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Dans les Pyrénées catalanes, les Tonga 7's entre galères et solidarité avant le TQO

Dans les Pyrénées catalanes, les Tonga 7's entre galères et solidarité avant le TQO

Le 15/06/2021 à 15:36Mis à jour

Au cœur des Pyrénées catalanes, entre Les Angles et Matemale, la sélection à 7 du Tonga préparait la semaine dernière le TQO (Tournoi de qualification olympique) qui se déroulera ce week-end à Monaco. Un chemin de galères et de débrouilles, au long duquel les Îliens font jouer la solidarité à plein. Toujours avec le sourire.

Jeudi dernier, aux Angles. Le soleil qui abrutit la plaine depuis quelques jours pointe aussi ses rayons sur les vertes parois de la station de ski pyrénéenne, et baigne en contrebas le grand plateau aux allures d'altiplano argentin, où s'étend le lac de Matemale. C'est ici, en France, que la sélection à 7 du Tonga a décidé d'établir son dernier camp de base préparatoire au TQO (Tournoi de qualification olympique) qui se déroulera ce week-end à Monaco.

Sur le coup des 18h, jeudi toujours. Les Tonguiens en ont terminé avec leur journée d'entraînement et viennent de rallier Angleo, la centre de balnéothérapie flambant neuf que la station des Angles a inauguré il y a seulement deux ans. Encore fermé au public, le centre a ouvert ses portes uniquement pour les joueurs du Pacifique. Sauna, hammam, bains extérieurs la tête au frais, le corps au chaud. Les conditions de préparation ont épousé toutes les exigences du rugby professionnel.

La réalité de la sélection tonguienne est pourtant tout autre, faite de quelques galères et de beaucoup d'entraide, de débrouille. Le quotidien d'une nation forte du rugby mondial et pourtant plus petite fédération du circuit, puisant dans un réservoir de seulement 110000 habitants et 7800 licenciés. Avec des moyens proportionnels.

Une sélection improvisée autour des joueurs basés en Europe

Le groupe des joueurs retenus pour ce stage dans les Pyrénées n'a rien à voir avec ce qu'anticipait le sélectionneur Tevita Tu'ifua. Depuis trois ans, les Tonga 7's travaillaient avec un groupe de joueurs basés en Nouvelle-Zélande. Pourtant, fin avril, le durcissement des réglementations de quarantaine du côté d'Auckland les obligeait à revoir leurs plans. Changement radical : c'est un groupe de joueurs uniquement basés en Europe qui était finalement convié, jeudi dernier aux Angles, pour une préparation en urgence.

Parmi eux, quelques têtes connues du rugby français : Alaska Taufa, passé par Oyonnax (2014-2017) et désormais à Grenoble (2017-2021) ; Afusipa Taumoepeau, à l'Usap depuis 2018 après avoir soulevé le Bouclier de Brennus sous les couleurs de Castres, titulaire au centre au Stade de France ; Daniel Kilioni, longtemps grenoblois (2013-2020) et désormais au chômage, en attente d'un club. Les autres têtes sont moins connues, arrivent des catégories espoirs ou de deuxième division anglaise. Les entraîneurs, également basés en Nouvelle-Zélande, ne sont pas non plus du voyage. A la va vite, c'est tout un projet qu'il a donc fallu réinventer.

Dans son chemin de débrouille, la sélection tonguienne trouve pourtant des aides précieuses, où la notion de solidarité supplante l'idéal de rigueur du rugby professionnel. « Loto māfana » comme on dit aux Tonga. Littéralement « cœur chaleureux », mantra exprimant l'entraide naturelle qui anime les habitants de l'archipel.

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Deux entraîneurs dégotés en dernière minute

Pour compenser l'absence d'entraîneurs, la fédération a appelé à la rescousse Viliami Vaki, ancien troisième ligne international à XV (36 sélections), également passé par l'Usap (2005-2010) et qui, depuis sa retraite des terrains, vit en Italie où il a terminé sa carrière et entraîne désormais. Sans hésiter, Vaki a pris sa voiture, roulé de nuit, traversé toute la France par sa côte méditerranéenne pour finalement rejoindre les Pyrénées. Et débuter les entraînements, jeudi, dans le rôle de nouveau manager, avec un groupe de joueurs dont il ignorait encore beaucoup. « Nous avons fait au mieux, malgré les aléas. Mais je préfère retenir le positif de notre situation » jure-t-il aujourd'hui. « Ils m'ont demandé de leur venir en aide il y a deux semaines, peut-être trois. Avec la situation sanitaire, c'est toute une équipe qu'il fallait reconstruire autour de joueurs qui évoluent en Europe. Nous avons retenu des joueurs essentiellement jeunes, avec un fort potentiel. »

Rares sont ceux qui ont déjà évolué à 7. Aucun d'entre eux ne l'a fait ces dernières années, tous accaparés par le XV. Vili Vaki préfère encore voir le verre à moitié plein. « C'est un facteur à prendre en compte, bien sûr. Il y aura une adaptation rapide à avoir mais encore une fois, je préfère positiver. C'est une opportunité incroyable qui leur est offerte, avec ce Tournoi qualificatif pour les Jeux olympiques. Tous ces jeunes joueurs ont un grand potentiel. Il faut simplement qu'ils le développent un peu plus vite qu'à la normale. Et qu'on soit tous solidaires. » Pour s'en assurer, des moments conviviaux étaient également prévus pour l'équipe. Samedi soir, notamment, autour d'un Umu (cochon à la broche) traditionnel organisé par Henry Tuilagi, spécialement venu de Perpignan pour l'occasion.

Dans les Pyrénées catalanes, les Tonga 7's entre galères et solidarité avant le TQO.

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A ce moment-là, Vaki n'était plus seul à la tête des Tonga 7's. Dans sa tâche colossale de construire une équipe en quelques jours, il venait d'être rejoint par une autre ancienne gloire du Tonga : Vunga Lilo, ancien ailier de l'UBB avec laquelle il termina meilleur marqueur du Pro D2 (2010-2011) et, surtout, ancien capitaine de la sélection à XV. C'est lui, en 2011, qui avait mené le Sipi Tau face aux All Blacks, en match d'ouverture de la Coupe du monde.

« Quand ils m'ont appelé, qu'ils m'ont dit qu'ils avaient besoin d'aide, je n'ai pas hésité une seconde ». Depuis sa fin de carrière à Montauban, Lilo est resté vivre en famille dans le Tarn-et-Garonne. « La vie est superbe, ici, en France. Je voulais que mes enfants grandissent ici. » Au civil, il travaille désormais sur des chantiers de fibre optique. Comme Vaki, il a immédiatement répondu à l'appel à l'aide de son pays pour venir encadrer l'équipe à 7. Vendredi après-midi, il débarquait donc aux Angles, pour assister au premier entraînement de « sa » sélection. Avec les moyens du bord : des ballons siglés « Fir » (fédération italienne de rugby) que Vaki a pris avec lui dans son coffre en quittant l'Italie ; pas de chasubles et des jeux de maillots restés bloqués à l'aéroport de Toulouse ; un staff médical réduit à deux kinés, venus prêter main forte pour la bonne cause. « Mais tout cela ne compte pas vraiment. C'est du matériel. L'important, c'est d'être ensemble, de bien se préparer et de vivre ce moment comme une chance » sourit encore Lilo.

Flect'Expert, un partenaire français au soutien

Pour aider les Tonga 7's à surmonter les imprévus, les bonnes âmes se sont également manifestées côté français. Financièrement, l'industrie pharmaceutique Flect'Expert, basée à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes), qui met la main à la poche et sponsorise les sélections du Tonga. Elle fournit également le matériel médical. Pourquoi cet export de l'autre côté du monde ? « Nous avions convenu un premier partenariat avec les Tonga pour la Coupe du monde au Japon, en 2019. Nous avons souhaité le renouveler à l'occasion de ce stage dans les Pyrénées catalanes puis du TQO de Monaco, parce qu'on partage les mêmes ambitions » justifie Noémie Deleages, délégué pharmaceutique pour Flect'Expert et qui gère le dossier tonguien. « On s'est retrouvé dans leur démarche. Flect'Expert est un petit dans un monde de géants, mais qui assume de fortes ambitions. Le Tonga est aussi une petite nation avec de grandes ambitions. Cela demande des éléments fédérateurs, de la solidarité et le goût du challenge. Beaucoup d'éléments nous rapprochaient du projet tonguien. C'est pourquoi nous avons choisi de les suivre. Et de les aider. »

Question infrastructures, et pour leur donner des conditions d'entraînement de haut-niveau, la communauté de commune des Pyrénées catalanes s'est également démenée en dernière minute. « C'est un projet dont nous avons bouclé le budget il a trois semaines, à peine » raconte Pierre Bataille, président de la communauté de commune. « Nous avons fait tout notre possible pour les accueillir au mieux, dans des conditions de haut niveau, fidèles à ces valeurs de solidarité que notre territoire partage avec le rugby. »

Matemale, camp de base des Tonga jusqu’à la Coupe du monde 2023

Mise à disposition des logements et de la restauration, au CCAS de Matemale (Caisse centrale d'activité sociale) ; d'un gymnase, d'une piscine et d'un terrain d'entraînement, toujours à Matemale ; d'une balnéothérapie aux Angles et d'une cryothérapie à Font-Romeu : les Pyrénées catalanes ont effectivement fait les choses en grand, pour donner aux Tonguiens les meilleures conditions de préparation possible. Ce qui n'est pas sans générer de coûts, valorisés à 50000 euros pour cinq jours. « Mais c'est d'abord une immense fierté de pouvoir accueillir une sélection nationale, pour la première fois sur notre territoire » poursuit Pierre Bataille. Qui voit plus loin. « L'idée n'est pas que ce soit un coup ponctuel. C'est un projet plus global que nous portons, ambitieux autour de l'accueil régulier des équipes sportives professionnelles. Nous aimerions que les Tonguiens soient heureux de leur passage, qu'ils reviennent et que d'autres suivent. » En ligne de mire, l'entité pyrénéenne ambitionne de devenir un camp d'entraînement régulier des équipes pro en stage, qu'elles soient d'Occitanie (Toulouse, Castres, Montpellier, Perpignan...) ou de plus loin. Et pourquoi pas devenir camp de base pour les JO 2024. Les Tonga, d'ailleurs, devraient déjà établir leur camp de base régulier à Matemale, dans l'optique de la Coupe du monde 2023.

Pour porter ce projet, la communauté de commune s'est dotée d'infrastructures de dernier cri. Viliami Vaki en témoigne. « Les conditions d'entraînement étaient superbes, l'accueil qui nous a été réservé exceptionnel. Tous ces gens que nous avons croisés, que ce soit à Matemale, aux Angles ou ailleurs, ont été adorables avec nous. Ils nous aidaient, nous encourageaient. Pour eux, j'aimerais que l'on fasse un bon Tournoi à Monaco. J'aimerais les rendre fiers. » Être présent à Monaco, au regard des conditions de préparation, devrait déjà avoir de quoi les rendre sacrément fiers.

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