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International - Mario Ledesma (Argentine) : "Nous ne ferons plus de cadeaux"

Ledesma : "Nous ne ferons plus de cadeaux"
Par Marc Duzan via Midi Olympique

Le 06/03/2019 à 09:00Mis à jour Le 06/03/2019 à 09:01

INTERNATIONAL - En fin de semaine, Mario Ledesma sera en France afin de rencontrer les Pumas du Top 14. Avant ça, il a tenu à faire passer un message...

Rugbyrama : Après des années de stand-bye, l'exode de vos meilleurs joueurs a récemment connu un nouvel élan. La saison prochaine, six de vos cadres (Cordero, Imhoff, Isa, Matera, Herrera et Sanchez) évolueront en Top 14. Comment l'expliquez-vous ?

Mario Ledesma : Pendant des années, les joueurs ne pouvaient pas évoluer pour les Pumas s'ils ne faisaient pas partie des Jaguares. Dernièrement, la règle s'est quelque peu assouplie, dans le sens où lorsque le besoin s'en fait sentir, nous convoquons des joueurs expatriés sur des postes bien spécifiques et sur lesquels notre réservoir est limité. A niveau égal, nous favoriserons toujours le mec de la franchise. Mais dans le cas contraire, nous ferons appel aux expatriés.

Vous l'avez fait l'an passé avec Herrera, alors sous contrat à Paris...

M.L. : Oui. Et la relation avec le Stade français s'est rapidement tendue. [...] Quand Paris a signé Ramiro Herrera, il existait un "gentleman agreement", un engagement oral entre les deux parties. En gros, le joueur ferait une croix sur l'équipe nationale pour se consacrer au Top 14. Mais en nous appuyant sur l'article 9 (la règle sur la libération des internationaux), nous avons avancé l'argument suivant: ou Ramiro Herrera est retenu par ses dirigeants et le club prend une grosse amende; ou le joueur ne veut pas nous rejoindre et c'est la fin de sa carrière internationale. Il a finalement disputé une partie du Four Nation.

Dès lors ?

M.L. : Il est temps de mettre les choses au clair: nous ne ferons plus de cadeau. Nous n'avons pas à négocier avec les clubs européens sur la libération des internationaux. Quand nous voudrons des joueurs, nous les prendrons.

Combien de temps ?

M.L. : Quatre ou cinq mois si le besoin s'en fait sentir. Après, si les clubs français veulent continuer à payer des fortunes pour ces joueurs-là, c'est leur choix !

En tant qu'employeurs, les clubs ont aussi des droits...

M.L. : Oui. Mais lorsqu'ils voudront se servir du joueur entre deux tests matchs du Four Nation, celui-ci se tapera des voyages en avion et reviendra en Europe en décembre sans pouvoir mettre un pied devant l'autre. A mon avis, prendre un mec qui est susceptible de voyager six mois sur douze n'est pas une bonne option...

Ramiro Herrera (Argentine)

Ramiro Herrera (Argentine)Icon Sport

Et si les joueurs refusent de vous rejoindre ? Les bannirez-vous de l'équipe nationale ?

M.L. : Tout à fait. Dans la vie, tu fais des choix et tu les assumes. [...] Et puis, ça ne se refuse pas, le maillot d'une équipe nationale. Pour moi, quand t'as 25 ou 26 ans, il est absurde de faire une croix sur la sélection. Ce temps-là, c'est le plus beau, le plus fort de ta carrière: tu ne le récupèreras jamais plus.

Sélectionnerez-vous les Pumas de France pour les Four Nation à venir ?

M.L. : Oui. Et peu importe si ça tombe sur une finale de championnat ou un match super important de coupe d'Europe.

Pouvez-vous rivaliser, chez les Jaguares, avec les salaires proposés en Europe ?

M.L. : Pour les joueurs moyens, oui. Parce qu'au salaire de la franchise, il faut ajouter les primes de match internationaux.

Et pour les autres ?

M.L. : Sur nos quatre ou cinq meilleurs joueurs, nous ne pourrons jamais rivaliser avec les montagnes d'euro des clubs français. Respectent-ils le salary cap ? Apparemment, ils ne le respectent pas. Mais c'est un autre débat...

Les sommes proposées aux stars argentines sont-elles folles ?

M.L. : Cordero, quand il est parti, n'avait pas un gros salaire en Angleterre. Mais après la super saison qu'il vient de faire avec Exeter, j'imagine qu'il y a eu une plus-value (à Bordeaux, N.D.L.R.). Par ailleurs, je ne sais pas quel est le salaire de Juan Imhoff au Racing mais quand on lui a proposé de rentrer en Argentine pour un très beau montant, il a décliné. J'imagine donc qu'il est bien payé.

Ces joueurs pourraient néanmoins vous rétorquer, à vous, Juan Hernandez ou Agustin Pichot, d'avoir tous profité de ce système à une période de votre vie...

M.L. : Et ils auront raison. C'est la raison pour laquelle je ne les juge pas ! S'ils refusent la sélection parce qu'ils ont peur de se mettre à dos leur employeur, cela ne m'empêchera pas de boire un coup avec eux.

Mais ?

M.L. : La problématique n'était pas la même à mon époque. Au début des années 2000, nous n'avions rien en Argentine: tout le monde se foutait de nous, on jouait les grandes nations tous les cinq ans... L'entrée à la Sanzaar en 2012 a tout changé

Comment ?

M.L. : Quand j'étais jeune, tu m'aurais dit que j'allais jouer les Boks et les Blacks tous les ans, je ne sais pas si j'aurais quitté mon pays.

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