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Tchale-Watchou : "Cette action est aussi une main tendue"

Tchale-Watchou : "Cette action est aussi une main tendue"
Par Jeremy Fadat via Midi Olympique

Le 23/11/2022 à 16:47Mis à jour

Président du syndicat des joueurs Provale, Robins Tchale-Watchou veut voir, dans le recours posé par un groupe d'anciens joueurs victimes de commotions cérébrales contre la FFR et la LNR, une occasion de mener la réflexion sur la prise en charge de ceux qui en subissent aujourd'hui les séquelles. Il appelle à poursuivre la prévention sur le sujet et à apporter des réponses collégiales.

Quelle est votre réaction après la révélation du recours en justice déposé comme la FFR et la LNR par un groupe d'anciens joueurs victimes de commotions cérébrales ?

Je pense qu'il est important de faire la part des choses et de prendre un peu de recul. Cela part d'abord d'une détresse et si ces joueurs se retrouvent à mener une action en justice, cela reflète une douleur et une peine. Il faut vraiment prendre le contexte en compte. Je pense que, si on ne regarde que l'approche judiciaire, on fait une erreur d'appréciation. La seconde chose, c'est de dire qu'il y a quelque part un préjudice. Derrière cette démarche, je crois que ces joueurs se disent que ce qui leur est arrivé ne doit plus arriver à quelqu'un d'autre. Le préjudice, c'est la dégradation de leur état de santé. Ils veulent comprendre pourquoi, savoir ce qu'ils doivent faire.

Ce que vous comprenez ?

Oui. Il faut savoir que, tant que vous êtes dans le cursus du rugby, tout va bien. Quand vous êtes dans un club, il y a une cellule médicale en cas de problème et vous savez à qui vous adresser. Mais, quand vous en sortez, vous vous retrouvez comme le commun des mortels, avec un suivi quotidien qui n'est plus le même. Dans cette action, je crois qu'il y a aussi cette approche-là : qui va nous apporter des réponses aujourd'hui ? A qui doit-on s'adresser ? Qu'est-ce qu'il va se passer pour nous ? Cela n'arrive pas comme ça. Cela arrive après un long parcours médical et de vie qui devient de plus en plus compliqué. Il ne s'agit pas de porter des jugements hâtifs sur cette initiative mais bien de la regarder dans sa globalité.

Le sujet des commotions cérébrales doit être aujourd'hui prioritaire dans le rugby...

C'est un sujet sur lequel nous n'avons malheureusement pas encore assez de recul et c'est pour cela que je dis, depuis le départ, qu'il doit être traité avec intelligence. J'ai moi-même été victime de commotions cérébrales et, je touche du bois, les complications se sont altérées au bout d'un moment. J'espère que ça va continuer. Tout le monde sait aussi que mon fils est entré dans un coma. J'en parle en connaissance de cause. Quand on se retrouve dans ces situations, on a beaucoup de questions et peu de réponses. Tout ce qu'on fait, c'est pour essayer d'avoir des réponses. Il ne faut vraiment pas, de prime abord, condamner une telle démarche, penser qu'elle est désinvolte ou qu'il y a simplement derrière une recherche d'appât du gain. Ce n'est pas ça. Quand on a connu certains choses en termes de sensation ou d'émotion, puis qu'on a l'impression que toute sa vie va basculer parce qu'on ne peut plus rien faire de façon normale, comme tout le monde, ce n'est pas simple du tout. C'est un sujet structurant pour notre sport. Plus on apportera une réponse collégiale, plus nos supporters et nos pratiquants le mettront au crédit du rugby.

Comment lutter alors ?

Déjà, il faut dire que des choses concrètes sont faites de la part des instances et des institutions, de la part de la FFR et la LNR conjointement, pour améliorer la prévention de la prise en charge et du suivi des blessures, dont la commotion cérébrale. Les règles sont aussi en train d'évoluer, depuis 2012-2013. Il y a la mise en place du protocole World Rugby, avec prise en charge des commotions cérébrales sur bord du terrain, à savoir le "HIA2". Ce protocole a évolué depuis le départ et évolue au fil des saisons, en fonction des études et des retours qu'on a. Il y a aussi le bilan neurologique dans le cadre FFR-LNR et, depuis 2017-2018, on a également une assistance vidéo au bord du terrain. Sans oublier, depuis 2019-2020, la présence obligatoire d'un médecin indépendant pour toutes les rencontres.

Est-ce suffisant ?

Malheureusement, on sait tous que les choses ne vont peut-être pas assez vite. Et que ceux déjà victimes de commotions ont besoin d'avoir des réponses immédiates et de savoir comment ça va se passer pour eux, comment ils seront indemnisés. Il faut percevoir la démarche de ces joueurs comme étant, certes une procédure, mais aussi une main tendue. Ils nous disent : "Comment est-ce qu'on accompagne tous ceux à qui c'est arrivé ?" Aujourd'hui, on fait des choses pour être dans la prévention mais il faut peut-être aussi mener une réflexion sur la prise en charge de ceux qui sont en train de vivre les conséquences des séquelles subies à la suite de commotions. C'est comme cela que nous analysons cette action.

Une action dans laquelle il y a très peu de joueurs français. Pourtant, certains doivent aussi souffrir de séquelles. Provale fait-il le lien avec eux ?

Oui, nous accompagnons aujourd'hui les joueurs qui sont en détresse. Nous échangeons avec eux et nous participons, autour de notre commission médicale. En France, la réflexion n'a peut-être pas encore mûri du côté des joueurs. On se pose encore des questions. Je le dirais ainsi. A mon humble avis, il faut éviter de penser que l'approche contentieuse va résoudre tous les problèmes. Voilà pourquoi je tenais à poser des préalables à mon propos. Il faut voir pourquoi ces joueurs font cela, plutôt que de se concentrer uniquement sur le volet procédural. C'est aussi car, aujourd'hui, il n'existe pas un guichet où on peut aller s'adresser une fois qu'on ne joue plus. Je le redis mais, lorsqu'on a été victime de commotions à répétition et qu'on sort du circuit, il se passe quoi ?

La voie de progression est donc là aussi...

Oui, j'en suis convaincu. Cela interroge vraiment et cela pourrait être un début de réponse, en France comme ailleurs. Quand on regarde les actions déjà menées de l'autre côté de la Manche, on pourrait d'ailleurs être précurseurs et ne pas attendre d'en arriver là. Il faut réfléchir sur la prise en charge de ceux déjà victimes des conséquences de commotions.

Beaucoup évoquent un éventuel port du casque obligatoire, dont certains sont étudiés pour réduire la portée des chocs. Qu'en pensez-vous ?

Notre position est simple : tout ce qu'on peut faire et qui permet de protéger l'intégrité physique et psychique du joueur, il faut l'adopter. Même si certaines études sont aujourd'hui réticentes ou mitigées, en cas de doute positif, il faut le faire. Même si ça peut ne protéger qu'à 20 ou 30%, on prend ! La santé n'a pas de prix. La balance est quand même positive.

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