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Grand angle Canon : Kolisi, courage, capitaine !

Grand angle Canon : Kolisi, courage, capitaine !
Par Rugbyrama

Le 18/10/2019 à 14:07Mis à jour Le 18/10/2019 à 16:22

COUPE DU MONDE 2019 - Malgré un parcours de vie très difficile et une histoire en sélection très peu linéaire, le flanker de couleur est aujourd'hui le capitaine des Springboks. Il s'avance même pour qualifier son pays pour les demi-finales de ce Mondial japonais, et peut-être plus, qui sait ?

Il existe, parfois, des parcours qui flirtent avec des épreuves de la vie. Ceux qui, au gré des aléas, font vivre aux personnes directement concernées de véritable chemins de croix qu'on ne souhaiterait pas même à son pire ennemi. Pourtant, pour ceux qui se sortiront admirablement bien de ces si sinueux embronchements, l'admiration du commun des mortels à leur égard sera à la hauteur des déchirements qu'ils ont vécu. Dans le "petit monde du rugby" comme certains aiment l'appeler, Siya Kolisi en est certainement l'exemple le plus évocateur.

Son histoire est à l'écrit aussi simple que symbolique : où comment un petit mec de couleur de la baie d'Algoa en Afrique du Sud est devenu, le premier capitaine noir de l'équipe des Springboks. Dans les faits, cette baie de la province du Cap-Oriental cache des horreurs bien plus sombres que les paysages du bord de mer magnifiques, là où, entre eau et nature, prolifèrent bons nombres d'espèces animales fantastiques, des baleines aux oiseaux rares dans l'Indien, aux rhinocéros ou autres éléphants qui grandissent dans les réserves naturelles situées à l'extérieur de la zone métropolitaine.

Dans les méandres de Port Elizabeth, principale ville de la zone urbaine connu pour son célèbre port, sévissent en effet parmi les plus efficientes inégalités du pays, et par conséquences, la pire pauvreté et les pires histoires. Celles qu'aucun enfant du 21ème siècle ne devrait être obligé de connaître. Celle de Kolisi est une véritable plongée en eaux troubles. L'eau noire du township de Zwide, pour être plus précis.

L'enfer de Zwide

Avant d'être le colosse qui désintègre ses adversaires que l'on connaît aujourd'hui, Siya Kolisi a donc connu le pire. Une enfance allégorie de la souffrance et de la pauvreté, élevé par des parents très jeunes et qui n'avaient, selon ses souvenirs, pas de quoi payer ses frais de scolarité annuels qui ne dépassaient pourtant guère les 4$.

Coupe du monde 2019 - Siya Kolisi (Afrique du Sud)

Coupe du monde 2019 - Siya Kolisi (Afrique du Sud)Icon Sport

Là-bas, à Zwide, la tristement célèbre violence des townships n'était pas qu'un bruit de couloir, et voilà au milieu de quoi Kolisi s'est forgé. Gardé par sa grand-mère qui vivait de ménages, l'enfant de Port Elizabeth a ensuite saisi l'opportunité de sa vie en jouant au rugby. Et même si le principal intéressé tempère qu'il a grandit dans un milieu "très difficile mais pas le pire", ce dernier concède aussi que le rugby l'a sauvé, "bien qu'un enfant des township ne rêve pas en grand". Pourtant, dans un pays où le rugby a jusqu'à peu été l'archétype de l'apartheid et du sport pratiqué par les blancs presque uniquement, le ballon ovale lui a tendu les bras et Kolisi ne l'a plus jamais lâché. Avec la suite que l'on connaît.

Capitaine des Springboks

Et si Kolisi est aujourd'hui l'un des hommes forts du pack ultra-rugueux des Boks, là encore son ascension au plus niveau fut longue. Pendant longtemps, il fut le bon joueur de province, régulièrement sélectionné mais jamais indispensable. Jusqu'à juin 2018 où le flanker des Stormers fut désigné pour mener les Springboks à bien. Le pays, toujours miné par des tensions raciales importantes accueille alors la nouvelle avec beaucoup de méfiance, gageant que cette nomination n'était due qu'à sa couleur de peau et à l'expansion nouvelle du rugby sud-africain vers les joueurs de couleur. Kolisi s'en défend et s'adonne, lui, a montrer l'exemple sur le terrain et à donner son corps pour son pays.

Siya Kolisi

Siya KolisiIcon Sport

Jusqu'à en devenir l'un des meilleurs troisièmes lignes du monde. Un vrai colosse (1m88 pour 105kg), dont ils sont peu à aimer croiser la route. Quoi qu'il en soit et outre les critiques, le renouveau de l'Afrique du Sud coincida exactement avec la prise du brassard de l'ancien de Zwide, sans omettre bien sur le travail formidable de Rassie Erasmus.

Aujourd'hui, Kolisi mène donc ses partenaires avec brio dans ce Mondial japonais, eux qui affronteront leurs hôtes ce dimanche à Tokyo en quart de finale. Et alors qu'en 1995 Francois Pienaar souleva le trophée Webb Ellis qui revêtait alors le symbole de la fin de l'apartheid dans la nation arc-en-ciel, quel coup d'oeil du destin ce serait si un autre numéro 6, de couleur cette fois, venait à brandir la plus belle des coupes de rugby au pays du soleil levant. Kolisi l'a prouvé, à coeur vaillant, rien n'est impossible...

Par Théo Fondacci

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