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C'est qui le plus fort ? Lomu 1995 vs Lomu 1999

C'est qui le plus fort ? Lomu 1995 vs Lomu 1999
Par Rugbyrama

Le 27/11/2020 à 16:45Mis à jour Le 28/11/2020 à 17:35

INTERNATIONAL - Alors que cette semaine la Nouvelle-Zélande joue une nouvelle fois contre l'équipe d'Argentine qui l'a battue il y a quinze jours, nous avons décidé de faire un zoom sur une période où les Blacks ne perdaient quasiment jamais (et encore moins deux matches de suite), les Coupes du monde 1995 et 1999. Figure emblématique de cette période, Jonah Lomu est au coeur du débat. En avant !

LE CV :

Par où commencer ? Quand on évoque la superstar qu'était Jonah Lomu, la question prend tout son sens. L'ailier des All Blacks est peut-être le premier nom qu'un novice en rugby vous citerait s'il devait évoquer un joueur du monde de l'ovalie du tac au tac. Pourtant, si l'on jette un œil à son palmarès, il n'est pas le plus complet du monde du rugby international. Avec le club des Auckland Blues, il remporte le Super 12 en 1996 et en 1997, ainsi que le championnat des provinces néo-zélandaises avec les Wellington Lions en 2000. Vous l'aurez compris, ce n'est pas en club que Lomu a forgé sa légende, mais bel et bien avec la tunique frappée de la fougère argentée.

Chez les Blacks, il impressionne. D'abord de par son physique absolument hors norme pour un ailier (1,96m , 118 kilos), ensuite par sa capacité a écrire l'histoire lors des grands matches des All Blacks lors des Coupes du monde 1995 et 1999. Lui qui, comme son compère de l'aile Tana Umaga, a débuté par le XIII, a fait ses grands débuts en Coupe du monde au pays de Nelson Mandela, alors en pleine tentative de réconciliation après l'Apartheid en 1995, et peu de temps après être devenu le plus jeune All Black de l'histoire à 19 ans et 45 jours, un jour de match contre les Bleus.

Lomu 1995 : la révélation aux yeux du monde entier

Aux balbutiements du professionnalisme dans le monde du rugby, un jeune ailier néo-zélandais explose aux yeux de la planète. Puissant, technique, rapide (il court le 100m en moins de 11 secondes), excellent finisseur, Jonah Lomu révolutionne le poste. Dans un Mondial qu'il ne remportera pas, le joueur d'origine tongienne inscrit sept essais en cinq rencontres. Un doublé en ouverture du tournoi face à l'Irlande (43-19), un essai en quart de finale contre l'Écosse (48-30), et que dire de son fabuleux quadruplé en demi-finale contre l'Angleterre (45-29). Dans ce qui sera le dernier match durant lequel il inscrira des points lors de ce Mondial, Lomu ridiculisa à lui seul l'équipe de Sa Majesté et devint dès lors "l'autobus".

Pour Vincent Moscato, pas de doute, le meilleur Lomu est celui de cette période : "C'est un mec de 2020 qui vivait en 1995. La vérité elle est que c'est un joueur de football américain de San Francisco qui joue au rugby, et qui fait 120 kilos en allant aussi vite qu'Underwood qui en fait 80. Ce mec là avait un charisme, il avait une gueule et puis en définitive, c'est le mec qui a inventé quelque chose dans le rugby. Il avait des cuisses d'haltérophiles et deux crânes de veau à la place des genoux. C'est pour ça que je dis qu'il fallait en vouloir pour le plaquer à cette époque."

Jonah Lomu - Afrique du Sud - Nouvelle-Zélande, 24 juin 1995

Jonah Lomu - Afrique du Sud - Nouvelle-Zélande, 24 juin 1995Icon Sport

L'histoire retiendra que malgré son niveau prodigieux dans cette compétition, Jonah Lomu n'a pas pu soulever la Coupe du monde, la faute au drop de Joel Stransky en toute fin de finale (15-12). Peu importe, la légende était née et prenait rendez-vous avec le monde entier quatre ans plus tard, en Angleterre.

Lomu 1999 : Jonah marche sur les Bleus, qui s'en sortent quand même

Lors de sa deuxième Coupe du monde en 1999, Jonah Lomu ne bénéficie plus de l'effet de surprise qui lui avait servi quatre ans plus tôt sur les terres de Mandela pour rouler sur les défenses adverses. Attendu comme une rockstar, mais surtout craint de tous, le trois quart aile est l'attraction de ce Mondial 99. Dès son entrée dans la compétition, et comme en Afrique du Sud, il marque un doublé contre les Tonga. Le match d'après, dans le choc de la poule B, Lomu terrasse à nouveau les Anglais (30-16) en inscrivant l'un des plus beaux essais du Tournoi après une course de plus de soixante mètres (voir ci-dessous).

Deux essais contre la modeste équipe d'Italie (101-3), et un contre l'Écosse en quart (30-18) plus tard, voilà le meilleur joueur du monde dans le dernier carré du tournoi, en lice contre les Bleus. Fabien Pelous, titulaire ce jour-là, se souvient de la tactique mise en place par Jean-Claude Skrela et Pierre Villepreux pour contrer "la bête" : "L'objectif, c'était de taper au pied loin derrière lui - d'ailleurs Titou Lamaison avait été excellent sur ce point-là et excellent tout court sur ce match - parce qu'en fait, c'était un bon joueur quand on lui donnait le ballon une fois lancé, mais quand il fallait qu'il se lance, il était quand même moins efficace. En tapant loin dans son dos, on voulait le faire reculer pour qu'il mette du temps à se relancer ou qu'il joue directement au pied, ce qui n'était pas son meilleur secteur de jeu à l'époque (rires.)"

Malgré le "plan anti-Lomu", les Bleus de ce soir-là subissent la loi du meilleur Black de la partie, auteur d'un doublé, dont un essai sensationnel où huit Français, et pas des moindres, rebondissent sur lui en vain. Finalement, à force de courage et d'un coup de génie de Christophe Dominici, Lomu et ses partenaires échouent aux portes de la finale (31-43).

Fabien Pelous après la victoire contre la Nouvelle-Zélande en 1999

Fabien Pelous après la victoire contre la Nouvelle-Zélande en 1999Icon Sport

Pour le deuxième ligne international aux 118 sélections, le Lomu qu'il a affronté était le meilleur des deux Coupes du monde : "Pour moi, il était meilleur en 99, car il était attendu de tout le monde, et il est arrivé à faire aussi bien, voire mieux qu'en 95. En Afrique du Sud, il arrivait sans passé finalement, et aucune équipe n'avait mis en place une stratégie anti-Lomu, raconte-t-il admiratif avant de conclure, alors certes, il avait renversé les Anglais en 95, mais en 99 il nous avait renversé aussi un petit peu quand même. Il marque deux essais sur le match et j'ai le souvenir d'avoir vu des mecs comme Abdel Benazzi rebondir dessus en essayant de le plaquer. Marc Lièvremont aussi, alors qu'il était notre meilleur plaqueur, et certainement l'un des meilleurs plaqueurs du moment au niveau mondial. Pour avoir eu la chance de le jouer quelques fois, il a été, sur ce match-là, l'un des seuls jouer à son meilleur niveau. Il mettait constamment son équipe dans l'avancée. Enfin, lui il a fait ce qu'il avait à faire, quoi."

L'avis de Rugbyrama

Difficile de trancher quand on parle du meilleur joueur de tous les temps. On se rappellera encore durant des décennies de ses folles chevauchées vers l'en-but, de ses crochets dévastateurs, de sa vitesse de pointe à faire attraper le tournis à un guépard, et de sa puissance incomparable, qui a fait tant de ravage dans les défenses adverses. Jonah Lomu était tout ça en même temps.

Un joueur qui venait du bout du monde et qui est parvenu à entrer dans la légende. Un gamin de 20 ans qui se révéla aux yeux du monde lors de la plus célèbre des Coupes du monde, mais qui vît ses rêves de soulever le trophée William Webb Ellis s'écraser sur la puissance de la Nation arc-en-ciel d'abord, puis sur le talent d'un XV de France porté par un petit lutin d'un mètre 72 - dont le pays pleure la disparition tragique aujourd'hui - quatre ans plus tard. Avec du recul, nous dirions alors que c'est en 95 qu'il fut le meilleur, car porté par l'insouciance de son jeune âge et pour son quadruplé contre l'Angleterre.

Au bout du chemin, et avant d'être emporté par la maladie, "Big Jonah" termina sa carrière à Marseille, dans le pays au monde qu'il chérissait le plus, après son île natale et dont il parlait de la sorte : "Chaque fois que je voyage en France, je me sens comme à la maison. Après la Nouvelle-Zélande, la France est le pays le plus cher à mon cœur. Donc, quand j’ai eu l’opportunité d’y aller en 2009 et de signer un contrat avec un club de rugby, il n’a pas fallu longtemps pour me convaincre". Une preuve de plus (s'il en fallait une) qu'au-delà de son don pour le rugby, Jonah Lomu était surtout la classe incarnée.

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