Icon Sport

Pollard, enfin sur le toit du monde ?

Pollard, enfin sur le toit du monde ?
Par Rugbyrama

Le 29/10/2019 à 19:00Mis à jour

COUPE DU MONDE 2019 - Phénoménal à ses débuts avant de connaître une ascension stoppée net par de graves et longues blessures, l'ouvreur sud-africain semble être revenu à son meilleur niveau lors de ce Mondial japonais. Et monter sur le toit du monde?

Il fait partie de ces bombes à retardement. De ces joueurs protées, très vite désignés pour être les stars de demain avant même d'avoir prouvé leur immense talent au plus haut niveau et de qui beaucoup en attendaient peut-être trop, trop tôt. Il faut parfois du temps et des efforts pour s'installer à la baguette d'une équipe nationale, peut-être encore plus lorsqu'il s'agit d'une sélection concurrentielle et un temps en difficulté comme celle des Springboks. Handré Pollard, demi d'ouverture de 25 ans aujourd'hui, l'a appris à ses dépends au fil des blessures et des contres-performances, sans que personne n'ait jamais pu renier son talent évident, lui qui fut élu meilleur joueur du Mondial U20 en 2014, après avoir survolé une compétition qui a depuis révélé bien d'autres phénomènes.

Il faut dire que très tôt, l'ouvreur des Bulls s'est montré aux yeux du monde du rugby. D'abord surclassé chez les jeunes jusqu'à en disputer trois Mondiaux, avant de faire ses premières armes en Super Rugby à seulement 20 ans, Pollard connaît même les joies de la sélection nationale la même année lors de la tournée de novembre en Europe. Apprécié pour la longueur de son jeu au pied et ses qualités physiques évidentes (1m88 pour 96kg), dans le plus pur style sud-africain, le prodige va même, l'année d'après, jusqu'à être sélectionné pour la Coupe du Monde en Angleterre en 2015. Non sans rappeler un certain François Steyn, qui à tout juste 20 ans en 2007, se retrouvait à jouer un Mondial titulaire en France à l'époque, avec peu ou prou les mêmes qualités et le même statut.

Coupe du monde 2015 - Handre Pollard (Afrique du Sud) contre la Nouvelle-Zélande

Coupe du monde 2015 - Handre Pollard (Afrique du Sud) contre la Nouvelle-ZélandeIcon Sport

Au final, toujours comme Steyn, Pollard, remplaçant au premier match (et évitant au passage l'affront de la défaite historique face aux Japonais à Brighton) est ensuite désigné pour mener l'attaque sud-africaine, pas au même poste, certes, mais avec la même réussite. Et grâce à ses qualités de buteur ultra-précis et un jeu à la fois rude et clinique, le solide ouvreur redresse en partie le navire sud-africain, bien encadré par l'expérience de gars comme Matfield et Vermeulen ou les aptitudes incroyables de la toute jeune paire de centres de Allende - Kriel, et ira même faire trembler les Blacks en demi-finale, où il inscrivit 18 points et tous ceux de son équipe, lors de la défaite 20 à 18 des siens. Un parcours jusque là presque parfait, pour celui que l'on pensait alors installé chez les Boks pour toute sa carrière...

Un parcours du combattant

La suite, elle, est tout sauf reluisante, pour ce talent immense aux débuts si prometteurs. En fait, Pollard se blesse rapidement après le Mondial. Au retour de son intermède japonais d'abord, en se rompant le genou début 2016, à l'aube du Super Rugby. Pas de compétition cette année là pour la satisfaction du Mondial anglais, qui décide alors de se faire opérer aussi d'une épaule douloureuse, en vue d'un retour à son meilleur niveau. Pire, Pollard manque de perdre un bras. "Une opération de l'épaule mal soignée à l'époque et qui sans l'intervention rapide d'un spécialiste aurait nécessité l'amputation", expliquait le principal intéressé l'an passé au Guardian. Tout ça juste avant que la tournée d'été 2017 face à la France ne permette au très joueur Elton Jantjies s'installer à son poste sous le maillot des Boks.

Rugby Championship - Hendre Pollard (Afrique du Sud)

Rugby Championship - Hendre Pollard (Afrique du Sud)Icon Sport

Une lourde et longue absence, une de plus, pour un joueur pas épargné et dont l'Afrique du Sud ne semble plus vraiment avoir besoin. Et pourtant, à l'automne, le rescapé Handré Pollard trouve les moyens de revenir en sélection, titulaire qui plus est. Le problème? C'est que ce dernier ne retrouve pas son niveau. Pire, le métronome ne regagne pas non plus sa fantastique précision au but, et révèle tout cela aux yeux du rugby international un soir de piètre victoire au Stade de France, où il avait à peu près tout manqué dans le froid glaçant de l'arène de St-Denis. Il était alors difficile mais honnête d'émettre l'idée que Pollard serait le nouveau symbole d'un joyau gâché par la rudesse et les épreuves de ce rugby moderne ultra-énergivore.

Retour au premier plan

Mais c'était sans compter sur une force de caractère énorme et un talent bel et bien toujours là, bien qu' enfoui derrière un corps meurtri et un mental et une confiance en son jeu atteints par une telle succession de blessures. Car tant bien que mal, l'ancien prodige sud-africain s'en est relevé et à commencer par retrouver ce calme et cette efficacité qui lui sont si propres à travers l'enchaînement des matchs avec sa franchise des Bulls. Deux saisons pleines du côté de Pretoria et revoilà Handré Pollard de retour à son meilleur niveau l'orée de ce Mondial Japonais, après avoir retrouvé sa place de titulaire depuis fin 2018 et effectué un Rugby Championship de qualité première

Au Japon, le futur Montpelliérain (il rejoindra le club héraultais après la finale) semble même avoir retrouvé le standing qui était le sien lors du Mondial en Angleterre. De nouveau rapide, gestionnaire mais bon attaquant et avec une technique individuelle très intéressante, ce dernier s'affirme même au fil des matchs comme le probable meilleur ouvreur de la compétition, grâce à la longueur de son jeu au pied et son influence sur le jeu des Boks, lui qui a déjà inscrit 51 points, dont 14 en demi-finale.

Et si l'ultime rencontre face aux Anglais sera évidemment une toute autre paire de manches, rien ne semble trop fort pour cette équipe sud-africaine, dès lors que Pollard est en réussite. L'occasion pour lui de définitivement concrétiser tous les espoirs que le pays avait placés en lui à ses débuts, et d'entrer (enfin) dans la lignée des Farrell ou Barrett. Avant de régner sur le Top 14 ?

Par Théo Fondacci

Pariez sur le Rugby avec Winamax
1
N
2
Jouer comporte des risques : endettement, isolement, dépendance. Pour être aidé, appelez le 0974751313
Contenus sponsorisés
0
0