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En Afrique du Sud, la victoire des Springboks "ravive la magie" de Mandela

En Afrique du Sud, la victoire des Springboks "ravive la magie" de Mandela
Par AFP

Le 02/11/2019 à 17:38Mis à jour Le 02/11/2019 à 17:39

COUPE DU MONDE 2019 - "Voir Kolisi brandir le trophée, sachant ce que ce pays a traversé, c'est absolument énorme", s'époumone Tshenolo Molatedi, un fan de rugby, après le sacre en Coupe du monde des Springboks et de Siya Kolisi, premier capitaine noir de l'équipe sud-africaine, réservée pendant des décennies aux seuls Blancs.

"C'est un moment absolument incroyable. J'en ai les larmes aux yeux", ajoute Tshenolo, jeune Noir de 26 ans. Autour de lui, dans un club de sports de Johannesburg, des dizaines de supporters, blancs et noirs, sautent de joie et s'embrassent. Siya Kolisi levant le trophée Webb-Ellis : le symbole est effectivement très fort. Pendant le régime raciste de l'apartheid, officiellement tombé en 1994, la minorité blanche avait approprié le rugby comme "son" sport. Et depuis l'avènement de la démocratie, la transformation raciale des Springboks s'est faite à marche forcée, à coups notamment de quotas imposés par le gouvernement.

"Cela fait vingt-cinq ans qu'on vit en démocratie, mais au cours des vingt-cinq dernières années, les Blancs ont dominé le rugby et le reste !", estime Joseph Mitchell, acteur noir de 50 ans. "Il était temps que les gens de couleur puissent prouver au monde ce dont on est capable", ajoute-t-il au Cap (sud-ouest), où il a suivi le match sur écran géant. "Si on donne une chance aux Noirs, ils assurent et aujourd'hui en est la preuve vivante", poursuit Tsakane Mabunda, un supporter de 45 ans.

Samedi, au Japon, pour la finale de la Coupe du monde, l'Afrique du Sud alignait six joueurs noirs au coup d'envoi. Lors des précédents sacres des Springboks en 1995 et 2007, ils étaient respectivement seulement un et deux, alors que les Blancs représentent moins de 10% de la population sud-africaine. "Aujourd'hui, notre père, Nelson Mandela, sourit depuis le paradis", s'est réjoui le prix Nobel de la paix, Desmond Tutu, et ami proche du premier président sud-africain noir. "Siya Kolisi, trésor de la nation", a-t-il lancé, se disant "incroyablement fier d'être sud-africain".

Plus forts ensemble

"On se sent la nation arc-en-ciel", rêvée par Mandela et si souvent mise à rude épreuve, estime Tom Hammonds, un enseignant blanc de 34 ans. "On a beaucoup de problèmes, mais le sport nous rassemble toujours." Un quart de siècle après la chute du régime de l'apartheid, les tensions raciales continuent de déchirer régulièrement le pays, dans un contexte de fortes disparités économiques. Le sport est "l'un des plus grands catalyseurs de la cohésion sociale et de la construction de la nation", a réagi le Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir depuis 1994. "Merci d'avoir ravivé la magie de Madiba (nom de clan de Nelson Mandela) et d'avoir fait de notre nation arc-en-ciel une réalité."

Au Cap, au coup de sifflet final, la foule hurle de joie. "Regardez autour de vous. Il y a des Noirs, des Blancs (...). Nous sommes tous unis aujourd'hui", constate Justin Johnson, informaticien noir du Cap. "Les Springboks ont fait plus pour le pays que la politique." "Il y a de l'espoir pour l'Afrique du Sud", enchaîne Mbembe Wandisa, un étudiant noir de 23 ans. Cette victoire tombe à point nommé pour le président sud-africain Cyril Ramaphosa, qui accumule les déconvenues sur le plan économique. "On la ramène à la maison (la coupe). #PlusFortsEnsemble", s'est-il exclamé sur son compte Twitter, avant d'aller partager sur le terrain de Yokohama (Japon) la victoire avec les joueurs.

Pour l'occasion, il a endossé le maillot jaune et vert des Springboks, comme l'avait fait, dans un geste hautement symbolique, Nelson Mandela lors de la finale de 1995, organisée un an seulement après l'avènement de la démocratie. "En 1995 et 2007, l'emblème des Springboks était encore synonyme du vieux régime. Mais aujourd'hui la boucle est bouclée" avec la victoire d'une équipe sud-africaine emmenée par un capitaine noir, estime encore Justin Johnson. À 28 ans, Siya Kolisi, le gamin des townships élevé par sa grand-mère, redonne espoir aussi aux laissés-pour-compte. "Il n'est pas allé dans une école privée. Il vient d'où on vient", résume Justin Johnson.

Une fois le match terminé, Siya Kolisi n'en finit pas avec les symboles. Il s'en va vers les tribunes embrasser son épouse, blanche, et prendre dans ses bras ses deux enfants métisses. Devant les écrans en Afrique du Sud, l'émotion est à son comble.

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