremy Fadat via Midi Olympique

Le 10/12/2021 à 14:00Mis à jour Le 10/12/2021 à 21:58

INTERNATIONAL - Logiquement sacré meilleur joueur de la planète lors de la cérémonie des Oscars Midi Olympique, le demi de mêlée international du Stade toulousain est un garçon aussi impressionnant sur le terrain qu’authentique en-dehors. Un homme de seulement 25 ans, à qui rien ne résiste.

Le lundi 15 novembre dernier, dans l’ambiance feutrée du Pavillon Gabriel, Antoine Dupont fut donc la vraie et grande vedette de la cérémonie des Oscars annuels de Midi Olympique. Là, à quelques pas seulement de la Place Beauvau et du Palais de l’Élysée, le « Ministre de l’Intérieur » du rugby français fut officiellement couronné roi. Quoi de plus logique… Aussi implacable à l’heure de recevoir les récompenses que lorsqu’il est lancé au milieu du rectangle vert.

Ce soir-là, le demi de mêlée international fut d’abord élu Oscar d’or Midi Olympique pour la troisième fois consécutive. Un triplé historique, que seul Serge Blanco avait signé avant lui (l’ancien arrière l’avait même reçu quatre années de rang). D’autres légendes, tels Jean-Pierre Rives et Jérôme Gallion, ont aussi été élues Oscar d’or à trois reprises mais pas d’affilée. C’est dire à quel point le capitaine du XV de France (du moins pour l’automne en l’absence de Charles Ollivon) a déjà marqué de son empreinte l’histoire du rugby français, du haut seulement de ses 25 ans puisqu’il les célébrait justement…

Le 15 novembre. Sacré anniversaire puisque, quelques minutes après ce premier trophée, la pépite du Stade toulousain recevait surtout l’Oscar monde sans que cela ne souffre de la moindre contestation. Voilà deux ans, et après le Bouclier de Brennus remporté par son club, c’est son (ancien) partenaire Cheslin Kolbe qui avait raflé la mise, lui qui venait aussi d’être sacré champion du monde avec les Springboks. Cette fois, Dupont ne pouvait laisser la moindre miette.

Dans les traces de Dusautoir

Lui, le premier Français à accueillir un tel honneur depuis 2011 et Thierry Dusautoir, alors présent dans la salle. Et comme l’ancien flanker et capitaine du XV de France avait écrit une partie de sa légende contre les All Blacks (en les battant en 2007 et 2009, puis en perdant d’un petit point en finale du Mondial 2001), il fallait sûrement que Dupont l’imite pour définitivement basculer dans une autre dimension. Fidèle à sa réputation, il n’a pas tardé. Le samedi suivant, le leader des Bleus a à son tour mené ses troupes à un succès historique contre la meilleure nation de la planète (40-25) dans un Stade de France aussi électrique que lui. "Gamin, je pouvais rêver d’affronter les All Blacks un jour, mais peut-être pas de les battre tellement cette équipe est mythique, nous a confié le Toulousain. Non, à l’époque, je n’aurais pas pu imaginer un tel match et une telle soirée. Pourtant, je l’ai vécu."

Encore exemplaire, Dupont a d’ailleurs livré ce jour-là une nouvelle prestation de très haut niveau qui, face à la force de l’habitude, est presque passée inaperçue à côté de celles magistrales de Romain Ntamack ou Melvyn Jaminet. Mais, au Stade de France, Antoine Dupont a battu huit défenseurs adverses selon les statistiques d’Opta, soit le plus gros total du week-end automnal, toutes scènes internationales confondues.

Mieux, depuis qu’Opta recense ce genre de données, un seul homme a battu plus de défenseurs dans un match face à la Nouvelle-Zélande : Cheslin Kolbe (onze) lors de la Coupe du monde 2019. Énième fait d’armes pour celui qui les collectionne, week-end après week-end, saison après saison, titre après titre. En réalité, il n’y avait pas vraiment besoin de cette semaine de folie pour savoir qu’Antoine Dupont est aujourd’hui le joueur le plus fort, le plus complet et le plus décisif du monde. Ce garçon a atteint un degré de performance colossal, qu’il ne cesse de toujours repousser par la qualité de ses sorties en club ou en équipe nationale.

Vidéo - Pourquoi Dupont est le meilleur joueur du monde ? "Il change le cours des matches à lui seul"

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Le Zidane du XV de France

Il fut écrit à maintes reprises - ici et là, à commencer par ces colonnes - que Dupont était le meilleur, sans que cela ne s’apparente à un quelconque chauvinisme déplacé. C’est maintenant l’évidence même. Jusqu’à recevoir le compliment ultime, de la part de monsieur Brian O’Driscoll : "À mon avis, il n’y a jamais eu de meilleur joueur de l’année aussi évident qu’Antoine Dupont. Il a été irréel cette année". Entre seigneurs de ce jeu, on se comprend…

Le Toulousain, premier Français à être élu meilleur joueur du Tournoi des 6 Nations en 2020 puis premier Français à être élu meilleur joueur de la Coupe d’Europe en 2021, est officiellement entré dans le cercle très fermé des joueurs exceptionnels. "J’ai pris de l’ampleur, je le sais, mais tant que cela reste du positif, je ne vais pas me prendre la tête, nous a-t-il également assuré. C’est aussi parce que je me trouve dans un contexte favorisant. Avec le Stade toulousain, nous avons réalisé le doublé la saison dernière. Avec l’équipe de France, nous avons enchaîné de belles performances. Je me retrouve dans des collectifs forts, donc mon évolution va de pair avec les équipes dans lesquelles je joue."

L’inverse est également vrai, car il est de cette race unique d’homme qui rend les collectifs beaucoup plus forts, tout comme sa simple présence sur le terrain affaiblit un adversaire au coup d’envoi. La marque des très grands. Les meilleurs crus comportent souvent un joyau pour les sublimer. Les All Blacks avaient ainsi Richie McCaw ou Dan Carter durant la dernière décennie. Aujourd’hui, ils nous envient sûrement Antoine Dupont, que même leur demi de mêlée Aaron Smith - référence mondiale en numéro 9 - a récemment placé au-dessus de tout : "Ce mec est à un autre niveau. Personne ne peut rivaliser actuellement. Il fait la différence en club et avec l’équipe nationale. Il m’aide à regarder mon jeu et essayer de m’améliorer."

Lui en a d’ailleurs fait l’amère expérience en ce fameux mois de novembre. Pour comparer au football, plus populaire des sports sur cette planète, l’équipe de France victorieuse de la Coupe du monde 1998 et de l’Euro 2000 s’appuyait sur une génération dorée, portée par un diamant nommé Zinédine Zidane. Le XV de France actuel possède son Zidane. Une perle rare et merveilleuse, appelée Dupont. Et dire, encore une fois, qu’il n’a que 25 ans…

XV de France - Antoine Dupont, face aux All Blacks.

XV de France - Antoine Dupont, face aux All Blacks.Icon Sport

Dupont : « Je veux juste faire en sorte que ça dure »

"Rien ne résiste à cette génération." Cette phrase est signée du vétéran toulousain Maxime Médard, lequel l’a répétée à l’envi au moment d’évoquer l’incroyable relève du club qui l’a conduit à garnir un peu plus son palmarès personnel ces derniers mois. Mais, quand il dit ça, l’arrière international sait qu’elle est guidée par un garçon pas comme les autres, à qui la formule sied si bien : rien ne résiste à Antoine Dupont. Fauché par une grave blessure à un genou lors du Tournoi des 6 Nations 2018, il était revenu huit mois plus tard et deux fois plus impressionnant. Troisième choix à son poste au début du Tournoi 2019, derrière Morgan Parra et Baptiste Serin, il avait terminé la compétition dans la peau d’un incontestable titulaire.

Critiqué par sa soi-disant (et on insiste sur le « soi-disant ») faiblesse dans la gestion du jeu, il avait aligné les "masterclass" dans ce domaine avec Toulouse en fin de saison passée. Il est ainsi Antoine Dupont. À repousser constamment les limites du rationnel, à l’opposé de la simplicité et de l’authenticité qui caractérisent ce gamin des montagnes pyrénéennes dans la vie. Il est définitivement la chance sans pareille du rugby français.

Lui, l’enfant de ce sport qu’il maîtrise sur le bout des doigts, capable de vous sortir le nombre exact de sélections de l’Irlandais Conor Murray à la veille de le défier ou de vous nommer les marqueurs d’essais d’un match anodin du XV de France dans les années 80. Un modèle pour les gamins, autant par ses inspirations sur le terrain que son comportement en dehors. Voilà pourquoi lui, plus que tout autre, semble appréhender sa notoriété nouvelle le plus naturellement qui soit. "Je veux juste faire en sorte que ça dure", nous soufflait-il il y a peu. Ses qualités sportives et humaines hors du commun ont en tout cas conduit Fabien Galthié à lui octroyer le capitanat en équipe nationale, comme Ugo Mola l’a souvent fait à Toulouse. L’homme discret par excellence, aussi leader par l’excellence.

Mola, justement, rend hommage : « J’entends parfois les gens dire qu’Antoine n’est pas si, qu’il n’est pas ça… Mais peut-être que le rugby a simplement besoin d’un porte-drapeau comme lui, qui parle davantage sur le terrain qu’ailleurs, d’un garçon qui n’est pas dans les frasques ou les grandes déclarations mais qui est juste un chouette mec de 24 ou 25 ans, qui donne envie aux autres de le suivre. » Et, derrière lui, ils peuvent aller si haut…

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