Midi Olympique

Faits Divers - Bernard Laporte à Conques-sur-Orbiel au chevet du rugby audois

Laporte au chevet du rugby audois
Par Rugbyrama

Le 19/10/2018 à 09:46Mis à jour Le 19/10/2018 à 10:23

FAITS DIVERS - Ravagé par les intempéries qui ont déjà fait 14 victimes dans le département de l'Aude, le village de Conques a tout perdu. En parallèle, le club de rugby n'a lui non plus pas été épargné, raison de la venue ce jeudi du président de la FFR Bernard Laporte. Un déchirement pour toute une ville qui a littéralement perdu son âme. Au grand dam de tous ses acteurs...

Les images parlent d'elles-mêmes. À peine rentrés dans le village de Conques-sur-Orbiel, trois jeunes femmes à qui nous demandons notre chemin, semblent pressées, le regard dans le vide. Pour cause, valises en main, elles fuient. Non pas par dépit, mais par peur. Peur que le scénario de ces trois derniers jours ne se reproduise. Une fois de plus, une fois de trop. Mêmes scènes en contrebas. Le centre-ville, lui, est désert. Les parcelles viticoles que nous longeons sont jonchées par toutes sortes d'objets anormalement disposés ainsi. Tables, chaises, vélos d'enfants. Les toitures quant à elles n'attendent plus que le coup de grâce, la dernière brise qui viendra sceller leur sort.

Pour ces 2500 âmes, la désolation prédomine. Pour les plus anciens qui ont vécu les intempéries de 1999, ces dernières 72 heures leur paraissaient des années, à des années-lumières de ce que leur imagination, encore perceptible, pouvait concevoir. Les parkings quant à eux se transformaient inexorablement en casse automobile improvisée. Ces cadavres rutilants, sortis du marasme témoignaient de l'ampleur de la catastrophe qui venait de toucher l'Aude et ses alentours.

Faits divers - Un parking ravagé à Conques-sur-Orbiel (crédit photo : Stéphanie Biscaye)

Faits divers - Un parking ravagé à Conques-sur-Orbiel (crédit photo : Stéphanie Biscaye)Midi Olympique

Lui aussi vient de comprendre l'importance et la gravité de la situation. Le maire de Conques-sur-Orbiel Jean-François Juste a vu sa mairie se transformer "en camp de retranchement". Et plus il énumère les infrastructures partiellement ou entièrement détruites plus son ton se fait grave et stupéfait. "L'école a été totalement anéantie, nous accueillons près de 300 enfants, comment ferons-nous pour tous les accueillir avec une école dans un état pareil ? La médiathèque, qui devait être inaugurée dans deux semaines, n'a pas tenu le choc, pareil pour les terrains de tennis et les jeux pour enfants, c'est une catastrophe." Coût estimé de l'opération : 6 millions d'euros. Le chiffre est à la hauteur de la démesure des événements récents.

Et au milieu du chaos, coule un club de rugby

Les routes, démontées par le torrent d'eau tout droit descendu de la Montagne Noire, rendaient l'accès au village difficile. Et là sera l'un des premiers chantiers d'une reconstruction qui s'annonce longue et pénible pour Conques et ses habitants. Dans le Minervois, le rugby s'est fait étendard. Aux quatre coins de la région, l'ovalie, comme partout ailleurs, est l'échappatoire, un moyen d'allier le plaisir des retrouvailles entre copains à la rudesse du combat. Ici, le dénominateur commun reste universel : l'ensemble. Alors, lorsque nous sommes arrivés au Club House de l'entente Conques Villemoustaussou Pezens, ce mélange de sentiments fait d'effroi, d'incompréhension et de tristesse ne peuvent laisser le commun des mortels indifférents.

Le club house, lieu de vie, semblait mort. Ici, ce ne sont pas moins de 180 centimètres d'eau qui sont venus détruire ce que Claude Ruiz, ancien président et maintenant délégué à l'école de rugby appelle "la véritable âme du club". Un président abasourdi. Dans ses yeux encore humides, on peut bien se rendre compte que ce sont plus d'une décennie de sa vie que Dame nature vient de lui voler. Injuste. Alors que reste t-il ? Un stade, surélevé pour parer à toute éventualité a pu quant à lui être sauvé. Maigre consolation pour un homme qui faisait de l'ECV sa Madeleine de Proust et qui concède que "si le stade avait été touché, l'impact (psychologique) aurait été moins fort pour tout le monde, on aurait pu trouver des solutions."

Faits divers - Le Club House du ECV XV (crédit photo : Stéphanie Biscaye)

Faits divers - Le Club House du ECV XV (crédit photo : Stéphanie Biscaye)Midi Olympique

Côté matériel, les dégâts sont aussi dramatiques. "On a tout perdu, rien qu'en termes de matériel et d'équipements, on en a pour au moins 30 000 euros." L'avenir du club house, semble lui aussi incertain. En effet, selon Ruiz, le préfet, ne serait pas enclin à entamer la reconstruction considérant son caractère inondable et trop fortement endommagé.

" On devait fêter la victoire de nos seniors..."

Alors qu'une cellule psychologique va très prochainement être mise en place, les blessures morales, elles resteront gravées à jamais. En ce dimanche 14 octobre, vainqueur du Racing Clape Plage Armissan, les joueurs du duo Bes/Darly devaient fêter leur victoire au Club House. La voix tremblante, le regard fixant le sol de dépit derrière ses lunettes, Laurent Millet, secrétaire général de l'Entente Conques Villemoustaussou, fait le récit d'une soirée qui a subitement viré au cauchemar : "On fêtait la très belle victoire de nos seniors, la fête était belle, elle s'est finie aux alentours de 23h00-00h00, et deux heures plus tard le club house était sous les eaux complètement détruit. Nous n'avons pu accéder au Club House que le mardi matin."

Matériel de rugby, appareils électroménagers, mais aussi et surtout la salle des archives, tout a été détruit. Le club, qui évolue en 3ème/4ème série territoriale et qui de l'aveu de Millet s'est "relancé tant bien que mal cette saison" effectue donc une entente entre les villages de Villemoustaussou et Pezens (en ce qui concerne l'école de rugby). Si le club est relancé de la sorte, c'est qu'à l'aube de la saison dernière, une décision officialisée devant une assemblée d'élus voyait le club entamer sa saison sans une équipe senior.

Faits divers - Discussions avec Bernard Laporte (crédit photo : Stéphanie Biscaye)

Faits divers - Discussions avec Bernard Laporte (crédit photo : Stéphanie Biscaye)Midi Olympique

C'est donc grâce à cette école, comprenant 80 jeunes répartis avec 15 éducateurs auxquels s'ajoutent cadets et juniors en collaboration avec l'US Carcassonne, l'US Trèbes et le RC Alaric/Capendu, que le club a pu repartir de l'avant. Une entité qui va devoir tout son mode de fonctionnement une fois le choc évacué. Submergé par l'émotion, Millet n'en oublie pourtant pas l'un des principes qui régit notre cher sport : "Le rugby en a vu d'autres, en verra d'autres, mais c'est collectivement que l'on se relèvera."

Au soutien ici, mais surtout venu d'ailleurs

Conques-sur-Orbiel, ce n'est pas que son XV valeureux, c'est aussi une commune désormais coupée du monde. Alors l'entraide s'organise. Les bénévoles affluent de toutes parts, de Villegalhienc en passant par Villarier jusqu'à Villedubert chacun veut apporter son aide, apporter une nouvelle pierre sur un édifice brinquebalant. Et c'est bien là que le parallèle au ballon ovale peut s'effectuer. Du propre aveu de Laurent Millet, "reconstruire le rugby permet de compter sur une nouvelle solidarité".

Preuve en est le club de Mèze évoluant dans la même poule que l'ECV a prévu de se déplacer pour apporter un soutien matériel et humain au club détruit par les intempéries de ces derniers jours. Plus étonnant encore, le maire Jean-François Juste nous a déclaré que le club de Nice comptait envoyer du matériel pour palier aux différents manques. Dans son regard, pourtant, on ne trouve pas de lueurs d'espoir, comprenant la douleur de ses habitants, il tente tout de même de faire front : "L'objectif maintenant, c'est d'essayer de garder le moral et de faire face. De notre côté, on se démène pour trouver des partenaires avec qui travailler. Parce que c'est surtout pour nos gosses que l'on fait tout ça, on se doit de rebondir pour eux et de ne pas les laisser tomber."

Faits divers - La génération future avec le Président de la FFR (crédit photo : Stéphanie Biscaye)

Faits divers - La génération future avec le Président de la FFR (crédit photo : Stéphanie Biscaye)Midi Olympique

Parce que c'est pour eux qu'ils le font.

Parce que c'est pour eux qu'ils se battent.

Parce que c'est pour sauver l'ECV.

Parce que c'est pour sauver le rugby de clocher, celui qu'on aime tant.

Par Enzo Contreras

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