Midi Olympique

Pourquoi les Bayonnaises sont en grève ?

Pourquoi les Bayonnaises sont en grève ?
Par Rugbyrama

Le 08/11/2021 à 17:53Mis à jour Le 08/11/2021 à 18:08

Elite 1 - Ce week-end, la section féminine de l’AS Bayonne, pensionnaire de l’Élite 1, premier échelon du rugby féminin, s’est tout simplement mise en grève pour leur premier match de Coupe de France. Explications.

Loin de la lumière du XV de France et des caméras de France Télévisions, le rugby féminin se développe, mais le chemin reste encore long. Pour l’ouverture de la toute première Coupe de France à XV ce week-end, la fédération ne s’attendait certainement pas à ce coup de projecteur-là. Alors qu’elles devaient affronter le Stade toulousain samedi, les Bayonnaises, faute d’effectif, en particulier en première ligne, ont décidé de déclarer forfait. Une décision lourde, qu’elles assument, qu’elles portent même au travers d’une lettre ouverte, pour mettre leur direction face à leurs responsabilités. Eva Robquin, directement concernée en tant que pilier droit affirme : « Ce n’est pas qu’on avait peur, ou autre, c’est une décision qu’on a pris à contre-cœur. J’ai une licence pour jouer, pas pour être en grève. Je vous assure qu’on aurait préféré jouer ce week-end. Matcher contre le Stade toulousain, c’est autre chose que les entraînements. Mais là nous n’avions que 3 joueuses pour la première ligne. Je ne connais pas de pilier qui joue 80 minutes aujourd’hui. Et même si nous avions envie, la raison nous rappelle que c’était dangereux, et lundi nous travaillons, nous avons toutes un métier ou des études à côté. »

Des caprices de princesses

Si les 14 blessées n’aident en rien la situation actuelle du club, les joueuses estiment que c’est la conséquence d’années de négligence. La Bayonnaise reprend : « On ne demande pas d’argent, ce qu’on veut c’est que le club se structure. Le championnat d’Élite progresse très vite depuis une poignée d’années. Nous le constatons, il suffit de regarder Bordeaux, c’est impressionnant, mais aussi Lyon, Lons... Sauf que quand on a demandé à notre club de suivre la cadence, notre bureau nous a tout simplement dit qu’il s’agissait de caprices de princesses. » Une réflexion qui passe mal pour celles qui s’infligent quasi quotidiennement et de manière bénévole, les séances d’entraînements et de muscu. Et qui sont passées de la lutte pour les phases-finales, avec des exploits notamment contre Toulouse, à la lutte pour le maintien avec de nombreux et larges revers.

Le club n’est plus attractif

Aujourd’hui le constat est simple, c’est que le club n’attire plus de joueuses. Pire encore elles partent. La charnière tout d’abord, avec Pauline Bourdon et Carla Arbez vers Toulouse et Bordeaux, ne se remplace pas en claquant des doigts. Il y a aussi Maika Brust, pilier internationale espagnole, tout comme Saiona Jaurena, qui elle a décidé de reprendre pour aider l’équipe. Ou enfin Lauriane Lissar, capitaine historique qui s’est arrêtée l’an passé. « On joue pour l’amour du maillot mais à force, nous sommes usées. On aimerait avoir un championnat plus équitable, et que notre club se structure pour pouvoir recruter. On a pleinement conscience qu’il y aura peu d’effets à court terme. Je fais partie des plus expérimentés et je n’ai rien de spécial à gagner. On nous parle de l’AB Campus, de formation… Il faut que ça prenne forme, sinon les jeunes qu’on fait l’effort de bien former partiront aussi, et sans recrue en plus on ne pourra plus lutter. » Club de Fédérale 3 pour les masculins, l’AS Bayonnaise a-t-elle les moyens de suivre la cadence ? L’aide de l’Aviron bayonnais semble indispensable et a commencé à prendre forme avec la mise à disposition d’un préparateur physique, d’une salle de muscu et de l’embauche de quelques jeunes. Il faut désormais qu’elle croisse. Dans l’avenir proche, les joueuses ne savent pas si elles joueront ce week-end car elles n’ont pas de train pour rentrer de Bobigny. Mais elles restent soudées, présentes aux entraînements, tournées vers la rencontre de la réserve la semaine prochaine, et apprécient le soutien de l’ensemble des autres formations du championnat.

Baptiste Barbat.

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