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Saga Haka - Épisode IX : l’Irlande, à jamais les premiers

Saga Haka - Épisode IX : l’Irlande, à jamais les premiers
Par Rugbyrama

Le 30/04/2020 à 12:22Mis à jour Le 30/04/2020 à 12:52

La crise sanitaire actuelle a contraint les autorités à stopper toutes les compétitions de rugby. L’occasion de se remémorer les grands moments de la plus mythique des traditions rugbystiques. Chaque jour, Rugbyrama vous propose de revenir sur les hakas les plus marquants. Aujourd’hui, les Irlandais emmenés par Willie Anderson osent défier, pour la première fois, le haka des Black, en 1989.

C’est donc un soir de mi-novembre 89 que naquit la longue série de confrontation aux hakas. Dans les contrées irlandaises, au sein de la mythique antre de Lansdowne Road. D’autant plus surprenant, que le défi proposé par le XV du Trèfle survient seulement deux ans après la mise en place systématique du rituel maori. Si dans les esprits, les joueurs néo-zélandais effectuent cette danse depuis toujours, avant les matchs, ce n’est en réalité que depuis 1987 qu’elle devient immuable (auparavant, elle n’était réservée que lors des tournées lointaines des Black).

Dernier grand rendez-vous de la décennie, ce choc n’en restait pas moins déséquilibré. Les Irlandais finissant à la dernière place du Tournoi 3 fois sur les 4 dernières éditions, tandis que les Black s’étaient emparés de la première Coupe du monde de l’histoire deux ans plus tôt. Sans omettre le fait que les Irlandais n’étaient jamais venus à bout de leurs adversaires, malgré la rareté de leurs oppositions (dernière rencontre en 1978). Cette tournée hivernale néo-zélandaise est marquée par des affrontements contre bon nombre de provinces celtes (Cardiff, Swansea, Llanelli, Newport, le Munster et Connacht) avant de défier le XV du Trèfle. Les rencontres contre Newport et le Munster ont d’ailleurs donné lieu à une forme de réponse au haka.

Le "fighting spirit" au zénith

Tout d’abord, les Gallois ont tout bonnement voulu l’ignorer. Se tenant en cercle dans leur en-but, ils donnaient alors l’impression de se recroqueviller sous la chaleur des chants du public de Rodney Parade (stade de la province galloise). Cette initiative aura eu le mérite de bousculer les Black et sous l’impulsion de leur capitaine, Wayne Thomas Shelford, ils se sont précipités vers eux pour effectuer leur haka. Les images, 30 ans plus tard, sont toujours aussi prégnantes. Ensuite, les Munstermen ont adopté une posture plus conforme et se sont contentés de faire front, joueurs liés afin de faire face à ce rite. C’est d’ailleurs dans cet esprit que Willie Anderson, capitaine irlandais et Jimmy Davidson, sélectionneur du XV de Trèfle, ont décidé de répondre, en ajoutant leur touche personnelle…

Si cette réponse a marqué les mémoires, c’est aussi de part sa spontanéité. Réunis avec Davidson quelques jours avant la rencontre, Anderson raconta, quelques années plus tard, comment l’idée s’était manifestée. "En toute honnêteté, c’était l’idée de Jimmy Davidson et je suppose qu’il a eu quelques… lieutenants idiots pour la réaliser. Et l’ambiance était… si vous aviez pu l’embouteiller, vous auriez fait fortune." Bien sûr, Anderson avait une idée limpide de ce qu’il allait faire, mais ce n’était pas le cas de ses coéquipiers, qui pour certains, n’étaient pas au courant de ce qu’il se mijotait en coulisses.

L’autre leader de cette formation, Donal Lenihan, qui formait alors la seconde ligne en compagnie d’Anderson, se souvient de ce moment si particulier et le retranscrit dans son ouvrage My life in Rugby. "J’étais à mi-chemin de la ligne à gauche de Willie, qui se tenait en plein milieu avec sept hommes de chaque côté de lui, quand soudain, et sans aucun avertissement au reste d’entre nous, il a commencé à avancer sur les joueurs néo-zélandais. Avec tout le monde, je regardais à travers la ligne en me demandant ce qui se passait ici. C’est pourquoi vous avez commencé à voir ce V se former avec Willie comme pointe de la flèche. Il s’est pratiquement retrouvé face à Shelford, alors que la foule est devenue ivre de joie."

" J’ai toujours dit que nous avions gagné la danse mais perdu le match"

Le principal intéressé, Anderson, va dans le même sens et ajoute que pour lui c’était une manière de renverser l’opinion, dans le but que son équipe reçoive les louanges des supporters, puisqu’en règle générale ce sont les Black qui les obtiennent. "Intimidons-les, parce que le haka est une chose assez intimidante. Ça ne devait être en aucun cas irrespectueux. Ensuite, nous nous sommes retrouvés très près, oeil contre oeil, et évidemment tout le monde dans dans l’équipe, en fonction des personnalités de chacun, n’était pas d’accord."

Willie Anderson, capitaine de l'Irlande en 1989

Willie Anderson, capitaine de l'Irlande en 1989Other Agency

Sur les images, on peut discerner les différentes réactions des joueurs en Vert, la plupart préférant rester en retrait, tandis que les autres suivant leur guide Anderson se sentaient galvanisés par ce défi. Sur le terrain, malgré de vaillants joueurs irlandais qui ont espéré longtemps pouvoir renverser l’ogre noire (6-13 après 70 minutes de jeu), les Blacks ont profité de la fatigue adverse pour l’emporter 6-23.

Mais ce jour-là marqua avant tout le début d’une nouvelle ère. Celle signifiant que le haka pouvait être utiliser par les adversaires pour renverser l’ascendant psychologique. Une date à marquer au fer rouge dans le rugby mondial. Willie Anderson, l’homme de cette rébellion, ira même jusqu’à dire que : "nous avions gagné la danse, mais perdu le match." Tout un symbole.

Par Thibaud Gouazé

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