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L’Argentine, terre de rugby

L’Argentine, terre de rugby

Le 20/09/2019 à 07:20Mis à jour Le 20/09/2019 à 10:06

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COUPE DU MONDE 2019 - Les Pumas, opposés entre autres à l’équipe de France, espèrent rééditer l’exploit de 2007 qui avait vu les Sud-Américains décrocher une troisième place en France. Mais leur but commun est bien plus large : prouver au monde que l’Argentine s’est imposée comme une terre mondiale de l’ovalie.

Août 1961. Ernesto "El Che" Guevara se rend clandestinement en Argentine pour y rencontrer le président en place, Arturo Frondizi. Personne ne le sait encore mais il s’agirait de la toute dernière visite du "Comandante", alors ministre de l’industrie cubaine, à son pays natal. Lors du trajet de l’aéroport Ezeiza au palais présidentiel, le convoi secret passe non loin du stade de San Isidro Club (SIC), un des clubs de rugby les plus importants d’Argentine. "Comment cela se passe pour le SIC ?" demanda le Che au chauffeur. "Comment cela se passe pour qui, Monsieur ?" Par cette réponse, Guevara se rend compte alors que le rugby n’est pas vraiment une passion partagée par la majorité de ses compatriotes. Et corrige rapidement : "Je veux dire, comment ça se passe pour Rosario Central ?", une des équipes les plus renommées du pays. Cette anecdote, relatée dans la biographie El Che Guevara écrite par le journaliste et historien argentin Hugo Gambini, démontre le peu d’intérêt porté à ce sport importé des Britanniques et à la structure sociale du rugby.

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Foot-rugby : histoire commune

Les débuts de l’ovalie en Argentine sont même assez difficiles à distinguer de ceux du football. Cela pour au moins deux raisons. En premier lieu, dans l’Argentine du milieu du XIXe siècle, les deux sports - rugby et football - ne sont pas encore nettement différenciés : les rares données fiables dont les historiens disposent quant aux circonstances de leur implantation sont elles-mêmes parfois ambigües. Les différentes formes de jeu de ballon comportent des règles qui ne sont pas encore officiellement fixées, au niveau national ou international. Puis, dans un second lieu, lorsqu’une différenciation nette est possible, leurs pratiques s’effectuent généralement dans les mêmes clubs et se trouvent souvent prises en charge par les mêmes individus. Ce sont en effet les structures sportives plus anciennes, créées et animées exclusivement par des Britanniques pour faciliter la pratique de l’aviron, du cricket ou du tennis au profit de leur petite communauté d’expatriés, qui s’y attelleront. Elles furent le point de départ du développement des sports collectifs de ballon.

Mais, contrairement au football, le rugby ne sera pas le lieu d’un investissement symbolique fort par rapport à la revendication d’une "identité argentine". D’après une réglementation datant de 1907, on considérait comme "Argentin tout joueur né en Amérique du Sud, et comme Britannique tout joueur né sous le drapeau britannique ou nord-américain, ou des sujets britanniques ou nord-américains qui ne sont pas nés en Amérique du Sud". L’année suivante est introduite la notion d’Extranjeros ; les Argentins sont "les hommes nés dans le pays" et les étrangers "ceux qui sont nés en n’importe quelle région du monde". La traditionnelle confrontation sur un terrain de rugby entre Argentinos et Extranjeros cesse en 1935, faute d’un nombre suffisant de joueurs ; elle est remplacée pendant quatre ans par des matches entre "clubs argentins" et "clubs étrangers", qui sont à leur tour supprimés en 1939. Mais surtout, le rugby ne jouera jamais un rôle analogue à celui du football en termes de revendication identitaire. En ce sens qu’il n’a pas donné lieu à l’élaboration de représentations spécifiques d’un "style de jeu argentin" qui aurait pu être opposé à un "style de jeu britannique".

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Une étiquette dure à effacer

Cette difficulté à assimiler le rugby à une "identité du pays" est peut-être due à son appartenance traditionnelle à l’élite argentine, à la différence du football qui imprègne toutes couches de la population. Ernesto Guevara de la Serna, issu d’une famille aisée de Rosario, a lui-même pratiqué le rugby au SIC pendant son enfance. La célèbre citation "Le football est un sport de gentlemen pratiqué par des brutes ; le rugby est un sport de brutes pratiqué par des gentlemen est une phrase récurrente en Argentine", explique Martin Caparros, journaliste et écrivain argentin. "Là où les footballeurs étaient basanés, frêles, pauvres, ignorants, les joueurs de rugby étaient blonds, bien faits, bien élevés, bien amateurs. Parce qu’ils n’avaient pas besoin de cet argent."

Pour le journaliste, cette image répandue décrit bien un sport qui, en Argentine, continue à servir de marqueur social. Un avis pas vraiment partagé par tous. "C'est vrai qu'à l'origine le rugby était bourgeois et élitiste en Argentine, mais cela a évolué, même si en France et ailleurs ils continuent à nous voir comme cela" avait affirmé au Monde Gonzalo Quesada, ancien international argentin (38 sélections) et entraîneur du Stade Français (2013-2017), aujourd'hui adjoint de Mario Ledesma à la tête de la sélection nationale. "C'est grâce au constants progrès des Pumas, depuis 1965 et jusqu'au succès de 2007, où nous avons terminé troisièmes, que ce sport n'est plus exclusif. Aujourd'hui, dans les clubs argentins, il y a une mixité sociale."

Pumas, un surnom dans la confusion

Si le meilleur réalisateur de la Coupe du monde 1999 a mentionné ces deux dates, c’est qu’elles sont au cœur de l’histoire du rugby ciel et blanc. Lors de leur première tournée en Afrique du Sud il y a 54 ans, les Argentins s’imposent pour la première fois face aux redoutables Junior Springboks (11-6) et deviennent les premiers à hériter du surnom "Pumas". L'origine de ce surnom est surtout liée à une mauvaise appréciation de plusieurs journalistes, qui ont malheureusement confondu le jaguar présent sur le blason de l’équipe avec son cousin félin. Une erreur jamais corrigée par les Argentins qui acceptèrent volontiers cette appellation erronée mais malgré tout flatteuse.

Le véritable tournant de l’histoire du rugby argentin intervient dans l’Hexagone lors de la sixième Coupe du monde. Une troisième place décrochée face aux Bleus (34-10) - qu’ils avaient déjà battu en match d’ouverture (17-12) - synonyme de succès pour inaugurer une nouvelle ère dans le rugby argentin. "Il y a eu une explosion d'enthousiasme en France en 2007 et ce sport est devenu plus populaire. Les inscriptions dans les clubs avaient augmenté de 20 % après le Mondial" souligne Adolfo Etchegaray, ancien capitaine des Pumas.

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Matera, le porte-parole

Une performance qu’espère rééditer les hommes de Mario Ledesma et son capitaine Pablo Matera. Le troisième ligne des Jaguares - équipe également entraînée par Gonzalo Quesada - symbolise parfaitement cette problématique football-rugby en Argentine. Le manque de ferveur autour du ballon ovale n’a pas épargné les sentiments du joueur d’un 1,93m puisque la tendance l’orientait naturellement vers le sport le plus populaire du pays. "A 17 ans, je suis allé à un rassemblement national pour la génération 91 des Pumitas (il est né en 1993), qui préparait le championnat du monde. Je n’ai pas été retenu car je n’avais pas beaucoup joué, constate El Capitan. Mais je suis revenu l’année d’après pour la génération 1992. C’est à partir de là que j’ai donné plus d’importance au rugby."

Matera sait qu’il doit mener ses Pumas le plus loin possible au Japon, alors que le doute sur son avenir international s’installe. Car ce joueur exceptionnel a décidé de signer au Stade Français à Paris, après le Super Rugby 2020 (il a disputé la finale de l’édition 2019 avec les Jaguares). Et une règle s’applique chez les Pumas : les joueurs qui évoluent à l’étranger ne peuvent pas être sélectionnés. Originaire de Mendoza, ville située dans l’ouest argentin et célèbre pour sa route des vins, Pablo Matera (et ses compatriotes) ne souhaite qu’une chose : s’imprégner du succès de 2007 et prouver que l’Argentine est une terre de rugby qui compte mondialement.

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