Midi Olympique

La magnifique campagne d'Henri Foures

La magnifique campagne d'Henri Foures
Par Jérôme Prevot via Midi Olympique

Le 04/05/2019 à 11:22Mis à jour Le 04/05/2019 à 13:47

HISTORIQUE - Henri Foures a vécu une époppée fabuleuse entre 17 et 20 ans. Il a participé à la libération de la France au sein de la cinquième Division blindée du Général de Lattre de Tassigny. Au retour, il a entamé sa carrière de rugbyman de haut niveau. Peu de gens connaissaient son passé.

Le débarquement en Normandie, Henri Fourès s’en souvient très bien, même s’il ne l’a pas vécu directement. "Le 6 juin 1944, j’avais 19 ans. J’étais à Douera en Algérie. À 6 heures, le Général de Lattre de Tassigny est passé dans nos tentes pour réveiller tout le monde : "À midi, je vous veux devant le salon d’honneur". À l’heure dite, les cartographes sont arrivés, on nous a montré des croquis. De Lattre De Tassigny nous dit : "Les Alliés ont débarqué. Le commando Kieffer en fait partie. Ils ont pris pied sur la terre de France et ne pourront pas être rejetés. Je ne pouvais pas vous en parler avant. Ceux qui veulent joindre des unités combattantes peuvent le faire dès maintenant."

Dans son salon de Labastidette (Haute-Garonne), l’ancien deuxième ligne du XV de France, dirigeant historique du Stade toulousain, président des "Amis du Stade" fait défiler la pelote de ses souvenirs. Son verbe est clair, sa mémoire des noms et des lieux particulièrement précise. Il évoque son passé hors du commun sans aucun effet déplacé. L’homme de 88 ans, se meut moins qu’avant mais son esprit reste bien fixé sur le moment présent, de Roland-Garros, qu’il suit à la télé, à la vie de son club dont il règle des aspects très concrets via le téléphone. On essaie de se l’imaginer soixante-dix ans en arrière, acteur volontaire, héroïque et anonyme d’un des plus grands soubresauts de l’Histoire.

Sa fonction : déminer les ponts

"J’ai répondu à la proposition de De Lattre de Tassigny. Je suis parti tout de suite à Oran au Peloton Spécial de la 5e DB. On nous a retiré toutes nos identifications (chaînes, N.D.L.R.) et nous avons été formés au déminage des ponts." Il n’y avait pas de rugbyman français au sein du commando Kieffer, seule unité française, impliquée dans le D-Day. Henri Foures a vécu son débarquement à Sainte-Maxime dans le Var, le 15 août suivant, "à bord d’une péniche qui avait servi en Normandie". Le cœur d’une épopée assez extraordinaire, commencée trois ans plus tôt alors qu’il vivait à Portet-sur-Garonne.

"Mon frère avait été pris par le STO. Il avait sauté du train pour se réfugier chez mes parents, caché dans une panière de linge quand les gendarmes sont venus perquisitionner. Il est ensuite parti en Espagne. Ma famille écoutait Radio Londres, par patriotisme, je l’ai imité. Du courage ? Je dirais plutôt de la motivation, plus l’esprit de la jeunesse." Le gamin de 17 ans qui vient de découvrir le ballon ovale met le cap au Sud-Ouest, vers Pau, Oloron, Saint-Jean-Pied-de-Port et l’Espagne où, en l’espace de deux heures, il retrouve son frère. Mais les autorités ibériques ne sont pas d’accord, il passe six mois en prison avec une tentative d’évasion au milieu.

"Ce qui m’a valu d’être transféré dans une forteresse à Bilbao, couché sur le béton à cinq par cellule. Heureusement, l’Espagne avait besoin de phosphates. Il fallait les importer du Maroc. Nous avons été échangés, parmi 32 000 évadés de France."

Gare aux snipers

Il débarque à Casablanca, épuisé et malingre (56 kg pour 1,87 m) mais disponible pour les forces françaises libres. Il croise alors les grands noms de la France libre, Giraud, De Lattre ("Je l’ai côtoyé pendant cinq mois"), de Gaulle en personne ("Il m’a passé en revue, je l’ai vu comme je vous vois"). Puis vint le fameux débarquement, complémentaire de celui de Normandie pour prendre les Allemands en tenaille. "La Côte était moins protégée qu’en Normandie mais les Allemands ont quand même tiré." Il faut imaginer précisément ce qu’a vécu Henri Foures en remontant de la Côte d’Azur à l’Alsace.

"Je peux dire que j’ai vécu une campagne "au contact", très exposée. J’évoluais dans le "no man's land", j’avançais dans la nuit. Parfois, je me mettais à l’eau. Avec des cisailles, il fallait couper les fils qui reliaient les ponts à la mise à feu. Ensuite, nous devions installer un bout de bois et un peu de chatterton." Sa crainte, les tireurs isolés ennemis qui le guettaient. "Je me suis fait tirer dessus plusieurs fois, j’ai perdu des amis. Je n’aime pas en parler, mais j’ai tiré aussi…" Il restera pudique sur certains épisodes douloureux. "Au début, les Allemands sont partis vite. À partir de la Côte d’Or, ils se sont raidis, tout est devenu plus dur."

De Dachau à Siegmaringen

Un chiffre résume tout. Son groupe comptait 65 membres, à la fin du périple, ils n’étaient plus que douze à force d’embuscades, de bagarres frontales, de sauvetages héroïques de camarades. Arrivé à Colmar, il prend conscience que les forces venues de Normandie ont libéré Paris et le Nord de la France. "Depuis le 6 juin, nous n’avions pas d’informations." Il retrouve aussi son frère : "Il avait sauté sur une mine et il avait perdu un œil. Il travaillait à l’État-Major. Nous avions convenu que nous ne donnerions pas de nouvelles à nos parents tant que tout ne serait pas terminé." Passé en Allemagne, le danger devint paradoxalement moindre. "Les gens étaient finalement contents de nous voir."

Mais il lui restait encore deux moments d’intense émotion : "J’ai quand même libéré Dachau, et je suis allé à Sigmaringen pour arrêter Pétain. Je l’ai vu de près lui aussi. Un mec de son entourage m’a abordé pour que je donne de ses nouvelles à sa famille à Agen. Je lui ai dit d’aller se faire foutre." Pour son interlocuteur qui pourrait être son petit-fils, le plus dur est de l’imaginer revenir chez ses parents à 20 ans, riche de toutes ses expériences. "À peine arrivé, j’ai reçu mes papiers pour… Partir au service militaire ! Je suis allé au Capitole, Salle des Illustres, lieu du conseil de révision. Quand je leur ai montré mon livret militaire, ils m’ont salué."

Il ne lui restait plus qu’à démarrer sa carrière de rugbyman de haut niveau. "La guerre m’avait donné une terrible condition physique." Henri Foures n’a jamais dressé de parallèle entre ses faits d’armes et sa vie de sportif. "Nous ne parlons jamais de ça avec mes coéquipiers. Même Serge Blanco, que j’ai connu quand j’étais dans le staff des Bleus, ne l’a appris que très récemment." Au moment de quitter ce grand nom du rugby français, on ne peut pas ne pas transposer l’histoire de Foures au rugby d’aujourd’hui. Imagine-t-on un deuxième ligne débutant, visage encore juvénile, enfiler son premier maillot bleu et entonner sa première Marseillaise riche d’un tel passé ?

C’est pourtant ce qu’a vécu Henri Foures, à l’orée des années 50, pour la première victoire des Bleus à Twickenham. Et sur le moment, personne n’a cherché à fouiller son passé.

XV de France - Henri Foures sous le maillot des Bleus en 1951

XV de France - Henri Foures sous le maillot des Bleus en 1951Midi Olympique

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