Rugbyrama

Hommage à Jacques Verdier

Hommage à Jacques Verdier

Le 20/12/2018 à 18:26Mis à jour Le 21/12/2018 à 10:34

L'ancien patron du Midi-Olympique était un enfant des années 70. Il savait refaire vivre ce rugby qui était selon lui : "un incroyable espace de liberté".

Il y a bien sûr plein de façon de rendre hommage à une personnalité disparue. Mais dans le cas d'un journaliste de rugby, ce sont ses références qui nous reviennent les premières en mémoire. Sur le plan du rugby, Jacques Verdier était un enfant des années 70. C'est à ce rugby-là qu'il se référait spontanément avec les yeux qui brillaient et les trémolos dans la voix. Il avait connu ce rugby qui restait encore "un espace de liberté incroyable", nous disait-il. Sur un terrain, crampons aux pied, bandeau dans les cheveux, les règles communes de la société étaient comme suspendues, on portait rarement plainte, on s'expliquait sévèrement...

Passion pour Toulon

À son époque bénie, les joueurs portaient souvent les cheveux longs et arboraient des moustaches et des barbes de pirates. Les costauds étaient parfois adroits, mais plutôt lents, les rapides étaient légers, sauf exceptions. La musculation n'était pas l'alpha et l'oméga des joueurs, et on acceptaient en souriant que certains "statèges" soit dispensés de plaquer. Jacques était de la Haute-Garonne, le Comminges, mais il nourrissait une passion pour le Toulon des années 70-80. Il nous avait un jour expliqué qu'il assimilait leur culture à une forme sublimée de la "Commedia del arte". Quand il allait à Mayol et que depuis, la tribune de presse, il apercevait la Méditerranée, il se laissait griser par les rugissements de la foule : "Toulon ; Toulon".

Une certaine façon de mettre en scène un rugby particulièrement viril. Jacques avait une référence : André Herrero et son regard d'acier. Il avait écrit sa biographie et aimait à nous rappeler qu'il "n'avait jamais été capitaine du XV de France", une injustice qui rajoutait du piment à sa légende . Jacques Verdier se référait aussi au Grand Béziers, à son "pack qui avançait en crabe", nous narrait-il ; à Alain Estève, à Michel Palmié. Il nous avait montré un jour de l'essai du Narbonnais, François Sangalli en finale du championnat 1974 en soulignant qu'à quelques mètres de ce lévrier lancé à pleine vitesse, courait justement Alain Estève, deux mètres et cent kilos qui fut à quelques centimètres de le rattraper.

Pour lui, Estève était l'un des plus beaux talents de son époque qui valait bien mieux que sa réputation d' "ogre" impitoyable prêt à assommer tout le monde sur son passage. Nous l'entendons encore essayer de réparer cette injustice mémorielle.

Culte de la Bajadita

Jacques Verdier aimait ce rugby où les avants et les trois quarts étaient liés, mais pas confondus. Il aimait mimer dans la rédaction les positions des mêlées et notamment celle de la fameuse "Bajadita" machine infernale mise au point par les Argentins dans les années 70. Il parlait aussi de Jeu, avec un grand J dans le sillage des idées d'André Boniface et de Jean Trillo, deux autres de ses références. S'il était conscient des exigences du rugby d'aujourd'hui, l'art de trouver les "intervalles" par l'inspiration et la justesse technique lui manquaient .

Jacques Verdier nous avaient aussi remis en perspective quelques talents du passé que nous ne connaissions que parle bouche à oreille ou le filtre des images montées : le troisème ligne d'Hagetmau Alain Lansaman, qu'il tenait pour un vrai phénomène ou Gareth Edwards, le talent le plus absolu qu'il ait jamais croisé. Nous le sentions nostalgique de ce rugby amateur imparfait mais qui favorisait les rencontres plus sincères que celui d'aujourd'hui ; on entrait dans la chambre des joueurs internationaux après les matchs, c'était facile, c'est vrai ; on logeait dans les mêmes hôtels. Le récit de ses dialogues nocturnes avec Jean-Pierre Rives étaient des morceaux d'anthologies.

Avec son départ, une époque se brouille encore un peu plus, un témoin d'un certain rugby manquera à l'appel, il avait vécu la charnière entre "l'espace de liberté", le pouvoir souverain de l'ère Basquet-Ferrasse, les foucades de Fouroux et notre époque ultra-professionnalisée, donc plus aseptisée. Quoi que ? Ca se discute quand on y réfléchit. Mais à partir d'aujourd'hui, nous avons un interlocuteur et une référence en moins. Nous garderons parmi les mots avec lesquels il aimait jongler quelques-unes de ses spécialités : un adjectif : "coruscant", une expression "À l'aune de ..." ou une métaphore : "des nuits longues à devenir demain...". On les lui volera sans complexe, en pensant à lui.

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