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Ligues fermées : pourquoi en rugby ça a marché

Ligues fermées : pourquoi en rugby ça a marché

Le 22/04/2021 à 18:08Mis à jour

INTERNATIONAL - Les Ligues fermées ont été des réussites en rugby, dans l'Hémisphère Sud et dans les pays celtes. Explications.

La question des ligues fermées a fait beaucoup parler dans le monde du football cette semaine. Le projet de Superligue porté par douze clubs anglais, italiens, espagnols a été finalement rejeté sous la pression des supporteurs et de l'opinion publique. Mais en rugby, ce modèle existe depuis assez longtemps et n'a pas été critiqué, il a souvent été vu comme bénéfique.

Après tout, qu'est-ce que le Tournoi des Six Nations sinon une ligue internationale fermée ? On peut estimer qu'il a protégé certaines nations en grande difficulté à certaines époques. L'Irlande et le pays de Galles dans les années 80 et 90, l'Angleterre dans les années 70 et 80, l'Ecosse dans les années 50 et 2000.

On peut lancer des jeunes et se montrer créatif

Il a permis au rugby de l'Hémisphère Sud de trouver un modèle économique avec la création en 1996 du Super Rugby, compétition transnationale entre les trois nations phares de l'hémisphère sud. Ce tournoi financé par l'argent des télévisions privées a fait monter le niveau du jeu et a permis aux Australiens, Néo-Zélandais et Sud-Africains de conserver autant que possible leurs talents au bercail. La formule a connu des chaos à travers l'histoire, c'est vrai, elle se trouve à un moment charnière mais personne ne discute vraiment de ses bienfaits sur le long terme.

Super Rugby - David Havili (Crusaders)

Super Rugby - David Havili (Crusaders)Icon Sport

Plus près de nous, le concept de ligue fermée a servi les intérêts des pays celtes, donnés moribonds dans les années 90. La création de la Ligue Celte (Pro 12, puis Pro 14) leur a donné des ailes avec une vraie résurgence des Gallois et des Irlandais. Pourquoi ? Parce qu'une ligue fermée favorise la formation des jeunes, pas besoin de recruter des étrangers pour essayer de se maintenir coûte que coûte. Ce n'est pas très risqué de lancer un espoir dans ces conditions.

La ligue fermée permet aussi aux équipes de vivre dans une certaine stabilité en termes de revenus (droits télé et droits commerciaux). Elle favorise le jeu offensif et l'innovation puisque les mauvaises passes ne sont pas si graves, on sera toujours là l'an prochain. Elles permettent aussi d'économiser les joueurs internationaux qui n'ont pas à cravacher pour sauver leur club.

En divisant leur élite assez réduite en quatre ou en deux entités, l'Irlande, le Pays de Galles et l'Ecosse ont fini par créer des machines de guerre plus performantes encore qu'elles ne l'imaginaient. Les Italiens sont à la traîne, c'est incontestable mais on peut penser que sans leurs deux franchises, la situation serait encore pire.

Des projets fédéraux à la différence du foot

Mais il est vrai que ce système de ligues fermées du ballon ovale diverge du projet de Superligue des footballeurs, il concernait des équipes contrôlées par les fédérations et non pas des clubs privés (même si c'est vrai, les franchises galloises avaient des capitaux mixtes). En plus, ces ligues sont apparues ex-nihilo, elles n'ont pas remplacé ou concurrencé de championnats préexistants.

Pro 14 - Robbie Henshaw (Leinster)

Pro 14 - Robbie Henshaw (Leinster)Icon Sport

Elles n'ont pas créé trop de frustrations, sauf un peu au pays de Galles où les clubs étaient assez forts. Mais dans les autres pays, les clubs ou provinces traditionnels n'avaient pas les moyens dans leur championnat domestique d'offrir ce niveau de jeu proche des standards internationaux. Et surtout, ces ligues se voulaient clairement professionnelles, dans un sport qui avait toujours été amateur.

On a remarqué que depuis une dizaine d'années, l'Angleterre fait tout pour faire de son championnat de clubs « traditionnels » une compétition fermée ou quasi-fermée : une seule descente sur douze, zéro en 2021 et un projet de verrouiller un championnat à quatorze jusqu'en 2025. Mais l'idée », c'est qu'en Angleterre, les clubs de D2 n'auront jamais les reins assez solides pour se mêler aux joutes de l'élite.

Le championnat anglais est récent historiquement, la culture du rugby d'élite aussi et les clubs en apparence puissants cherchent à protéger leurs investissements.

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