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Un jour, une histoire : le premier âge d'or du CO

Un jour, une histoire : le premier âge d'or du CO
Par Jérôme Prevot via Midi Olympique

Le 23/03/2020 à 18:28Mis à jour Le 23/03/2020 à 18:37

CHAMPIONNAT DE FRANCE - Entre 1948 et 1950, le CO connut son premier âge d'or. Il remporta une coupe de France et deux boucliers de Brennus, retour sur une impressionnante épopée.

À Castres, il y a eu une vie avant la période Fabre. L’arrivée des laboratoires pharmaceutiques ne date que de 1989. Auparavant, le CO avait connu sa première période dorée, dans l’après-guerre quand l’équipe empocha trois titres majeurs en trois ans : Coupe de France 1948, et championnats 1949 et 1950. On appelait les Tarnais les « Petits-Gris » (leur ancienne couleur) alors qu’ils jouaient déjà en bleu. À l’époque, Castres était une cité industrieuse, dominée par le textile. Et le CO avait déjà un mécène, Pierre Maffre, patron d’une grosse filature, dont les moyens financiers étaient relayés par le charisme d’un président hors-norme : Roger Gabarrou. Ah, Roger Gabarrou, avoué de profession... il fut le Pierre-Yves Revol de son époque. Il présida le club de 1942 à 1958 puis de 1960 à 1964 (son fils fut ensuite maire de Castres).

Il allait encore au stade dans les années 90. Relire ses déclarations donne un aperçu de la culture littéraire qui dominait à l’époque. « Il n’est pas de meilleurs compliments que ceux qui sont adressés dans l’infortune par le malheureux adversaire d’un jour. » L’homme a vécu assez longtemps pour connaître le deuxième âge d’or de son club chéri. Il aura vu le CO champion en 1993 et finaliste en 1995 avant de quitter ce monde en 2003. « D’autres viendront demain apporter amoureusement des pierres nouvelles à l’édifice dont la réalisation, toujours poursuivie, comporte un acte de foi pour le passé mais aussi d’espérance pour le devenir. » Ainsi parlaient les dirigeants de l’époque, gabardines et costumes croisées. Attention, l’éloignement du temps ne doit pas conduire à la condescendance, Roger Gabarrou dirigeait un club déjà très dynamique. Le CO de la Quatrième République était très actif sur le marché des transferts (on parlait alors de mutations). Son effectif était composé de talents repérés à Agen, à Lourdes ou à Toulouse, dont le fameux troisième ligne Jean Matheu (24 sélections) aux cheveux blonds et ondulés.

Finale sous le déluge

Le club proposait une vie de coq en pâte à des recrues qui avaient connu les privatisations de la guerre et des tickets de rationnement jusqu’en 49. Gabarrou et les entraîneurs Antonin Barbazanges et Jean-Baptiste Bédère avaient su créer une phalange efficace, même si elle ne s’entraînait qu’une à deux fois par semaine. Elle avait son gentleman, (Matheu), sa terreur, le pilier Jacques Larzabal, et son ailier puncheur Armand Balent qui deviendra le chauffeur de bus du club. Ce chasseur d’essai était parfois la cible des spadassins adverses, « Le premier qui le touche, je le fous à l’hôpital, » avait déclaré Larzabal aux Agenais qui semblaient le viser. Elle avait aussi son sprinteur, Maurice Siman, 90 ans, le seul survivant de l’épopée : « Oui, j’avais été international d’athlétisme. Nous n’avions pas beaucoup de séances collectives. Mais tous les deux jours, j’allais courir tout seul sept ou huit kilomètres. » L’apogée de ce premier grand CO, ce fut évidemment le doublé 1949-1950, presque un triplé. Car la finale 1949 contre le Mont-de-Marsan du terrible talonneur Pascalin fut l’une des deux seules à être rejouée. Les 110 premières minutes (après prolongation) s’étaient soldées par un match nul 3 à 3 après un mélange de rugby et de water-polo. Il pleuvait des cordes ce jour-là sur Toulouse, à tel point que pour se protéger des spectateurs avaient pris les panneaux de bois qui protégeaient la piste en cendrée. Résultat : « la piste ressemblait à un canal un jour de pêche, » selon le mot de Georges Pastres. Les deux équipes ont joué ce jour-là… 68 mêlées et... 99 touches.

Prisonniers d’une infâme bouillasse, elles avaient réussi à marquer chacune un essai... à zéro passe évidemment. Dès la première minute, le demi de mêlée Darrieusecq cafouillait sur sa ligne et Balent plongeait pour aplatir. À la 24e, Mont-de-Marsan égalisa grâce à un dribbling de 40 mètres conclu par Pascalin en personne (on aimerait tant voir les images de cette action vintage). La deuxième manche se déroula une semaine plus tard, sans la pluie : Castres put faire admirer son collectif bien plus complet : 14 à 3 grâce à trois essais. Seize tentacules bleus avaient étouffé le pack landais, le talent de Matheu, Balent, Coll avait fait le reste. Le verdict semblait logique aux yeux des chroniqueurs de l’époque, pour qui le Castres des années quarante ressemblait au Toulon d’aujourd’hui : une armada de talents confirmés condamnés à jouer tous les matches en favoris.

Le tragique destin de Jean-Pierre Antoine

La finale 1950 fut son apogée, peut-être parce que l’adversaire, le Racing avait une équipe très séduisante avec un ailier nommé Alain Porthault. Il était l’alter ego de Maurice Siman puisqu’il avait fait les Jeux Olympiques de Londres sur 100 mètres. « Le match fut formidable, ils ont attaqué de partout, nous avons défendu comme jamais. ». Signe des temps, le public toulousain, jaloux de la puissance du CO prit clairement parti pour le Racing. Castres fut poussé dans ces retranchements, souffrit mille morts en touche, mais releva le défi du jeu ouvert. Matheu, Espanol et Balent signèrent trois essais face à un doublé de Porthault. Maurice Siman fit la différence par un sauvetage in extremis sur Fernand Cazenave. « Le retour fut incroyable, je tenais la Brasserie de l’Europe. Tout le monde était venu toucher le bouclier et s’agenouiller devant lui. » Le CO rêva d’un nouveau bouclier en 1956 (demi-finale) mais mit 43 ans avant de toucher à nouveau le Brennus. La plupart des héros des années quarante étaient encore là mais pas le buteur. C’était un deuxième ligne de devoir au nom valise : Jean Pierre-Antoine. Boucher de formation, ancien champion cycliste de niveau régional. Il fut le dernier des champions à porter le maillot. À la différence de Larzabal, il était d’une correction exemplaire En septembre 1956, après un match à Montréjeau, il s‘affala brusquement pour ne pas se relever. Il avait 35 ans et le théâtre des exploits du CO porte son nom, on l’espère pour longtemps encore.

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