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    Coupe du monde féminine - France - Joanna Grisez

Grisez : "Je penche du côté obscur des ailières !"

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COUPE DU MONDE FEMININE - Invitée surprise de ce Mondial féminin, la septiste Joanna Grisez disputera samedi une demi-finale de Coupe du monde à XV. L’occasion de revenir en exclusivité avec elle sur son adaptation à vitesse grand V, ainsi que sur ses talents cachés de… flanker.

Est-ce que vous regrettez vos vacances en Corse, que vous étiez en train de planifier avant d’être sélectionnée pour ce Mondial ?

Non, hein ? Pas trop, en fait ! (rires). Ce que je vis, c’est un rêve. Peu importe l’issue, c’était déjà une expérience de fou de participer à ce Mondial. Et forcément plus ça va, mieux le groupe est. On prend de la confiance à chaque match et de mon côté, j’ai l’impression d’être plus utile qu’au début. Ca fait du bien à tout le monde.

En exagérant un peu, on se disait que vous aviez touché plus de ballons contre l’Italie que sur tout un tournoi à VII…

Oui ce serait un peu exagéré mais il est vrai que je me suis régalée. J’ai eu beaucoup de ballons, dans de bonnes conditions. Pour une ailière, je ne pouvais pas rêver moins.

Vous êtes la première témoin de cette libération offensive qui anime les Bleues depuis quelques semaines…

C’est ça : les ballons arrivent mieux à l’aile et… arrivent tout court ! Depuis le début de la compétition on assiste à une énorme évolution et je me retrouve dans des conditions que je n’avais pas encore connues en début de compétition. L’équipe a pris confiance, moi aussi dans mon rugby à XV, et je suis peut-être plus pertinente dans mes placements et dans mes courses. C’est un tout.

Vous dites que vous "avancez" dans votre XV, vivez-vous un réapprentissage ?

Complètement. Je me le réapproprie, car le VII prenait tout mon temps. Je redécouvre le jeu, à un niveau bien supérieur que celui de mon club (Bobigny, ndlr.). Je réapprends les placements, les repères, là où je suis utile ou pas, les timings… Cela fait presque deux ou trois ans que je n’ai pas joué avec les filles de Bobigny…

Quel poste occupez-vous à XV ?

Ailière, normalement. Mais figurez-vous qu’il y a trois ans, j’ai été aligné trois fois en… troisième ligne. Peu de gens le savent, mais j’adore ce poste ! C’est un poste de rêve : on touche des ballons, on défend… on se sent constamment utile en fait ! A VII, tout le monde est utile, tout le temps. Ce n’est pas toujours le cas à XV, où il y a plus de temps morts. On dit toujours que les ailières n’aiment pas trop le chocolat mais je penche plutôt du côté obscur des ailières ! Bon, après je vous dis ça maintenant mais cela remonte à trois ans. Peut-être que j’aurai un discours différent après 80 minutes en troisième ligne !

Vous avez d’ailleurs une façon particulière de défendre, on dirait que vous défendez souvent en poursuite. C’est délibéré ou cela vient encore d’un problème de placement ?

Je pense que c’est lié à des lacunes que j’ai dans ma technique de plaquage. Comme je suis arrivée tard au rugby, il me manque certaines bases et je me suis construite en plaquant sur le côté, en rattrapant les adversaires. Je jouais avec ce que j’avais : j’allais vite, mais je n’étais pas très bonne au plaquage mais je n’avais pas peur. Et à VII, il arrive souvent qu’on soit débordée, d’autant que je joue à l’aile. Donc c’est une sorte d’habitude, qui m’évite de plaquer de face trop haut ou carrément de me louper.

Cette aventure à XV va t-elle vous faire réfléchir sur votre avenir ? Et si un gros club de l’Elite 1 vous appelait ?

Non car mon objectif reste les Jeux Olympiques de Paris 2024. Je n’ai pas fait ceux de Tokyo, je veux faire ceux de Paris. Et puis je ne me sentirais pas capable de faire comme d’autres : de gérer le VII et XV en club. Jusqu’à 2024, je suis focus sur le VII, sauf bien sûr si on m’appelle sur le Tournoi des 6 Nations ou des tests. Dans ce cas, je serais honorée de venir.

Vous vous voyez donc continuer à alterner les deux ?

Ah oui ! J’ai vraiment la chance de me régaler autant… après, il faut être performante. Il faut se souvenir que rien n’est jamais acquis. Là, ça va mais je sais que derrière, je vais devoir cravacher pour retrouver mon niveau à VII. J’essaye de ne pas trop m’éparpiller, pour me concentrer sur ce que je fais en ce moment.

Vous connaissez très bien les septistes néo-zélandaises que vous affronterez samedi : les Fluhler, Woodman, Tui, Hirini… Comment faut-il faire pour défendre ces filles ?

On ne va rien réinventer. On a aujourd’hui l’une des plus grosses défenses de la compétition. Et je pense que la Nouvelle-Zélande n’a pas encore, sans dénigrer les autres équipes, rencontré des adversaires qui les ont vraiment dérangées. On peut faire beaucoup mieux que cela. Peut-être même que cela leur jouera des tours parce que jusqu’à maintenant, elles ont toujours su mettre leur jeu en place. Contre nous, ce sera plus dur. Il faut qu’on les emm… là-dessus, à l’image de notre match contre l’Angleterre. C’est une de nos cartes à jouer.

Au moins, vous ne craindrez pas d’affronter les septistes, puisque vous les croisez souvent…

C’est juste que l’on sait qu’elles sont capables de beaucoup de choses. Woodman fait une très belle Coupe du monde… Mais effectivement, c’est un atout de les connaître, et de savoir comment il faut les jouer (elle coupe) enfin, la dernière fois qu’on les a jouées on a pris une raclée… mais au moins on sait les défendre à VII. Donc là, à XV, si on reste bien connectées, cela ne m’inquiète pas plus que cela. Cela ne sera pas plus dur que les Anglaises, à condition de maintenir ce niveau. En ce sens, on sera nos pires adversaires.