Icon Sport

Atcher : "Nous préparons un Mondial inoubliable !"

Atcher : "Nous préparons un Mondial inoubliable !"
Par Emmanuel Massicard via Midi Olympique

Le 26/04/2022 à 15:29Mis à jour

COUPE DU MONDE 2023 - Claude Atcher, le directeur de la Coupe du monde 2023, fait le tour de l’actualité du comité d’organisation. Il décrypte les enjeux des mois à venir et pose l’ambition d’une Coupe du monde engagée et ouverte au grand public.

Nous serons mardi à tout juste 500 jours de la coupe du monde. Que représente pour vous ce moment ?

C’est un cap important puisque cela permet de se situer vis-à-vis de la feuille de route, mais c’est aussi très symbolique. L’actualité et l’activité continuent, J-500 ou pas. Ce repère marque ce qu’il nous reste à faire dans la dernière ligne droite.

Avez-vous vu le temps passer ?

Sincèrement non, alors que nous avons créé le Gip en mars 2018. Cela fait quatre ans que je travaille sur le dossier Coupe du monde, précisément depuis janvier 2017. Cinq ans, déjà… Le temps est passé à une vitesse incroyable et les 17 mois à venir vont s’écouler encore plus rapidement.

En quoi cela va-t-il influer sur votre gestion et préparation de l’événement ?

On va passer dans une autre dimension en matière de stratégie de communication. Parce que nous avons fait le travail pour installer la Coupe du monde dans l’esprit des Français. Aujourd’hui, 89 % d’entre eux sont très favorables à l’idée d’accueillir une Coupe du monde en France, en 2023. Et 74 % veulent y participer. Désormais, nous irons beaucoup plus à la rencontre de nos publics, nous allons augmenter notre audience sur les réseaux sociaux, communiquer directement avec nos fans et le grand public pour faire passer le message : cette Coupe du monde va être un évènement inoubliable. Mémorable.

Là où nous avons encore besoin d’accélérer, c’est sur la préparation de la célébration ; avec l’objectif que ce soit une grande fête, un moment de partage. Croyez-moi, le meilleur est à venir. Nous devons tout mettre œuvre pour que, durant 51 jours, les Français, les visiteurs étrangers, les joueurs et tous les participants puissent profiter de ce moment. Surtout, qu’ils s’en souviennent toute leur vie.

Coupe du Monde - Claude Atcher et René Bouscatel

Coupe du Monde - Claude Atcher et René BouscatelMidi Olympique

Comment faire ?

Dès à présent, nous allons donc changer de signature, porter un message fort : célébrons toutes les fraternités. La fraternité est attachée à notre sport, mais elle doit dépasser le terrain. Tous les sujets posés au cœur de notre projet vont tourner autour de la fraternité. Pour moi, c’est notre mission.

Concrètement, où en êtes-vous par rapport à votre feuille de route ?

Nous avons de l’avance. Côté organisationnel, on est dans une phase de préparation et d’analyse de l’organisation dans chacun des sites hôtes. En ce qui concerne la politique "RSE", on a commencé à lancer les premiers projets et d’ici le mois de septembre tous seront ouverts. Actuellement, nos apprentis, accompagnés par Orange et la Monnaie de Paris, font le tour des clubs pour récolter des téléphones portables hors d‘usage. Ceci pour en extraire les métaux précieux qui serviront à fabriquer les médailles de la Coupe du monde.

On a lancé notre guide des achats qui servira aux clubs. Il y a aussi la Mêlée des cœurs, avec Mika qui en sera le parrain et accompagnera les enfants dans la préparation et le chant des hymnes. L’engagement de Mika est un symbole fort : de par son histoire et son parcours, il incarne cette capacité à aider les autres, fraternel et tolérant. Enfin, le scénario de la cérémonie d’ouverture et sa conception artistique seront écrits par Jean Dujardin. Nous devons célébrer la France, sa diversité et son patrimoine.

En 2007, cette cérémonie n’avait pas été une franche réussite…

(Il coupe) Oui, c’est la raison pour laquelle on a anticipé et d’ores et déjà écrit la thématique de la cérémonie d’ouverture.

J’ai la volonté d’en faire un moment juste, plein d’émotions et de surprises. Les images qui seront montrées doivent témoigner de ce qu’est la France. Soyons en fiers, partageons la culture, l’art de vivre, le savoir-faire, le cinéma, la musique, la mode et l’artisanat français.

Un grand événement sportif doit-il obligatoirement s’engager et impacter la société ?

C’est une opinion très personnelle mais je suis convaincu qu’un organisateur doit être conscient de sa responsabilité : un événement ne peut être réussi s’il n’est pas accepté par le grand public, porté par l’imaginaire collectif comme un moment de grâce et de partage pour tout un pays. Nous avons la chance d’avoir bien avancé sur le volet financier, et nous pouvons donc nous engager encore plus fortement sur ces enjeux.

Nous allons faire en sorte que les joueurs aillent aux rencontres des supporters et des habitants des villes dans lesquelles ils sont installés. J’ai toujours le projet de déposer les joueurs à l’extérieur des stades avant les matchs, et que chaque équipe ouvre au public bien plus d’un entraînement par semaine.

Il est urgent selon vous de repositionner le rugby au cœur de la société.

Oui mais sans donner de leçon. Parler des valeurs, ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus. La preuve, je veux qu’elle vienne de l’action et du terrain. Partout où cette Coupe du monde va être proposée aux gens, chacun doit pouvoir y trouver du plaisir.

Vous avez évoqué le taux d’acceptation de l’événement. D’où vient cette information ?

L’institut BVA a procédé à un sondage auprès de 1500 personnes début mars, soit avant le grand chelem. Il remonte que le rugby est le sport le plus apprécié des Français ; 90 % en ont une bonne image ; c’est le deuxième sport le plus suivi dans les stades ; un Français sur deux sait que la France accueillera la prochaine Coupe du monde de rugby et 89 % des Français y sont favorables ; 90 % des personnes interrogées estiment que les retombées seront positives. Et le chiffre le plus important, c’est que 74 % des Français envisagent de suivre l’événement, que ce soit dans les médias ou dans les stades. Enfin, concernant les valeurs associées, 85 % des gens citent la fraternité et la fête, 81 % pensent que cela va contribuer au rayonnement international de la France.

Au-delà de l’événement "Coupe du monde", y a-t-il un effet XV de France porté par la génération Dupont ?

Incontestablement. L’équipe de France porte collectivement l’espoir d’être champion du monde, à travers la performance de ses joueurs mais aussi l’organisation de son staff. Elle porte une image positive, avec des mots forts associés : sourire, intelligence, humilité, sens du collectif, solidarité.

L’équipe de France au sommet. Est-ce la meilleure des publicités pour France 2023 ?

Oui. Si on n’a pas d’enjeu important sur la vente des billets ; c’est une chance en termes d’image et d’adhésion. Pour nous, cette mobilisation collective est inestimable. L’équipe de France nous tire vers le haut, elle nous amène une notoriété et une attractivité supplémentaires.

Le ballon de la Coupe du monde 2023

Le ballon de la Coupe du monde 2023Icon Sport

Quels sont vos enjeux pour les mois à venir ?

Le premier concerne l’impact et l’acceptabilité. Il faut encore réaliser des efforts pour que l’on aille jusqu’à la finalisation de nos engagements. Il y a aussi le tournoi de qualification pour l’Afrique (juillet à Aix et Marseille) et le "France 2023 Rugby Tour" qui sont deux événements primordiaux.

Où en êtes-vous sur le programme "Campus 2023" ?

On embauche presque 1000 apprentis supplémentaires cette année (400 sur le cycle sport, 300 sur la sécurité et 200 sur le tourisme). Nous serons donc au-dessus de l’objectif fixé à 2023.

Le 20 mai à Toulouse, jour du Sevens, nous organiserons une grande journée de rassemblement de tous nos apprentis. Ce sera une première ! La journée sera festive, puisqu’ils viendront déguisés au stade. Ils rejoindront la ville rose en train de nuit au départ de Paris, en faisant le tour de France. Je serai moi-même dans le train, pour accompagner ces 1200 jeunes.

Au-delà ce moment festif, on prépare leurs programmes : avant juin, nous communiquerons l’ensemble de leurs missions autour des équipes qualifiées. Enfin, nous préparons les séjours internationaux de nos 90 "ADS" (Assistants directeurs de sites) dans les fédérations européennes afin de préparer leur plan de développement. Pendant 3 mois, ils seront en immersion totale.

Quid de vos projets "RSE" ?

Les projets sont en cours de réalisation : récupération des téléphones, guide des achats, traitement des déchets. Sur le tournoi national des quartiers, huit mille jeunes vont être sollicités dans quatre cents quartiers difficiles avec le ministère de l’Intérieur et la police Nationale. On a ouvert le dispositif en direction des personnes à mobilité réduite avec 26000 places qui leur seront réservées (13 000 places gratuites pour et 13000 places payantes pour les accompagnants). La GMF s’engage à nos côtés pour leur accueil et leur transport jusqu’au stade.

Avez-vous entendu l’association Greenpeace qui demande le retrait de TotalEnergies des partenaires du Mondial et de France 2023 ?

J’ai envoyé une lettre de réponse à Greenpeace France. J’affirme d’abord qu’on ne fait pas de politique, or j’y vois une posture clairement liée à l’actualité qui porte l’anathème sur la Coupe du monde. Ensuite, notre groupe d’intérêt public doit équilibrer ses comptes. Cela passe par le sponsoring, qui représente 12 % de nos recettes.

TotalEnergies est présent dans le rugby depuis 25 ans auprès de la Section paloise, et va nous aider à atteindre nos objectifs dans le domaine de l’écoresponsabilité. Il va s’engager sur le financement du plan d’absorption carbone, la mise en place de la mobilité "green", avec une application qui va permettre aux supporters de choisir leurs transports et transferts, dans le traitement des déchets plastiques. Ce n’est pas neutre, quand même.

Vous dévoilez les camps de base au fur et à mesure. Pourquoi ne pas les avoir annoncés simultanément ?

On veut offrir aux territoires qui se sont mobilisés une fenêtre de communication. Nous avions reçu soixante à soixante-dix manifestations d’intérêt, il fallait renvoyer l’ascenseur.

La France accueillera le Tournoi de qualification de la zone Afrique en juillet. Quels sont les enjeux ?

Sportivement, le vainqueur sera qualifié dans la poule de la France, c’est donc très important pour le rugby africain. Pour nous, ce sera un vrai test. On engage nos 200 collaborateurs afin de livrer l’événement sur les mêmes critères de qualité que le Tournoi final lui-même ; et nous animerons les territoires.

C’est l’occasion de démontrer que l’héritage de la Coupe du monde dépassera le cadre de la France : les équipes africaines seront ainsi placées dans des conditions de réussite optimales, bénéficiant des mêmes installations que les grandes équipes de la Coupe du monde, avec un accompagnement et un encadrement qui leur permettra de pratiquer au meilleur niveau. Ce qui n’est pas toujours le cas dans les tournois régionaux des phases de qualification.

Y a-t-il un enjeu financier pour le rugby africain ?

Nous avons trente-cinq mille billets à vendre et nous le ferons sur les mêmes bases de la coupe du monde, avec la même équipe, méthodologies et engagement. Je ne suis pas inquiet sur le succès de la billetterie. On a couvert le budget avec des partenariats publics et privés, l’État a qualifié cet événement du label des grands événements, sans oublier l’Agence Française du Développement et le Ministère des affaires étrangères qui débloqueront des crédits pour aider le développement des fédérations africaines. Enfin, on a une garantie de diffusion dans plus d’une vingtaine de pays.

Quelles retombées pour les nations africaines ?

France 2023 prend en charge tous les frais liés à l’organisation alors que les pays engagés touchent de subventions de World Rugby, qui couvrent la globalité des frais. Du coup, ces aides vont permettre aux fédérations africaines d’organiser d’autres événements, dont un grand tournoi africain qui est un enjeu majeur pour Rugby Afrique. Enfin, cela bénéficiera au rugby féminin qui ne sera évidemment pas oublié.

Un mot sur le sportif : où en est-on à propos de la qualification de l’Espagne ?

Un audit mené par un organisme indépendant est ouvert. World Rugby a pris l’engagement d’aller vite. La fédération espagnole me semble avoir fait les choses correctement, le souci viendrait du côté du joueur. Si tel est le cas, la fédération pourrait ne pas être sanctionnée.

Contenus sponsorisés