Midi Olympique

Lucas Guillaume : "La Roumanie n'aura pas gagné sa place sur le terrain mais dans les bureaux"

Lucas Guillaume : "La Roumanie n'aura pas gagné sa place sur le terrain mais dans les bureaux"

Le 28/06/2022 à 11:06Mis à jour

COUPE DU MONDE 2023 - Suite au rejet de l'appel de l'Espagne par World Rugby, et donc sa disqualification de la coupe du monde 2023, l'Albigeois Lucas Guillaume a confié tout son désarroi vis-à-vis de la situation. Il en veux particulièrement à World Rugby qui, pour lui, n'aide pas les petites fédérations comme celle d'Espagne.

L'appel de la sélection espagnole a été rejeté ce lundi. Quelle a été votre réaction ?

Il n'y a pas eu plus de réaction que ça. Le manager de l'équipe a de suite publié le message sur le groupe Whatts App en disant qu'on était dehors. On n'a pas entendu le temps d'en parler, j'ai passé le week-end avec les copains en plus, certains de l'équipe d'Espagne donc on a préféré ne pas trop en parler. La réaction était il y a un mois déjà, quand on a commencé à mettre le pied dans ce processus de jugement. Et là, on a senti que ça ne sentait pas bon. On était sur un petit nuage et on est redescendu d'un coup...

À qui en voulez-vous ?

Aujourd'hui, j'en veux à tout le monde. J'en veux d'abord au joueur, à Gavin (van den Berg). J'ai une haine absolue contre lui. J'en veux aussi au club d'Alcobendas. En plus, j'y ai joué pendant six mois, l'entraîneur je le connais personnellement et d'apprendre qu'il ferait partie de ceux qui ont modifié le passeport, c'est dur. J'en veux à World Rugby parce que ce sont eux qui sont censés être les garants du bon déroulement de ces qualifications et on peut se rendre compte que ça fait plusieurs fois que ça se passe mal. La dernière fois, c'était l'Espagne, la Roumanie et la Belgique, cette année c'était l'Espagne et il y a un nouveau recours contre la Roumanie... On se rend compte qu'ils gèrent ça comme des amateurs et qu'ils font leur petite popote entre eux, avec leur règlement.

Plusieurs joueurs visaient aussi votre Fédération...

J'en veux aussi à ma Fédération. Je précise que je fais la différence entre l'équipe d'Espagne et la Fédération. L groupe est resté uni et le restera. Mais la Fédération a sa part de responsabilité là-dedans. Certes, ils ont été floués par un joueur, ça, on ne l'enlèvera pas parce qu'il y a quand même falsification de documents officiels. Maintenant oui, dans le doute, avec ce qu'il s'est passé il y a cinq ans, ils auraient dû faire les choses différemment. Je leur en veux sur la gestion du procès aussi. Ils ont voulu faire la Fédération un peu politique, c'est-à-dire essayer d'aller dans le sens de World Rugby en première instance. Ils n'ont pas été assez virulents à mon sens, et on se fait broyer, étouffer, noyer par World Rugby administrativement parce qu'on ne pèse pas du tout. On s'est qualifiés sur le terrain, mais dans les bureaux, on n'est pas bons.

Que pensez-vous de la sanction d'Alcobendas, relégué en seconde division espagnole ?

Au final, c'est un peu ce qu'il se passe avec nous et la Fédération espagnole : par la faute de trois personnes, ce sont les coéquipiers et le club qui en paient le vrai prix. Ce sont trois personnes qui ont falsifié les documents et c'est le club avec le plus de licenciés en Espagne qui est touché. Quand on sait la fragilité du rugby espagnol, qui est encore très amateur, sanctionner le club phare de la ville, je trouve ça dur. On les a déjà disqualifiés des demi-finales du championnat, laissant pour compte les mecs qui s'étaient qualifiés sur le terrain. Ils se retrouvent relégués avec des contrats précaires... C'est pour cela que ce type (Gavin van den Berg), j'ai même du mal à prononcer son nom. Il nous a foutu dedans à tous et il n'y a aucune sanction contre lui.

Beaucoup de "Français" qui jouent pour l'Espagne. Cet événement peut-il remettre en cause ce phénomène ?

Le problème, c'est que ceux qui font les règles, c'est World Rugby. Et World Rugby favorise le top 6 des équipes mondiales. Le rugby, au-delà du sport de valeur, de partage, d'humilité, de justice, de travail et tout ce qu'on peut entendre, il est aujourd'hui fait pour que 7 ou 8 nations existent et prospèrent. Le système fait qu'il y a une caste qui ne veut pas s'ouvrir. Le système favorise le fait que des nations plus petites, comme les Fidji qui devraient avoir une des meilleures équipes du monde, ont des joueurs qui jouent avec les All Blacks ou la France. C'est une façon pour eux d'atteindre le top niveau et ça ne permet pas à des petits pays d'exister.

Comment pourrait se développer une nation comme l'Espagne ?

Pour exister, elle devrait avoir un championnat. Mais elle ne peut pas parce que World Rugby, selon moi, ne veut pas se développer outre mesure. Du coup, l'Espagne, pour être attractive, est obligée de faire appel à des joueurs comme nous qui ont de la descendance. Les règles sont faites comme ça. Un pays comme l'Espagne, en termes de licenciés, elle a un potentiel beaucoup plus important que le pays de Galles ou l'Irlande mais on ne le laisse jamais développer comme il faudrait. J'ai vraiment l'impression que le rugby est un sport à part. En se renseignant, on apprend que World Rugby ne reconnaît pas le tribunal arbitral du sport par exemple. Ce qui signifie qu'on ne peut pas faire de recours auprès du TAS, qui est quand même l'autorité suprême du sport dans le monde entier. World Rugby fait sa petite tambouille à elle.

Désormais, c'est la Roumanie qui est sous la menace d'un recours...

Oui, c'est l'Espagne qui a déposé un recours mais je n'en n'attends rien. World Rugby va réussir une pirouette pour s'en sortir. Mais j'ai envie de voir comment ils vont le justifier. C'est un joueur de la Roumanie qui serait sorti trop longtemps de son territoire, ce qui nous a été reproché pour la coupe du monde 2019. Donc j'attends de voir ce que va justifier World Rugby pour sauver ou non les Roumains. Ce sera le dernier épisode de la série Netflix l'Espagne au Mondial. Mais la Roumanie a plus de pouvoir que nous et World Rugby va arriver à trouver une justification pour que la Roumanie aille à son mondial. Ils ne l'auront pas gagné sur le terrain, mais dans les bureaux. En disant cela, je ne vise pas les joueurs de la Roumanie, qui sont comme nous. Ça se joue bien au-dessus de tout ça.

Vous êtes passés du meilleur au pire moment de votre carrière ?

C'est tout le paradoxe de ma relation personnelle avec l'équipe d'Espagne. C'est avec l'Espagne que j'ai vécu mes meilleurs moments de rugby. Je suis plus sur la fin de ma carrière que sur le début donc je peux le dire. Mais en même temps, j'ai aussi vécu les pires moments. C'est un sentiment vraiment à part que je n'avais jamais vécu... Ce week-end, on a fait le jubilé de Sébastien Rouet à Hasparren et c'était l'occasion de retrouver mes copains de l'équipe d'Espagne. Et je me dis qu'au final, je n'irai pas à la coupe du monde, mais au moins j'ai rencontré ces gens que je n'aurais jamais rencontrés ailleurs. Je me suis fait des copains pour la vie, j'ai vécu des moments incroyables à Madrid, des moments de communion avec le public que je n'avais jamais vécu dans ma carrière, j'ai joué des matchs de haut-niveau, avec de très grands joueurs et contre des grands joueurs. Mais en même temps, il y a aussi les pires moments...

Allez vous continuer avec l'Espagne ?

C'est une question que je me suis posé bien sûr. À court terme, je ne suis pas allé sur la tournée d'été parce que j'avais besoin de me ressourcer, de passer cet épisode. Je vais me poser des questions pour voir si je vais revenir parce que c'est vrai que j'ai 31 ans, je vois compliquée l'idée d'aller chercher une qualification à la prochaine coupe du monde. Mais en même temps, je ne vais pas dire des mots que je vais regretter. Je vais réfléchir mais j'ai d'énormes relations mais s'il y a un gros projet et qu'on m'appelait, pourquoi pas.

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