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Gaillard : "La rencontre entre Llanelli et Toulon ne présentait aucun risque"

Gaillard : "La rencontre entre Llanelli et Toulon ne présentait aucun risque"

Le 20/12/2020 à 19:35Mis à jour Le 20/12/2020 à 21:07

CHAMPIONS CUP - Vincent Gaillard (directeur général de l'EPCR) est revenu pour Rugbyrama sur les événements de vendredi qui ont entraîné l'annulation de la rencontre Scarlets-Toulon. Dans l'incompréhension face à la réaction des dirigeants toulonnais, alors que la rencontre avait été "déclarée saine", Vincent Gaillard espère que tout va rentrer rapidement dans l'ordre.

Racontez-nous ce qui a, selon vous, entraîné l'annulation de la rencontre entre Toulon et les Scarlets vendredi ?

Je vais remonter au milieu de semaine : comme avant chaque week-end de compétition, l'EPCR a reçu les résultats des tests Covid et du traçage de chaque équipe en lice. Une fois reçus, nous avons traité chaque rencontre où il y avait au moins un joueur déclaré positif. Une commission médicale s'est alors réunie.

De qui est-elle composée ?

De l'EPCR, de médecins indépendants et des différentes ligues, dont la LNR évidemment. Les rencontres sont alors étudiées individuellement, et au regard de chaque situation une décision est prise. Un match ne peut pas aller de l'avant ? Il est annulé. Celui-là est ok ? Il se joue.

Et donc, concernant la rencontre Llanelli-Toulon ?

Il y avait un seul et unique cas positif parmi les joueurs Gallois. Ce dernier a été identifié, tracé et exclu de la feuille de match dès le milieu de semaine. Après délibération, nous avons donc convenu à l'unanimité que la rencontre entre Llanelli et Toulon ne présentait pas de risque, et pouvait se tenir.

Contrairement à d'autres rencontres, et notamment celle de Bath, que Llanelli avait affronté le week-end précédent...

Sauf que la première erreur vient de là : je sais que ça peut être tentant, mais il ne faut jamais comparer deux situations. Ce n'est pas parce que Glasgow et Bath ont été déclarés forfaits, que Llanelli allait l'être à son tour. Chaque cas est traité indépendamment. On n'a pas de chiffre précis qui annule ou non un match, car on considère que ce n'est pas la bonne manière de fonctionner. Il est préférable d'analyser chaque situation. En l'occurrence, la rencontre entre Llanelli et Toulon ne présentait aucun risque.

Continuez...

Vous croyez sincèrement que des médecins de la ligue, d'un club, d'une fédération ou des médecins indépendants auraient un intérêt quelconque à prendre le risque d'une contamination en faisant jouer des joueurs malades ? Il était clair que la rencontre était « clean ». L'idée d'une éventuelle triche de la part de l'EPCR n'est pas crédible. Après délibération, le match est irréprochable et doit donc se tenir le vendredi.

Pourtant, la situation s'enraille...

Malgré cela, je reçois des coups de téléphone le jeudi et le vendredi, au cours desquels on me dit que certains joueurs toulonnais sont inquiets, qu'on est à l'approche des fêtes de Noël...

Sergio Parisse face à Brive avec Toulon

Sergio Parisse face à Brive avec ToulonIcon Sport

Quelle est alors votre réponse ?

Elle est très simple : au regard d'une situation qui a été analysée par une commission indépendante, le match est sûr et va se jouer. On n'a aucune raison d'aller contre l'avis médical. Par ailleurs, la LNR nous confirme bien que dans un cas similaire, en Top14, le match se serait joué.

Ce qui ne suffit pas à rassurer Toulon ?

Certains joueurs affirment ne pas être à l'aise. Un ? Deux ? Tous ? Je n'en sais rien, mais ils expriment leur crainte. Sachant que le match doit se jouer, on décide de faire un pas en avant : on propose à Toulon de déplacer le match à dimanche, pour permettre aux Scarlets de se faire re-tester en urgence. Tout cela afin de rassurer les Toulonnais, mais également pour que le RCT puisse remplacer les joueurs les plus inquiets sur le feuille de match.

Si le groupe craignait une contamination, Toulon n'allait pas envoyer d'autres joueurs au "casse-pipe"...

Absolument, et c'est là que les nouveaux tests des Scarlets devaient rassurer les Toulonnais et leur prouver que le match était sain.

Vidéo - Mourad de Toulon : "Guirado a une grande carrière d'entraîneur devant lui..."

04:48

Les Scarlets auraient-ils accepté de se faire tester à nouveau ?

Ils étaient en règle et n'étaient pas obligés de le faire, mais ils en avaient accepté le principe pour que la situation avance. D'ailleurs, si ces nouveaux tests avaient déclaré de nombreux cas chez les Scarlets, nous aurions réévalué la situation. Mais nous n'avons pas eu l'occasion de le faire puisque Toulon a pris l'avion dès le vendredi soir. Alors, nous nous sommes retrouvés bloqués... Quelles solutions avions-nous ? On savait que le match était propre, on essayait d'arranger tout le monde pour que le match se joue, quitte à repenser l'organisation du week-end. Mais on se trouvait face à un refus catégorique...

Était-ce le cas depuis le début des négociations ?

Pas du tout. Au tout début des discussions avec Bernard Lemaitre, nous cherchions un terrain d'entente. Je lui avais alors présenté ma version des faits, et ma proposition de jouer le dimanche semblait lui paraître crédible. Il m'a alors dit qu'il allait en parler à ses joueurs et revenir vers moi. J'avais alors bon espoir.

Et puis ?

Finalement, il me rappelle une heure plus tard pour me dire que ça ne va pas le faire, qu'avec les jours de congés, l'inquiétude et la situation globale, Toulon ne pourra pas accepter ma proposition. Que voulez-vous que je fasse face à un club qui est déterminé à ne pas trouver de solution ?

Pourquoi ne pas avoir décaler à une date ultérieure ?

Parce que c'est impossible ! Nous sommes donc sans la moindre solution, à quelques heures du coup d'envoi initialement prévu. Et je suis alors certain à 100% que les Scarlets sont « cleans »...

En plus de Bernard Lemaitre, échangiez-vous avec les joueurs toulonnais ?

J'ai eu Patrice Collazo au téléphone deux heures avant que les Toulonnais ne prennent leur avion.

Top 14 - Patrice Collazo (Toulon)

Top 14 - Patrice Collazo (Toulon)Rugbyrama

Et quelle a été la teneur des discussions avec Patrice Collazo ?

Il était extrêmement fermé à l'idée d'accepter nos propositions. Je lui ai demandé d'au moins rester sur place, d'échanger avec les autorités galloises afin qu'elles expliquent par A+B aux joueurs que la situation était saine, que le joueur avait été isolé... Mais c'était niet. Ce n'était pas comme si j'avais eu l'opportunité de lui expliquer ma vision des faits, il ne voulait rien entendre.

Est-ce à ce moment que vous comprenez que le match ne devrait pas se jouer ?

Jusqu'alors, je croyais en un compromis. Là, je vois que tout évolue trop vite, qu'on se dirige vers un imbroglio. Au début, quelques joueurs étaient inquiets. Puis tout le groupe, puis le staff... J'ai bien essayé de rassurer tout le monde, de leur montrer qu'on n'avait absolument aucune raison de nuire à Toulon, mais le débat n'était plus possible...

Pensez-vous que quelque chose s'est passé au sein du groupe toulonnais ?

Je ne sais pas, mais le discours de Bernard Lemaître était radicalement différent entre nos premiers échanges et son refus qui a fait suite à la discussion avec son groupe. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, ce qu'ils se sont dit : de quelques joueurs inquiets, nous sommes passés à l'ensemble du groupe qui refusait de jouer.

Bernard Lemaitre

Bernard Lemaitre Icon Sport

Ce que vous ne pouvez accepter...

Ce n'est basé sur rien : « on n'a pas envie, c'est Noël, on ne veut pas infecter nos familles ». Sauf que, factuellement, la rencontre est propre... Ce qui me frustre, c'est que les premiers échanges étaient constructifs, polis et on allait de l'avant. Mais une fois que le président a consulté son équipe, quelque chose s'est passé... Nous tournions en rond : le match est déclaré sain, on sait qu'il n'y a pas de problème, que les médecins sont neutres, indépendants, pas Anglais, pas Suisse ou qu'importe. Mais Toulon refuse de jouer. Je suis tombé face à un mur, je n'avais plus de proposition sous le coude.

Êtes-vous en colère ?

Je comprends que les joueurs réagissent de la sorte : ce n'est pas à eux d'avoir une vision sur la situation sanitaire. Mais que le management du club réagisse ainsi, c'est inacceptable. Tous les clubs connaissaient le règlement depuis le début de la compétition. Ils ont des responsabilités, des contrats de participation à la compétition... Je n'ai jamais eu de doute sur l'envie des Toulonnais de jouer, mais pourquoi ne nous ont-ils pas accordé leur confiance ? C'est absurde. Pourquoi aurions-nous voulu les piéger ?

Pensez-vous donc que c'est un coup de poker du RCT, qui voulait se montrer irréprochable, jusqu'à ce que les Scarlets soient déclarés forfaits ?

Je ne me suis pas posé la question mais ce serait insensé. Donc je ne crois pas : c'était évident que nous n'allions pas faire volte-face, annuler le match et donner cinq points à Toulon alors que le match était propre. Je ne sais pas ce qui a pu se passer à Toulon, mais je sais pertinemment que de notre côté tout a été fait de manière irréprochable, en suivant les protocoles.

Dans un premier temps, le match a été "reporté" avant d'être "annulé" le samedi. Entre temps, espériez-vous que Toulon accepte de jouer la rencontre ?

Oui, nous espérions que le RCT finirait par revenir sur sa position. On a envoyé le communiqué initial le vendredi en fin d'après-midi. On savait qu'on ne jouerait pas à l'heure prévue, mais on espérait que Toulon ne partirait pas et finirait par accepter de jouer dimanche... Mais samedi, Toulon nous a confirmé que ce ne serait pas le cas.

Juan Martin Fernandez Lobbe et Chris Masoe en action sous le maillot du RCT

Juan Martin Fernandez Lobbe et Chris Masoe en action sous le maillot du RCTIcon Sport

On aimerait également échanger sur le cas du Stade français, qui a également décidé de ne pas affronter Cardiff...

Les discussions ont été bien plus constructives. Il y a eu des échanges avec les dirigeants et notamment Thomas Lombard. Ils ont défendu leurs idées, tout en écoutant nos propos et nous nous sommes rendus à l'évidence ensemble : le match ne pouvait se jouer, sur la base d'informations arrivées très tard, qui annonçaient un cluster à Trévise que le Stade français avait affronté huit jours plus tôt. Paris a donc perdu, l'a accepté car c'était la bonne décision à prendre et ça s'arrêtera là. Il n'y aura pas de procédure disciplinaire car tout s'est déroulé selon les protocoles.

Insinuez-vous que ça pourrait être le cas de Toulon ?

Quand je vois que Bernard Lemaître parle dans la presse d'affaires légales, de différends entre l'EPCR, Mourad Boudjellal et moi-même, c'est du grand n'importe quoi. Mais qu'est-ce que ça voudrait dire ? Que Vincent Gaillard n'aime pas le RCT, qu'il aurait manipulé des tests Covid et des médecins ? Il faut arrêter les conneries. On a affaire à un club trois fois champion d'Europe, avec lequel il n'y a jamais eu de problème au niveau opérationnel. Bien sûr qu'il y a eu des différends par le passé, mais là nous étions sur le cas d'un match précis. Vous croyez vraiment que je souhaitais me venger de quoi que ce soit ? C'est absurde. Mais c'est la pirouette facile.

Craignez-vous que la décision prise par Toulon lance un mouvement général, que certaines équipes décident de ne pas jouer le match en s'affranchissant du règlement initial ?

Je n'ai aucun doute que tout le monde va respecter la compétition. D'ailleurs, aucun club n'a intérêt à le faire : ce serait se tirer une balle dans le pied, puisque ça impliquerait des pertes financières pour tous.

Que va-t-il désormais se passer vis-à-vis du RCT ?

J'espère que tout cela est déjà du passé. Il y a bien d'autres matchs, je n'ai aucune envie de maintenir le faux conflit qui existe avec le RCT, club que nous respectons énormément. Je ne veux pas que ça continue. Nous avons pris une décision, les dirigeants toulonnais feront ce qu'ils considèrent justes. S'ils nous mènent en justice ? Qu'ils le fassent s'ils considèrent que c'est la bonne décision, mais je pense qu'ils se casseraient méchamment les dents. On verra bien, mais j'espère qu'ils auront la sagesse de ne rien faire.

Pensez-vous à sanctionner le RCT par une amende, voire une suspension de la compétition ?

Ce n'est pas à l'ordre du jour. On se posera la question par rapport à ce qui a pu être dit, ce qui a pu être fait et ce qui pourrait l'être dans les jours à venir. Mais aucune décision n'est prise pour l'instant. Je ne veux pas entretenir le faux conflit entre l'EPCR et le RCT. Aujourd'hui, j'aimerais que tout le monde aille de l'avant. J'ai été très déçu par rapport au comportement de Toulon face à cette situation, mais je n'ai aucune animosité. Nous sommes tous professionnels, passons à autre chose.

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