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Guerrière, pédagogue et pionnière... Aida Ba racontée par son ancienne coéquipière Karine Madelaine

Guerrière, pédagogue et pionnière... Aida Ba racontée par son ancienne coéquipière Karine Madelaine
Par Rugbyrama

Le 06/10/2022 à 15:09Mis à jour Le 06/10/2022 à 16:12

FEMININES - Ancienne joueuse de l'AC Bobigny 93 et du XV de France, Aida Ba est décédée ce mercredi des suites d'un cancer du sein, à l'âge de 39 ans. Karine Madelaine, son anciènne coéquipière à Bobigny, nous raconte quelle genre de joueuse et de femme elle était.

Comment avez-vous connue Aïda Ba et quelle était votre relation ?

Karine Madelaine : J'ai connu Aïda Ba quand je suis arrivée à Bobigny en 2005 et nous avons joué cinq saisons ensemble. Elle m'a tout de suite accueillie à bras ouverts et m'a parfaitement intégrée au club et au collectif. J'avais une relation particulière avec elle, je la considérais même comme ma jumelle. On jouait toutes les deux en troisième ligne mais la concurrence était saine. Il n'y avait aucune animosité parce que l'une jouait sur l'aile et l'autre au centre et on tournait. Je pense qu'on s'est poussée mutuellement à se dépasser pour nous et l'équipe.

Quel genre de femme était-elle ?

Je garde comme souvenir d'Aïda, une femme pétillante, joyeuse et surtout très bienveillante comme personne. Elle avait cette âme d'éducatrice et de pédagogue et cette capacité à aller discuter avec tout le monde, les plus jeunes comme les plus anciennes. Elle fédérait un peu ce groupe qu'étaient les louves de Bobigny.

Sur le terrain quel style de joueuse était-elle ?

Ses qualités en tant que joueuse ? Elle était très forte en défense et dans le jeu de conquête, Aïda c'était la guerrière, elle représentait l'esprit rugby. Elle dégageait quelque chose de spécial, un sentiment de combattante jusqu'au coup de sifflet final. Je pense qu'elle a inspiré beaucoup de joueuses. Après elle n'était pas qu'une individualité, on avait un collectif très fort, on est monté ensemble progressivement vers la division d'élite mais malheureusement nous n'avons jamais remporté de titre avec ce groupe.

Quelle était son défaut lors des matchs ?

Si on pouvait lui reprocher quelque chose à Aïda c'est que son côté guerrier pouvait par moments dépasser les bornes. Elle était quand même très caractérielle, il lui arrivait très souvent de péter les plombs et de pousser des coups de gueule. C'était son gros défaut, le côté guerrier c'est bien mais il fallait la canaliser tout le temps pour éviter ses coups des sangs qui étaient un peu trop fréquents. Mais nous avions un collectif fort et chacune arrivait à trouver les mots pour la faire redescendre. Même si parfois nous n'y arrivions pas et Aïda était expulsée (rires).

Si vous aviez un souvenir en particulier avec elle, quel serait-il ?

Je me souviens qu'elle m'avait beaucoup aidée lorsque nous avions demandé au club de pouvoir déjeuner dans un premier temps au club pour être entre nous et partager d'autres moments que simplement le terrain. Puis aussi avec l'équipe masculine pour qu'on nous ouvre réellement les portes du club et développer un esprit de cohésion entre nos deux équipes. À l’époque c'était un peu avant-gardiste, le rugby féminin n'était pas aussi valorisé qu'aujourd'hui, surtout à notre niveau. Mais elle a tenu bon et on a bataillé. Au final ma première saison c'était encore un peu compliqué à ce niveau-là mais dès la saison suivante nous étions plus que l'équipe féminine, on était vraiment intégré au club et ça, on le doit beaucoup à Aïda.

Pour vous quelle image laisse-t-elle au club de Bobigny ?

Elle restera pour toujours une des pionnières de ce club et incarnera cet esprit guerrier si important dans la pratique du rugby, d'une joueuse dure, qui n'avait pas sa langue dans sa poche et qui pouvait à tout moment vriller sur un terrain. Mais elle laissera aussi l'image d'une personne gentille, accueillante et rayonnante., une sorte de lien de notre groupe.

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