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Finale Champions Cup - Racing92-Saracens : Qui êtes-vous, Monsieur Nigel Owens ?

Qui êtes-vous, Monsieur Nigel Owens ?

Le 13/05/2016 à 17:10Mis à jour Le 14/05/2016 à 12:44

PORTRAIT - Comme la saison dernière, c'est Nigel Owens (44 ans) qui officiera samedi lors de la finale de la Champion Cup. Le Gallois est devenu incontournable ces dernières années dans le paysage rugbystique mondial. Portrait de l'arbitre le plus célèbre de la planète rugby.

Philippe Saint-André, qui a croisé Nigel Owens à plusieurs reprises durant son mandat de sélectionneur du XV de France (entre 2012 et 2015), n'exagère pas vraiment lorsqu'il dit de lui qu'il est "le seul arbitre dans le concert international qui est plus médiatique que les joueurs". Dans un monde du rugby très policé où il ne fait pas bon de tirer la couverture sur soi, le Gallois détonne.

On peut même parler d'ovni. Quel autre arbitre a déjà écrit son autobiographie (Half Time, en 2008) ? Y a t-il d'autres exemples, tous sports confondus, d'un homme cumulant à la fois la casquette d'arbitre professionnel et de présentateur de show télé (en Gallois) ? Nigel Owens possède 195 000 abonnés sur compte Twitter, soit autant que Clermont et le Racing réunis !

Samedi, lors du petit-déjeuner, les finalistes de la Champions Cup pourraient très bien déguster leur thé dans un des nombreux mugs à son effigie. Owens est une star, tout simplement. Et impossible de lui échapper. En 2015, le natif de Cross Hands, petit village au nord de Llanelli, a enfilé la triple couronne : finale de Ligue Celte, finale de Champions Cup et finale de Coupe du monde.

Nigel Owens

Nigel OwensAFP

  • Le roi de la punchline

Si les instances du rugby lui font à ce point confiance, c'est aussi parce qu'il est gage de spectacle. Son autorité est légendaire. Lors d'une bagarre générale entre les Scarlets et le Leinster en 2011, il avait demandé aux trente joueurs de se réunir en cercle pour leur faire la leçon. Son plus célèbre sermon fut donné lors d'un match de Ligue Celte en 2012, où il reprit de volée le demi de mêlée de Trévise Tobias Botes : "Je ne crois pas que nous nous soyons déjà rencontrés auparavant. Mais l'arbitre sur le terrain, c'est moi, pas vous ! Vous faites votre boulot et vous allez me laisser faire le mien. Si je vous entends encore contester quoi que ce soit, je vous pénaliserais. On n'est pas au foot !".

Plus récemment, c'est l'arrière écossais Stuart Hogg qui reçu un coup de baguette sur les doigts, lors de la dernière Coupe du monde, devant les caméras du monde entier : "Si vous voulez plonger, revenez dans deux semaines (encore une référence au football, dans le stade de Newcastle, ndlr) mais pas aujourd'hui. Je vous ai à l’œil".

"Il a tendance à communiquer beaucoup", explique Saint-André. "Si le joueur respecte ses commandements, ça va. En revanche, s'il va à la limite de sa patience, il peut vraiment se le mettre à dos. Il faut savoir jouer avec lui, surtout dans les zones plaqueur/plaqué où c'est quelqu'un qui tolère pas mal de choses. Mais dès qu'il parle, on doit tout de suite être attentif à ses annonces et respecter ce qu'il dit. Il faut être à sa baguette". Une présence forte qui tire ses origines d'un passé torturé où il frôla la mort.

" J'ai même demandé à un docteur s'il était possible de me castrer chimiquement"
  • Sa "différence", il en a fait sa force

En 2007, après des années de souffrances à cacher la vérité aux autres et à lui-même, Nigel Owens s'est libéré du poids du silence en révélant son homosexualité. Sa vie d'avant, c'est lui qui en parle le mieux et l'homme à poigne devient de suite beaucoup plus humain : "À 19 ans, j'ai réalisé que j'étais différent", racontait-il encore en début de mois à la télévision irlandaise. "On m'avait élevé en me disant qu'il fallait se marier et avoir des enfants, que le monde marchait comme cela et je ne voulais pas d'une autre vie alors je ne souhaitais pas être différent. J'ai eu peur de ce que ma famille et les gens autour de moi allaient penser. Je suis devenu boulimique et accro aux stéroïdes. J'ai même demandé à un docteur s'il était possible de me castrer chimiquement..."

"J'étais tellement triste et déprimé, je comprenais que je devrai vivre avec ça toute ma vie et je ne voyais qu'une issue. Un jour, je suis sorti de la maison de mes parents avec des médicaments et du whisky en me disant que je ne pouvais pas continuer à vivre de cette façon. Par chance, un hélicoptère est passé au-dessus de moi et on m'a vu inconscient. Après quelques jours en soins intensifs, on m'a révélé que si on m'avait trouvé vingt minutes plus tard, je n'aurais plus été de ce monde. Je suis fils unique et, à l'hôpital, ma mère m'a dit : 'Si tu dois refaire un truc de ce genre, emporte nous aussi, ton père et moi, car nous ne voulons pas vivre notre vie sans toi'. J'avais 26 ans et je me suis dit à ce moment-là : 'Tu dois grandir et t'accepter'".

Nigel Owens

Nigel OwensIcon Sport

  • Amoureux du rugby

En paix avec lui-même depuis, il sait en sourire, comme lors d'un match entre les Harlequins et Castres. Après un lancer en touche particulièrement raté, il avait alors joué avec le double sens du mot anglais "straighter", qui signifie à la fois droit et hétérosexuel, et glissé "I'm straighter than that one" (comprenez "je suis plus droit/hétéro que ce lancer").

Son credo, sur le rectangle vert : favoriser le jeu. "Il va mettre en avant l'attaque et l'équipe qui a la possession du ballon, qui joue et qui avance", appuie Philippe Saint-André. "S'il voit que tu nettoies et que tu es positif dans ton attitude, pour permettre au ballon de continuer à vivre, il ne sera pas tatillon si tu perds un peu tes appuis. Défensivement, il faut bien être le premier pour contester le ballon car il laisse le temps au soutien d'arriver. Il aime le jeu, le spectacle et n'est pas fan du duo touche-mêlée. Si tu rentres sur le terrain pour tout détruire et pas pour construire, tu as intérêt d'être très fort si tu veux gagner".

Un vrai chantre du beau rugby, en somme. Ce sport qui lui a permis de devenir qui il est aujourd'hui et pour lequel il clame volontiers son attachement : "S'il y a bien une chose qui manque à notre société, c'est le respect. Le rugby, plus que n'importe quel autre sport, transmet des valeurs de respect. Il vous permet d'être qui vous êtes. Pour moi, le rugby n'est pas seulement le plus beau sport d'équipe sur le terrain, mais il l'est aussi en dehors". Son souvenir le plus marquant de la dernière Coupe du monde : quand l'Australien David Pokock, finaliste malheureux, est venu le féliciter pour son match alors qu'il venait de perdre le trophée.

Nigel Owens

Nigel OwensIcon Sport

  • Une histoire tumultueuse avec la France

Dans le monde du rugby, Nigel Owens a ses partisans mais également quelques détracteurs. Dans l'Hexagone, il ne fait pas toujours l'unanimité auprès des supporters. Échaudé par quelques décisions contraires, le président toulonnais Mourad Boudjellal n'est pas son premier fan. Au Mondial anglais, Owens ne s'était pas fait que des amis non plus parmi les supporters du XV de France, lui qui avait omis de sanctionner un coup de poing flagrant de Sean O'Brien sur Pascal Papé lors de France-Irlande.

Quant au Racing, son passé récent est chargé en malentendus avec la star du sifflet. La saison dernière, la pénalité qu'il accorde aux Saracens à la dernière seconde l'avait éliminé en quart de finale de la coupe d'Europe. Amer, le coentraîneur francilien Laurent Labit avait alors déclaré au sujet du Gallois : "On savait qu'il aimait être partie prenante des matches". Cette année, il a également maintenu Leicester, dépassé par les Ciel et Blanc, en vie en refusant notamment un essai valable à Juan Imhoff.

Samedi, le Racing croisera de nouveau la route de Nigel Owens, l'arbitre star qui ne laisse jamais personne indifférent.

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