AFP

Pascal Ondarts: "En 1987, les All Blacks nous craignaient davantage qu’on ne les craignait"

Ondarts: "En 1987, les All Blacks nous craignaient davantage qu’on ne les craignait"

Le 14/10/2015 à 09:23Mis à jour Le 14/10/2015 à 16:04

COUPE DU MONDE - Titulaire lors de la finale 1987 face aux All Blacks, le pilier gauche Pascal Ondarts revient sur les souvenirs de ce match de légende alors que les Bleus de 2015 s'apprêtent à défier une nouvelle fois les Néo-Zélandais, cette fois en quart de finale.

Pascal Ondarts (59 ans) n’en revient toujours pas que l’on puisse s’intéresser à "une histoire vielle de trente ans" . Mais "ça lui réchauffe le cœur", concède-t-il lorsqu’on lui demande de parler de cette première Coupe du monde de rugby organisée en 1987, en Nouvelle Zélande et en Australie. La raison pour laquelle on revient sans cesse vers ces hommes de 1987 est sans doute qu’ils ont été les pionniers de l’aventure. "On avait déjà été en tournée mais par contre défier toutes les nations du monde sur un mois et demi, c’était un truc extraordinaire. On était les premiers", se souvient le pilier basque.

"Les Australiens ne nous avaient pas respectés"

L’équipe de Jacques Fouroux a surtout écrit à cette occasion le premier chapitre du grand livre de l’histoire du XV de France en Coupe du monde, et ce qui deviendra sa spécialité. "On est rentré dans la légende des matches que l’on ne doit pas gagner, mais que l’on a gagné" , rigole l’ancien international à propos de cette demi-finale remportée face à l’Australie à Sydney le 13 juin 1987 (24-30). Un match resté dans toutes les mémoires avec notamment cet essai du "bout du monde". Les deux équipes étaient à égalité 24 partout lorsque l’équipe de France entamait son œuvre collective. Au terme de la remontée du terrain et de la dizaine de passes, Serge Blanco plongeait dans l’en-but pour l’essai de la victoire. Les Français se qualifiaient pour la finale quand tous les pronostics d’avant match les voyaient se faire manger tout cru par les Wallabies.

Serge Blanco aplatit dans l'en-but en demie face à l'Australie - 1987

Serge Blanco aplatit dans l'en-but en demie face à l'Australie - 1987AFP

"Le rugby est un sport collectif où il y a beaucoup de respect", rappelle Pascal Ondarts. "Mais les Australiens ne nous avaient pas respectés. Eux, ils parlaient. On n’avait pas encore joué le match, eux parlaient déjà de la finale contre la Nouvelle-Zélande. Ça suffisait pour nous remonter. On devait les battre pour qu’ils ferment leur gueule. C’est ce qui s’est passé". Les Australiens auraient pourtant dû se méfier de cette équipe de France qui, d’un point de vue statistique, était loin de l’image d’une équipe de France inconstante. Pascal Ondarts déroule les chiffres : "J’ai 42 sélections et 34 victoires. La Nouvelle-Zélande fait peur depuis cent ans à tout le monde, mais à ce moment-là on venait de les battre à Nantes en 1986, on avait enchainé sur un Grand Chelem dans le Tournoi et on avait gagné tous nos matches en Coupe du monde pour se retrouver face à la Nouvelle-Zélande en finale. Je pense qu’ils nous craignaient davantage qu’on ne les craignait".

"L'amitié qui reste depuis trente ans est le trésor que l'on a déterré en Nouvelle-Zélande"

En finale à l’Eden Park d‘Auckland, la France s’incline 29-9. Entre la demi-finale et la finale, Pascal Ondarts aurait aimé avoir en 1987, les moyens de 2015 : "Il y avait peut-être cinq ou six joueurs dont je faisais partie qui étaient blessés après l’Australie. Il fallait soigner tant bien que mal. Pour ça, il y avait seulement le kiné Antoine Galibert et le chauffeur du bus. Ça va être un peu prétentieux ce que je vais dire mais on aurait eu la préparation qu’ils ont maintenant avec les choses qui sont possibles pour la récupération, qui sait ?" Pascal Ondarts s’interrompt et poursuit : "Il nous aurait fallu aussi un arbitrage moderne avec la télé et les arrêts sur image. Il y avait six points d’écart lorsque, juste avant la mi-temps, on dispute cinq mêlées à cinq mètres de leur ligne. On les emporte, on les emmène derrière la ligne, et l’arbitre siffle la mi-temps…"

Les Français posent à Saint-Lary-Soulan avant de partir à la Coupe du monde 1987 - Pascal Ondarts est au premier rang, 3e en partant de la droite

Les Français posent à Saint-Lary-Soulan avant de partir à la Coupe du monde 1987 - Pascal Ondarts est au premier rang, 3e en partant de la droiteAFP

L’ex pilier international coupe une nouvelle fois l’anecdote et conclut sur cette Coupe du monde : "Bon, c’était quand même extraordinaire de jouer une Coupe du monde et une finale contre les All Blacks chez eux". Pascal Ondarts n’a finalement aucun regret d’avoir perdu face à la Nouvelle-Zélande ce 6 juin 1987. Un titre mondial n’aurait de toute façon rien changé à l’histoire d’après. "Il y a dix minutes, j’étais avec Philippe Dintrans au téléphone. Plus tôt la Garuche (Jean-Pierre Garuet, ndlr) m’a appelé, histoire de parler. L’amitié qui reste depuis trente ans est le trésor que l’on a déterré en Nouvelle-Zélande". Cette équipe de 1987 avait certes beaucoup de talents individuels, mais pour Pascal Ondarts le petit plus qui a permis l’exploit était ce lien collectif si fort né au fil de leur aventure.

"Si les Français sont copains pendant au moins une heure et demie..."

Le pilier basque ose alors la comparaison avec 2015 et ce quart de finale France - Nouvelle Zélande : "Même aujourd’hui, il y a beaucoup d’individualités, de talents. S’ils ont la même amitié que l’on avait à l’époque, l’équipe de France peut aller très loin. Par rapport aux matches que j’ai vus, je préfère jouer en quart de finale contre les All Blacks que l’Argentine. L’équipe de France doit revoir sa copie car il y a eu beaucoup de fautes de main contre l’Irlande, mais ils ont une très bonne mêlée. S’ils n’ont pas trop de casse, ils peuvent faire quelque chose. Le contenu des matches des All Blacks montre que c’est une équipe très pro. La Nouvelle-Zélande restera toujours la Nouvelle-Zélande, mais il y a quand même des joueurs un petit peu usés. Même le capitaine McCaw est un peu fatigué. Ce qui va faire la différence, c’est le collectif. Si les Français sont copains pendant au moins une heure et demie sur le match, je pense qu’ils vont gagner".

Jean Condom, Jean-Pierre Garuet, Daniel Dubroca et Pascal Ondarts

Jean Condom, Jean-Pierre Garuet, Daniel Dubroca et Pascal OndartsAFP

Et puisqu’on parle pronostics, Pascal Ondarts annonce aussi une victoire argentine face aux Irlandais… grâce à la France. "L’Irlande n’aura même pas ses leaders sur le banc. Si l’Argentine gagne face à l’Irlande, j’espère qu’ils paieront au moins une bière aux joueurs de l’équipe de France. Parce que quand même ils les ont sacrément cabossés". Si le natif de Méharin (64) pouvait regarder dans une boule de cristal, sans doute regarderait-il en 2045 si ces Bleus version 2015 sont toujours aussi proches que le sont encore aujourd’hui Pascal Ondarts et sa bande de 1987. Si tel est le cas dans trente ans, alors la France peut croire en l’exploit d’une victoire contre la Nouvelle-Zélande dans trois jours.

Contenus sponsorisés