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Lemoine (sélectionneur du Chili) : "Si on trouve une organisation, le Chili peut devenir un monstre"

Lemoine (sélectionneur du Chili) : "Si on trouve une organisation, le Chili peut devenir un monstre"

Le 18/07/2022 à 15:13Mis à jour Le 18/07/2022 à 15:24

COUPE DU MONDE 2023 - L’Uruguayen Pablo Lemoine, ancien pilier du Stade français devenu en 2018 le sélectionneur du Chili, revient sur la qualification des siens pour la Coupe du monde 2023 et nous explique ce qu’est réellement le rugby, dans cette puissance émergeante de l’Amérique du Sud…

Qu’avez-vous ressenti samedi, lorsque votre équipe a battu les Etats-Unis (31-29) et décroché un ticket pour la Coupe du monde 2023 ?

Tellement de choses… Vous savez, quand vous commencez une aventure rugbystique avec un pays comme le Chili, l’Uruguay ou l’Allemagne, tout est à construire : on manque de terrains, de matériel, de joueurs… Ces trois dernières années, avec la fédé, on a bossé, bossé et bossé encore. On a même accumulé une telle fatigue mentale au fil de cette période que samedi, au moment de concrétiser enfin ce truc, on a tous explosé. Tout nous est revenu en tête et on a explosé, oui…

Quelles sont les qualités techniques de votre équipe ?

Beaucoup de mes joueurs viennent du rugby 7. Ils aiment jouer les duels et surtout, savent les jouer. Et puis, ce groupe a du caractère : il était mené 19 à 0 samedi et a pourtant su renverser la table, contre les Eagles…

On a beaucoup évoqué les performances de votre demi d’ouverture, Rodrigo Fernandez, auteur de quelques superbes matchs ces dernières semaines. Que pouvez-vous nous dire de lui ?

Rodrigo est un mec de 26 ans. Il joue pour la franchise de Selknam (créée en 2019, elle est basée à Santiago et dispute la Superliga Americana, N.D.L.R.) et il est super précieux pour notre équipe nationale. Dernièrement, il a débloqué sur des exploits personnels tous les matchs importants que nous avons eu à disputer, que ce soit contre le Canada (33-24) en octobre ou cette fois-ci, contre les Etats-Unis. Rodrigo Fernandez fait non seulement des choses extraordinaires mais il est aussi un formidable leader. S’il continue comme ça, il deviendra un très grand joueur du circuit international.

Vos joueurs sont-ils professionnels ?

Oui. Une moitié de l’année, ils disputent la Superliga Americana avec la franchise de Selknam ; l’autre moitié de l’année, ils jouent pour la sélection chilienne. Ils sont professionnels mais attention, leurs salaires ne suffisent pas à faire vivre une famille. Leurs émoluements n’ont rien de comparable avec ce que l’on connaît en France, en Angleterre ou ailleurs…

Quel est le niveau de la Superliga Americana ?

Ca ressemblerait, je crois, au top niveau de la Nationale ou au ventre mou du Pro D2. Au Chili, il n’y a pas trente joueurs de très haut niveau mais on en a de plus en plus. Beaucoup rejoignent d’ailleurs chaque année l’Europe. Je crois enfin que cette qualification va avoir un impact énorme sur la pratique du rugby au Chili.

Combien y a-t-il de licenciés, au Chili ?

Un peu plus de 15 000. Il y a beaucoup de rugby social, universitaire et scolaire, au Chili. Il y a des championnats partout, en fait. Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’organisation derrière. Si on créait un vrai projet dans les régions, on réveillerait un géant endormi.

Y a-t-il du monde au stade, pour vos matchs ?

De plus en plus, oui. Il y avait 10 000 personnes contre l’Ecosse (défaite 45-6 en juin dernier, N.D.L.R.) et 12 500 pour le match aller contre les Etats-Unis, il y a quinze jours : ce soir-là, il avait plu sans dicontinuer pendant trois heures (il y avait eu une coupure d’électricité pendant la rencontre, N.D.L.R.)… Les mecs étaient pourtant tous restés dans les tribunes… C’était un truc de fou.

Pourquoi le Chili est-il selon vous un " géant endormi " ?

Dans d’autres endroits d’Amérique du Sud, tu peux avoir plein de projets et plein d’idées pour développer le rugby mais tu n’auras jamais les fonds pour y parvenir. Au Chili, où il existe un socle solide de rugbymen, le gouvernement et les plus grosses entreprises du pays poussent derrière la balle ovale. Il y a de l’argent, des fonds régionaux, des mines de lithium, d’or… Et les patrons des plus grosses boîtes du pays sont très souvent des gens issus du rugby : si on trouve une organisation dans les mois et les années à venir, le Chili peut devenir un monstre.

On vous suit.

Il ne faut pas oublier, enfin, que le Chili est avec l’Uruguay le pays le plus stable d’Amérique Latine, d’un point de vue politique. Ca peut beaucoup aider, je pense.

Avec l’Uruguay et l’Argentine, il y aura donc trois équipes sud-américaines lors de la Coupe du monde 2023…

(il coupe) C’est extraordinaire. En 2015, quand les Pumas ont fait cette si belle Coupe du monde en Angleterre, le rugby argentin était au top mais autour de lui, il n’y avait rien. Le rugby sud-américain était mort. Aujourd’hui, le Chili monte en puissance, l’Uruguay aussi et bientôt, je vous promets que le Brésil évoluera au plus haut niveau du circuit international…

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