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Les Pumas condamnés à l’exil

Les Pumas condamnés à l’exil

Le 15/08/2022 à 16:19Mis à jour

RUGBY CHAMPIOSNHIP - L’expérience des Jaguares a fait long feu. Les Pumas rejouent avec une équipe d’exilés. On ne voit plus comment elle pourrait faire autrement. Et finalement, ce n’est pas si mal. Le succès magnifique face aux Wallabies le prouve.

La victoire historique des Pumas sur l’Australie a fait sensation samedi soir à San Juan. C’est incontestable : 48 à 17 et sept essais à deux, ce n’est pas rien contre un ancien champion du Monde. Parmi les Argentins les plus en vue, on a bien sûr noté Juan Imhoff, le trois quart aile du Racing, 34 ans mais seulement 37 capes. Il a signé un magnifique doublé. Il avait été absent pendant cinq ans des rangs des Pumas entre 2015 et 2020 car il avait choisi de rester en Europe.

Nous parlons de lui car cette victoire est aussi symptomatique de la situation parfois triste du rugby sud-américain. Les Pumas semblent condamnés à jouer avec une équipe d’exilés. Seize joueurs du groupe élargi évoluent en Top 14 ou en Pro D2 (Cordero, Lavanini, Petti, Kremer ...). Ce n’est pas nouveau, mais pendant une petite dizaine d’années on a cru que cette équipe nationale pourrait enfin vivre et gagner avec des joueurs vivant au pays.

Rugby Championship - Marcos Kremer (Argentine)

Rugby Championship - Marcos Kremer (Argentine)Icon Sport

Les Jaguares sont morts, vive l'exil

La Fédération avait créé une franchise, les Jaguares, autorisée à disputer le Super Rugby avec les trois nations historiques de l’Hémisphère Sud. Et l’équipe nationale ne pouvait que puiser dans ce vivier. L’idée était de rapatrier les talents émigrés en France, en Angleterre (Montoya, Carreras … ) ou dans les pays Celtes (Boffelli). Cette solution protectionniste, dans un pays historiquement attaché à une conception très amateur du rugby, a fait long feu.

Les Jaguares se sont pourtant hissés jusqu’en finale du Super Rugby en 2019 (battus par les Crusaders). C'était un laboratoire séduisant. On imaginait que les supporteurs argentins se réjouiraient de soutenir leurs meilleurs éléments tout au long de la saison. Mais le modèle n’a pas survécu, déjà parce que le Super Rugby a changé de format, il s’est rapetissé, les Sud-Africains l’ont quitté. La situation n’était plus viable pour les Argentins. Les Néo-Zélandais et les Australiens ne se sont pas battus pour les conserver. L’expérience n’aura donc duré que de 2016 à 2020, parenthèse enchantée.

Et puis, la pression des clubs européens, notamment français était trop forte face à des finances limitées de l’UAR. Nous avons parlé d’Imhoff, mais Facundo Isa a clairement préféré jouer à Toulon et à Lyon que porter les couleurs des Jaguares. Ça lui a coûté la Coupe du Monde 2019.. On se rend compte que l’intérêt des clubs français pour la main-d'oeuvre argentine aura peu faibli finalement, même si l’article 9 de World Rugby les oblige à se passer des joueurs argentins jusqu’à la mi-octobre…. Avant de les relâcher en novembre.

Emiliano Boffelli - Jaguares

Emiliano Boffelli - JaguaresIcon Sport

L'entrée gagnante dans le Rugby Championship

Nous sommes donc revenus en arrière, l’élite du rugby sud-américain a repris le chemin du vieux continent, pour ne revenir dans la mère patrie qu’entre juin et octobre (et encore, hormis les déplacements). Les Pumas ne s’en portent pas plus mal finalement sportivement. Il n’y a pas de quoi se lamenter. Mais il nous reste un parfum de nostalgie. Le rugby est dur à réformer, décidément.

Si l’on prend du recul, le seul changement significatif et couronné de succès, ce fut l’entrée de l’Argentine dans le Tournoi sudiste à quatre nations à partir de 2012. Les Pumas ont vaille que vaille relevé le défi. Même si ses victoires ne sont pas légion, les joueurs ont été obligés de se mettre au niveau. Dommage que les supporteurs locaux les voient aussi peu. Ceci dit, en football aussi, il y a beaucoup d’exilés. L’Argentine a appris à vivre et à gagner avec...

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