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Trussardi : "En Italie, nous n’avons pas le droit de nous voir, même en appartement"

Trussardi : "En Italie, nous n’avons pas le droit de nous voir, même en appartement"
Par Leo Faure via Midi Olympique

Le 16/03/2020 à 12:06Mis à jour Le 16/03/2020 à 12:14

CORONAVIRUS - Mis en quarantaine, comme tous les habitants de l’Italie, l’ancien Clermontois et Biterrois raconte son quotidien.

À quel moment avez-vous pris conscience de la gravité de la situation en Italie ?

Ce fut assez bizarre. Ils parlaient beaucoup aux informations de la propagation du coronavirus. Cela pouvait générer un peu de crainte mais la vie était finalement normale. Dans la rue, on ne voyait pas de changement. Et puis, d’un jour à l’autre, c’est devenu sérieux. J’ai vraiment réalisé la gravité quand ils ont commencé à reporter les matchs. Le confinement a encore été une étape supplémentaire. Me concernant, le choc est intervenu quand je suis allé au supermarché et qu’ils ne laissaient entrer les personnes que dix par dix, avec une distance de sécurité imposée et surveillée. Tout le monde portait des masques.

Vivez-vous en vase clos ou le club vous accompagne-t-il durant cette période de flou ?

Tout le monde s’informe le plus vite possible, dans son coin. Nous avons des groupes de discussion sur nos téléphones entre joueurs, où l’épidémie est l’unique sujet de conversation. Le club nous tient au courant au jour le jour. Nous sommes soutenus.

Comment se poursuivent les entraînements ?

Au tout début du confinement, la semaine dernière, on pouvait encore aller au club. C’était le matin, par petits groupes, pour limiter les contacts et sur des créneaux horaires stricts, pour que les groupes ne se croisent pas. On avait des séances de musculation pour s’entretenir. L’après-midi, c’était fermé. Nous restions chez nous. Moi, je jouais un peu à la console, j’en profitais aussi pour réviser. Quand j’étais à l’ASM, j’avais débuté des études à l’école de commerce de Clermont. Je poursuis ce cursus, à distance. Je suis en troisième année. Désormais, le confinement est total, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Continuez-vous de voir vous coéquipiers, dans un cadre privé ?

Absolument pas. En Italie, les commerces sont fermés mais les contacts sont également interdits. Nous n’avons pas le droit de nous voir, même en appartement. Il nous faut un papier officiel pour sortir. Certaines personnes ont le droit de circuler pour aller travailler mais elles doivent avoir une attestation de leur employeur. Pour aller faire ses courses, vous sortez aussi avec un justificatif de domicile. Si vous êtes contrôlé, vous devez pouvoir justifier que vous habitez dans le quartier. Théoriquement, si vous n’avez pas ces papiers, vous pouvez recevoir une amende.

Ne vous entraînez-vous plus du tout ?

Depuis jeudi, non. Jusque-là, on prévoyait encore la reprise des entraînements la semaine prochaine. Mais avec les nouvelles directives, c’est quarantaine totale.

Le sport, qui était votre quotidien, ne vous manque-t-il pas ?

J’avoue, c’est dur. Vendredi, je n’en pouvais plus de rester enfermé. J’ai craqué. Cela me démangeait et je suis allé courir autour de chez moi. Je crois que c’est interdit mais j’en avais besoin. Et j’ai quand même croisé quelques personnes, qui avaient fait comme moi. Le sport vous manque vite. J’essaie de faire avec les moyens du bord.

C’est-à-dire ?

Quelques coéquipiers ont des appareils de musculation à la maison. Moi, je n’en ai pas. Alors, je me débrouille. Je fais des pompes. Je mets des packs d’eau dans un sac de sport pour faire du poids et je fais quelques exercices. C’est moins lourd que ce qu’on a l’habitude de soulever mais avec le temps et la répétition, on arrive tout de même à se fatiguer…

Votre famille n’est-elle pas trop inquiète ?

Bien sûr que si. Je reçois énormément de messages, de toute ma famille. Avec l’éloignement, en plus, ce sont surtout les informations effrayantes qui leur arrivent depuis l’Italie. Me concernant, c’est encore plus vrai pour la partie de ma famille qui est en Guadeloupe. C’est une zone qui n’est pas encore trop touchée. Ils ont plus peur que moi, finalement.

Pourquoi ne pas être rentré en France ?

Quelques étrangers de l’équipe sont effectivement rentrés chez eux. Moi, j’y réfléchis. Je ne sais pas trop… (il marque une pause) Je suis un peu perdu. La quarantaine est arrivée vite. On n’a pas pu anticiper et elle est décrétée jusqu’au 22 mars. Après, on reprendra peut-être. Je sais aussi que cette situation arrive en France. Pourquoi aller me mettre dans un nouveau confinement ? Ce que je vois en France, les dernières évolutions, c’est ce qu’il se passait en Italie il y a deux semaines. Vous allez bientôt vivre la même chose. Préparez-vous à la quarantaine !

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