• L'ancien joueur de Brive Alix Popham fait partie des plaignants.
    L'ancien joueur de Brive Alix Popham fait partie des plaignants.

Commotions cérébrales : le rugby mondial "ne tire pas les leçons", dénonce Alix Popham

Par Rugbyrama
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COMMOTIONS CEREBRALES - Les instances dirigeantes du rugby "ne tirent pas les leçons" des expériences des joueurs atteints de commotions cérébrales, s'insurge dans un entretien à l'AFP l'ancien international gallois Alix Popham, qui craint que "les mamans et les papas n'envoient plus leurs enfants à l'entraînement."

À seulement 43 ans, le troisième ligne aux 33 capes entre 2003 et 2008 est, comme d'autre anciens joueurs, atteint depuis deux ans d'une encéphalopathie traumatique chronique, une maladie neurodégénérative qui peut survenir chez les personnes ayant des antécédents de traumatismes crâniens multiples.

Popham redoute que davantage d'anciens joueurs ne soient atteints de dommages cérébraux sur le long terme si des mesures fortes ne sont pas prises par les instances dirigeantes du rugby. "Le neurologiste m'a dit que n'importe quel joueur ayant joué plus de quatre ans de rugby au haut niveau souffrira de troubles cérébraux", explique-t-il à l'AFP.

"À moins que (les organes du rugby mondial) ne prennent le problème à bras le corps en matière de nombre de contacts autorisés pendant les matches d'entraînement et tout au long de la saison, les mamans et les papas n'enverront plus leurs enfants à l'entraînement, s'inquiète Popham. J'ai trois filles et, heureusement, elles ne sont pas venues me voir pour m'annoncer qu'elles voulaient jouer au rugby."

Deux actions en justice

L'ancien joueur de Brive (2008-2011) fait partie, tout comme l'ancien talonneur anglais Steve Thompson, d'un groupe d'anciens internationaux qui ont engagé une action en justice contre les fédérations internationale, anglaise et galloise de rugby.

Popham et Thompson, champion du monde en 2003, ont également annoncé la semaine dernière, aux côtés d'autres anciens joueurs, leur intention de porter plainte contre la Fédération française et la Ligue nationale pour manquement aux obligations de sécurité et d'information sur les commotions cérébrales.

Popham s'attend à ce que plus de 500 anciens et actuels joueurs de rugby se joignent à cette action en justice, bien qu'ils n'étaient que quinze la semaine dernière.

"Beaucoup de joueurs de Pro D2 et des ligues inférieures étaient payés au nombre de matches joués, déplore-t-il. Ils jouaient malgré les blessures et les traumatismes crâniens. De plus, il y avait tellement de joueurs étrangers qui jouaient en France et qui jouent encore en France, donc le nombre de plaignants va beaucoup augmenter."

Le natif de Newport s'est rendu compte pour la première fois qu'il avait des problèmes de mémoire en 2019, lorsqu'il s'est perdu alors qu'il effectuait une balade en vélo près de sa maison.

Mesures "de façade"

Popham se dit aujourd'hui "énervé et frustré". Selon lui, les mesures mises en place l'an dernier par la Fédération internationale pour réduire les contacts à la tête à quinze minutes par semaine à l'entraînement sont "de façade" puisqu'elles sont "des recommandations et non des obligations". À l'inverse, la NFL, championnat de football américain, impose ces règles depuis 2011.

"Ces lignes directrices sont encore outrepassées par de nombreuses équipes, critique Popham. Le rugby pourrait être bien plus sûr qu'il ne l'est aujourd'hui."

L'ancien troisième ligne centre ou flanker estime que les "erreurs" se succèdent dans le rugby mondial, citant notamment l'exemple récent du demi de mêlée australien Nic White, autorisé à retourner jouer lors d'un test-match d'automne contre l'Irlande alors qu'il ne semblait pas en mesure de le faire.

"Ils n'apprennent pas. Ces cas-là arrivent dans des matches que nous regardons, mais ils sont décuplés dans des rencontres moins huppées."

Outre les commotions cérébrales, médiatisées depuis plusieurs années, "il y a les impacts sous-commotionnels, qu'on appelle tueurs silencieux", explique Popham, que son neurologue compare à un robinet qui fuit.

"Il faut expliquer clairement toute la terminologie, tout ce qui se passe, soutient-il. Les commotions cérébrales, dans les années 1950 et 60, on appelait ça lésions cérébrales traumatiques. Si on disait ça, les mamans et les papas s'assiéraient et écouteraient."

Selon Popham, il faut lutter contre ce problème dès à présent et pas plus tard, car "les joueurs courent des risques inutiles".