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Antoine Dupont s’installe sur le toit du monde

Antoine Dupont s’installe sur le toit du monde
Par Jeremy Fadat via Midi Olympique

Le 10/12/2021 à 14:24Mis à jour Le 10/12/2021 à 14:52

INTERNATIONAL - Ce vendredi, à 14 heures, l’organe suprême du rugby a dévoilé le nom du meilleur joueur mondial de l’année. Grandissime favori, le demi de mêlée de Toulouse et du XV de France Antoine Dupont, dont les performances sont iréelles chaque week-end ou presque en club et en sélection, a connu une nouvelle consécration.

Voilà trois semaines, le trois-quarts centre légendaire Brian O’Driscoll adoubait on ne peut plus clairement Antoine Dupont : "À mon avis, je pense qu’il n’y a jamais eu de meilleur joueur de l’année aussi évident qu’Antoine Dupont. Il a été irréel cette année." Voilà qui tombe bien puisque son avis compte en l’occurrence : l’Irlandais fait partie du panel des neuf votants pour le titre de joueur World Rugby de l’année, aux côtés notamment de Thierry Dusautoir, George Gregan, Clive Woodward ou Richie McCaw.

Le nom du vainqueur de cette récompense a été officiellement connu ce vendredi en début d’après-midi. Grandissime favori depuis de longs mois, statut que la dernière tournée automnale n’a fait que renforcer, le demi de mêlée international français Antoine Dupont a raflé un nouveau prix suprême. Déjà auréolé de l’Oscar monde Midi Olympique le mois dernier, après avoir remporté les trois derniers Oscars d’or (signant au passage un autre doublé majeur !) le gamin de Castelnau-Magnoac, au pied des montagnes pyrénéennes, est aujourd’hui unanimement reconnu comme le rugbyman le plus impressionnant de la planète.

Restait donc à s’offrir cet ultime sacre pour couronner une année exceptionnelle. Une évidence... Ce n’est d’ailleurs pas son coéquipier de la charnière à Toulouse et en sélection Romain Ntamack qui disait le contraire lorsqu’il était interrogé en début de semaine : "Tout le monde voit ce qu’Antoine fait sur les terrains chaque week-end et il n’y a pas grand-chose à ajouter (sourire). Ce serait logique qu’Antoine remporte ce trophée. Je ne vois pas comment il peut en être autrement. Tous les amateurs de rugby dans le monde voteraient pour Antoine, c’est normal."

Mola : "C’est officiel ou pas ?"

Ils étaient quatre finalistes encore en lice : outre Dupont, il y avait aussi les Australiens Michael Hooper et Samu Kerevi, ainsi que l’Anglais Maro Itoje. Mais, si ces trois-là n’ont pas à rougir de leur magnifique saison sur le plan individuel, personne ne voyait comment le titre pouvait échapper à Dupont. Pas même son manager Ugo Mola, légèrement pris au dépourvu quand la question lui était posée en conférence de presse mardi midi : "Nous sommes ravis qu’Antoine... Euh, c’est officiel ou pas ? Je n’en sais rien. Je ne voudrais pas trahir quoi que ce soit mais je l’ai vu faire plein de photos, donc il y a des chances qu’il ait gagné (rires)."

Avant de rendre hommage à son joueur à qui rien ne résiste : "À titre personnel, j’y accorde peu d’importance. Mais c’est chouette pour lui même si, quand tu as l’habitude de recevoir un trophée toutes les quatre semaines, je ne suis pas sûr que ça change grand-chose à ses yeux. Là, il en a reçus quelques-uns depuis un moment. On a commencé par le quartier, puis la région, le pays, l’Europe, et maintenant le monde ! Il ne restera plus qu’à gagner... Il faut demander à Thomas Pesquet s’il n’a pas croisé deux ou trois mecs là-haut."

Dupont, seul au monde ? Pas loin en tout cas. Même si lui, qui avait accordé à Midi Olympique sa seule interview à la fin de la tournée automnale, nous assurait : "C’est aussi parce que je me trouve dans un contexte favorisant. Je suis dans des collectifs forts, mon évolution va de pair avec celles des équipes dans lesquelles je joue." Auteur d’un historique doublé Top 14-Coupe d’Europe avec son club, le numéro 9 a aussi réussi l’exploit de terrasser les All Blacks en novembre avec les Bleus.

À chaque fois, il fut le moteur et le guide de ces formations. Capitaine des Rouge et Noir quand Julien Marchand n’est pas sur le terrain, il l’est maintenant en sélection en l’absence de Charles Ollivon. Un privilège pour ses partenaires. "Il va être le meilleur joueur du monde cette année, note Ntamack. Que ce soit moi, qui suis assez proche de lui par le biais de la charnière qu’on forme, ou un autre, c’est évidemment un plaisir de jouer avec un mec comme Antoine. On essaye tous les jours d’être derrière lui car il nous fait beaucoup avancer. Et il est dans des collectifs qui l’aident et le font briller. C’est tout bonus pour nous et pour lui."

Jelonch : "Il est toujours le même"

Au-delà, le recul avec lequel Dupont accueille toutes les louanges qui s’abattent sur sa personne est assez impressionnant. Autour de lui, tout a évolué. Mais pas son caractère, ni sa simplicité. "Je l’ai connu à 15 ans à Auch mais, hormis le fait qu’il soit encore meilleur aujourd’hui au point d’être un joueur exceptionnel que tout le monde veut suivre, il est toujours le même, décrit son meilleur ami Anthony Jelonch, qui l’a rejoint à Ernest-Wallon l’été passé. Il n’a pas changé. Il a quelques défauts mais je pourrais vivre tous les jours avec lui, donc ils sont faciles à accepter."

Le titre de meilleur joueur du monde ne serait-il pas susceptible de le perturber à la veille d’entamer une campagne européenne dans laquelle Toulouse voudra défendre son titre ? "Non, il est habitué à ça et j’espère qu’il va en préparer d’autres à l’être, rétorque Mola. Le plus important, quand on l’a été, c’est soit de continuer à l’être, soit de permettre à d’autres de le devenir. Si c’est juste de l’auto-satisfaction pour se taper sur le ventre... Remplir l’armoire à trophées a son intérêt à Toulouse. Si on continue à remplir celle à trophées collectifs, c’est parfait. Mais, s’il n’y en a qu’un qui remplit la sienne, il y aura quand même beaucoup de frustrés autour."

Et Dupont, qui nous jurait au soir du dernier Brennus n’être pas du tout rassasié et qui a la Coupe du monde 2023 dans le viseur, le sait mieux que quiconque. "Tous ces prix, c’est très moderne et récent, disait aussi Mola mardi. Dans notre championnat, il y a l’homme du match, l’homme de ci, l’homme de ça. J’ai un peu de mal dans notre sport à déterminer des personnes plus que des collectifs." Nul doute qu’Antoine Dupont, enfant du rugby jusqu’au bout des doigts, le pense aussi.

Et que même lui se dit que, s’il est le seul Bleu à figurer dans l’équipe type mondiale de l’année, son sacre marquera surtout et définitivement le retour du rugby français au premier plan. Un rugby français déjà récompensé par l’essai de l’année chez les hommes (Damian Penaud contre l’écosse en mars) et chez les femmes (Emilie Boulard contre le pays de Galles en avril), qui pourrait aussi rafler le titre de meilleure joueuse mondiale de l’année. Simplement, Antoine Dupont, joueur toujours aussi spectaculaire devenu métronome capable de dicter le tempo d’un match, en est un magnifique porte-étendard. Un étendard qu’il a porté justement jusque sur le toit du monde.

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