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Rouet : "Nos dirigeants n'ont pas appris de leurs erreurs"

Rouet : "Nos dirigeants n'ont pas appris de leurs erreurs"

Le 28/04/2022 à 16:21Mis à jour

COUPE DU MONDE 2023 - La décision est tombée en début d’après-midi. Coupable d’avoir aligné un joueur non-éligible (Gavin Van den Berg), l’Espagne ne verra pas le Mondial 2023 en France, malgré sa qualification obtenue sur le terrain. Quelque peu secoué par cette nouvelle, le demi de mêlée Guillaume Rouet ne cachait pas sa colère contre les dirigeants espagnols, ce jeudi.

Guillaume, comment vous sentez-vous après cette annonce ?

Depuis une semaine et les rumeurs qui sont apparues, je savais que ce n’était pas en bonne voie. Aujourd’hui, je ne suis pas très surpris par cette officialisation. Nous sommes abattus et très énervés. Pour beaucoup d’entre nous, ça fait deux fois d’affilée que ça arrive. Nous nous sommes qualifiés sur le terrain. Les instances, en haut, n’ont pas fait leur travail. C’est rageant, car c’est une chose qu’on ne maîtrise pas et c’est nous qui en subissons les conséquences.

Qu’est-ce qui prédomine ? La colère, l'incompréhension ?

Il y a beaucoup de colère.

Le joueur non-éligible avait été aligné sur deux matchs largement gagnés par l’Espagne. Cela accentue-t-il ce sentiment ?

Oui, tout à fait. Encore, si ça avait été un joueur qui avait fait toute la campagne, qui avait joué les dix matchs et qui était un élément très important de l’équipe, à la limite, on aurait pu comprendre. Là, je pense qu’on aurait pu s’abstenir de le faire jouer.

Avez-vous évoqué cette situation avec lui ?

Non, pas du tout. Je pense qu’il ne vaut mieux pas. Il était au courant des magouilles. Je n’ai pas envie de ses excuses. De toute façon, le mal est fait.

Après 2018, le rêve de participer à un mondial s’envole une nouvelle fois, pour l’Espagne. Avez-vous échangé avec ceux qui étaient déjà là il y a quatre ans ?

Nous n’avons pas trop parlé, car nous sommes tous assez abattus. On va s’appeler dans les heures qui viennent, mais je pense qu’ils seront dans le même état d’esprit que moi, à savoir, très en colère. Pour beaucoup de ceux qui l’ont vécu il y a quatre ans, c’était aussi leur dernière chance de participer à une Coupe du monde, car l’âge y fait. C’est très triste. Nous n’avons pas perdu sur le terrain, où nous avons fait le travail. Les dirigeants, malheureusement, non. Je m’inquiète, aussi, pour les générations futures.

Développez…

La dernière fois, nous étions en barrage, là, nous nous sommes qualifiés directement. Je me dis, pour les générations futures, quelle image aura-t-on ? Est-ce que les gens vont vouloir aller jouer pour l’équipe d’Espagne ? Pour beaucoup de Français, ça a été très dur d’être libéré à chaque fois par le club. Alors qu’on avait, enfin, un peu gagné le respect des dirigeants et des clubs, on repasse encore pour des clowns avec cette histoire. C’est malheureux.

Il y a quatre ans, l'Espagne avait déjà été disqualifiée du Mondial à cause de l’inéligibilité de certains joueurs…

Oui et ça accentue la colère. Une fois, on peut dire "c’est un peu amateur, ils n’ont pas trop l’habitude". Là, les dirigeants étaient avertis de ce qui peut se passer. On voit qu’ils n’ont pas appris de leurs erreurs. C’est très rageant.

Vous en voulez aux dirigeants espagnols…

Oui, il faut qu’ils se mettent, aussi, à notre place. Nous venons de passer deux mois pas faciles. On était dans l’attente de la décision. Quand il y a eu les premières rumeurs, ils nous ont dit de ne pas s’inquiéter, que ça allait bien se passer, qu’ils avaient tout fait dans les règles. La preuve que non, comme nous sommes disqualifiés. On en veut beaucoup aux dirigeants espagnols qui sont responsables de ça.

Pour sa défense, la Fédération évoque un faux document, fourni par le joueur en question...

Oui, mais bon. Bizarrement, ça tombe encore sur l’Espagne. Je veux bien leur trouver des circonstances atténuantes. Ils pourront dire ce qu’ils veulent, je pense que les excuses ne seront pas acceptées.

Y a-t-il des recours possibles ?

Je ne pense pas. Je crois que c’est la décision finale.

Que vous a dit la Fédération ?

On a un groupe WhatsApp où le manager a envoyé le communiqué qu’ils ont publié, cinq minutes plus tard, sur les réseaux. Rien de plus.

Vous avez fait part de votre inquiétude pour les générations futures un peu plus tôt. Le rugby espagnol peut-il se remettre de cette nouvelle disqualification ?

Avec ce qu’on a vécu il y a quatre ans, j’avais trouvé qu’il s’en était bien sorti. Après, il y a quatre ans, c’était un peu plus passé, car il y avait eu l’injustice lors du match face à la Belgique. Là, je ne vois pas comment, deux fois d’affilée, le rugby peut s’en relever. Je pense que, forcément, il y aura des changements. Je l’espère, au moins, au niveau des dirigeants qui s’occupent de ça. Après, j’aimerais que le rugby espagnol s’en relève. Il y a de très belles générations à venir et du potentiel sur cette jeunesse. Je leur souhaite vraiment, un jour, d’en faire une, comme ça, ils me diront ce que ça fait.

Et vous ? Allez-vous tirer un trait sur votre carrière internationale ?

Ce qui m’animait, c’était de participer à une Coupe du monde. Il faut être réaliste, quand la prochaine aura lieu, j’aurai 39 ans. Je n’ai pas encore pris la décision, mais je pense que ça marque la fin de mon aventure avec la sélection espagnole.

Que retiendrez-vous de cette aventure ?

Malgré tout, je vais retenir l’aventure humaine. Je n’ai aucun regret d’avoir fait ça pendant plein d’années. Ça m'a permis de voir autre chose. J’ai découvert de super mecs, de super amis et ça, heureusement, on ne nous l’enlèvera pas. Je suis peut-être naïf, mais si c’était à refaire, je le referais.

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