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Berjon : "Le gant de Kerr-Barlow ? Ronan nous a dit qu’il avait raconté ça... On a beaucoup rigolé"

Berjon : "Le gant de Kerr-Barlow ? Ronan nous a dit qu’il avait raconté ça... On a beaucoup rigolé"

Le 01/06/2022 à 18:26Mis à jour Le 02/06/2022 à 11:10

CHAMPIONS CUP - Propulsé titulaire après le forfait de Tawera Kerr-Barlow, le jeune demi de mêlée rochelais Thomas Berjon (24 ans) a livré une prestation très propre samedi dernier, lors de la finale européenne remportée contre le Leinster. De son approche du match à son association avec Ihaia West, en passant par le coup de bluff de son entraîneur, l'enfant du club s'est confié à Rugbyrama.

Comment avez-vous vécu cette épopée en Champions Cup, vous, l’enfant du Stade rochelais ?

Tout s’est finalement assez vite enchaîné. Et tout s’est aussi vite arrêté, puisqu’on est déjà mercredi. Mais c’était énorme. Je pense que je ne réalise pas trop. Rien que sur le port, il y avait plus de 30 000 personnes. Je vais réaliser au fur et à mesure des jours, mais c’est "ouf" ce qu’on a fait. Surtout que c’est le premier titre pour La Rochelle ! En plus, c’est en Coupe d’Europe, à Marseille… Au stade, c’était fou. Quand on est rentré, c’était fou…

Lorsque vous étiez à l’école de rugby rochelaise, le club bataillait en Pro D2. Arrivez-vous à réaliser le chemin parcouru ?

Le club a parcouru énormément de chemin. Il y a eu beaucoup de travail depuis 7 ou 8 ans, tout est super bien structuré et dirigé. Les valeurs qu’avait le club en Pro D2 ont aussi été conservés. Je suis Rochelais et je trouve ça énorme pour cette ville. Mais là, je viens de me lever de la sieste, donc je ne réalise pas trop. (rires)

"J’avais moins de pression que pour un match de Top 14 "

L’équipe est montée en puissance au cours des dernières années. Or, elle n’était jamais parvenue à remporter de trophée majeur. Ce titre est-il libérateur ?

Il va faire du bien. On sentait que ça allait arriver, qu’on en était proche à chaque fois. Là, on gagne enfin quelque chose. Ça récompense le travail du staff, de l’école de rugby, de tous ceux qui bossent au sein du club. Cette Coupe appartient à tout le monde. Même pour Vincent (Merling), qui a tout connu avec le Stade rochelais, c’est quelque chose d’énorme.

Vous sentiez que votre heure allait venir…

Franchement, oui. Ça fait plusieurs années que l’on travaille pour ça. Ronan (O'Gara) dit souvent : "Frappe sur la porte, et elle va finir par tomber." Finalement, ce fut un peu le cas. Il y a cette demie de Top 14 en 2017, une finale de Challenge Cup en 2019, une autre demie en 2019 contre Toulouse, puis on fait deux finales l’année dernière… On sentait que ça allait arriver, on faisait tout pour que ça arrive. C’était beaucoup de travail, car après deux finales perdues, revenir au mois d’août (2021) pour se remettre à l’entraînement, c’était assez compliqué mentalement. On ne s’attendait pas à ce que tout ça arrive cette année, mais le fait que ça arrive, avec en plus ce dénouement où l’on marque à la fin, c'est incroyable émotionnellement.

D’un point de vue personnel, vous avez été propulsé numéro 1 au poste de demi de mêlée en raison de la blessure de Tawera Kerr-Barlow. Comment avez-vous appréhendé cela ?

Je n’ai pas trop eu le temps d’y penser, puisque la semaine a été très courte. Ronan nous a également très bien préparés, donc on n’a pas forcément ressenti de pression. Après, débuter cette finale, c’était le but de tout joueur. Je n’avais pas un rôle facile cette saison, car je n’avais pas énormément de temps de jeu, mais mon but était d’être prêt lorsque l’opportunité se présenterait. Et elle s’est présentée pour le plus gros match de la saison ! (sourire) Donc je suis très fier d’y avoir participé avec le Stade rochelais, et d’avoir gagné un premier titre. D’autant que j’ai fait toute ma formation à La Rochelle… Donc j’espère que ça donne envie aux jeunes de grandir avec ce formidable club.

Il s’agissait de votre premier match de phase finale en tant que titulaire. Avez-vous ressenti de la pression durant la semaine avant la rencontre ?

Je pense qu’on a été assez bien protégés. J’avais moins de pression que pour un match de Top 14 ou un match de poule, par exemple. Là, je n’en ai pas beaucoup ressenti. Je m’étais simplement dit : "Vide-toi à 100%, et vois ce qu’il se passe". L’important était vraiment de ne pas avoir de regrets.

Vous n’étiez pas tout en haut dans la hiérarchie. L’opportunité de disputer une finale de Coupe d’Europe en tant que titulaire peut-elle constituer un petit tournant dans votre jeune carrière ?

Peut-être, mais ce n’est pas forcément un truc auquel je pense. Si ça doit être un tournant, ça le sera et tant mieux. Mais cela reste du bonus. Là, on se concentre sur le Top 14. Et les objectifs restent des objectifs collectifs, rien de plus.

"Le gant de Kerr-Barlow ? Ronan (O’Gara) nous avait dit qu’il avait raconté ça, mais qu’il ne fallait pas que je m’inquiète, car j’allais bien jouer la finale."

Quelles ont été vos interactions avec Tawera Kerr-Barlow au cours de la semaine ayant précédé le match ?

Il a été très présent et nous a beaucoup aidés sur l’aspect stratégique. Nous avons aussi pas mal échangés après les entraînements, ce qui ne pouvait qu’être bénéfique pour moi.

Y a-t-il un conseil qui vous a servi lors de cette finale ?

"Pas de regrets." Il m’a dit de jouer mon jeu, que je méritais d’être là et qu’il n’y avait pas de raison que ça se passe mal.

Face au Leinster, le Stade rochelais a remporté la première Champions Cup de son histoire.

Face au Leinster, le Stade rochelais a remporté la première Champions Cup de son histoire.Icon Sport

(Il se marre) C’était une rumeur, juste une rumeur !

Justement, est-ce cela a pu vous décharger d’une forme de pression, en vous éloignant des projecteurs ?

Disons qu’on ne parlait que de ça, donc oui… Mais honnêtement, on en a quand même beaucoup rigolé entre nous. (rires) Je ne sais pas comment vous (les médias) faites pour relayer des informations de ce type ! On s’est dit : "Ce n’est pas possible de croire un truc comme ça !" En fait, je crois que ça a aussi un peu détendu l’atmosphère. On a beaucoup parlé de ce gant, et on en parle encore ! Oui, c’était une histoire assez drôle. (sourire)

Vous nous le confirmez, il n’a jamais été question que Tawera Kerr-Barlow revienne pour la finale…

Non, parce qu’on a eu la composition lundi, et je savais que je jouais. Ronan (O’Gara) nous avait dit qu’il avait raconté ça, mais qu’il ne fallait pas que je m’inquiète, car j’allais bien jouer la finale ! (rires)

C’était donc un petit coup de bluff de sa part.

Oui, un joli coup de bluff ! (sourire) Après, ça a pris beaucoup de place dans les médias, mais je ne pense pas que ça ait tant perturbé le Leinster que ça.

Même si personnellement, ça vous a sûrement enlevé un petit poids…

Oui, et on a bien rigolé.

"Souvent, quand on ne sait pas quoi faire, on donne le ballon à Ihaia (West), et il nous fait quelque chose"

Avec votre jeune partenaire Matthias Haddad, vous avez vécu la même situation, puisque lui a, comme vous, remplacé un All Black (Victor Vito). Sa présence vous-a-t-elle aidé ?

Avec Matthias, on a un peu la même histoire, et on s’entend très bien. Nous étions très soudés sur le terrain. Ça m’a fait plaisir que ça arrive à un mec comme ça. C’est un gars super, et ses performances sur le terrain sont énormes. J’espère que ça va être un tournant dans sa carrière et que des portes vont s’ouvrir pour lui.

À la charnière, vous étiez associé à Ihaia West. On a souvent pointé son irrégularité au pied lors des matchs couperets. Comment avez-vous vécu la partie à ses côtés ?

Avec Ihaia, ça s’est toujours très bien passé. Et ce à chaque match. Il est super dans le jeu : souvent, quand on ne sait pas quoi faire, on lui donne le ballon et il nous fait quelque chose. Je n’étais pas inquiet, je savais qu’il allait être bon face aux perches. Puis dans le jeu, je savais que je pouvais compter sur lui à tout moment et que, comme depuis le début de ma carrière avec les professionnels, il serait là pour moi. Je suis très content d’avoir joué cette finale à ses côtés.

Propulsé titulaire, le demi de mêlée Thomas Berjon (La Rochelle) a très bien tenu son rang en finale européenne.

Propulsé titulaire, le demi de mêlée Thomas Berjon (La Rochelle) a très bien tenu son rang en finale européenne.Midi Olympique

En tant que numéro 9, vous étiez au cœur de la stratégie rochelaise samedi. Quelles failles aviez-vous identifié chez cette formation du Leinster, qui avait terrassé Toulouse en demi-finale ?

On s’était dit qu’il fallait être supérieurs à eux dans l’agressivité et que, si on était encore dans le match à la 60e, étant donné qu’on avait tendance à mieux finir nos rencontres qu’eux, ça pourrait nous sourire. Avant la finale, on avait aussi comparé nos statistiques aux leurs, et on s’était rendu compte qu’on était sur un même pied d’égalité. Je pense que ça a fait du bien à tout le monde de voir ça.

À l’image de votre équipe, vous vous êtes aussi présenté sans complexe…

J’ai fait ce que je savais faire : coller au ballon, mettre un maximum de vitesse et être propre sur mes jeux au pied. J’ai préféré me concentrer sur moi et sur des choses simples. Pour le reste, je savais que ça allait bien se passer.

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