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Saint-André : '' Ces trois derniers mois sont incroyables ''

Saint-André : '' Ces trois derniers mois sont incroyables ''
Par Jeremy Fadat via Midi Olympique

Le 22/05/2021 à 09:05Mis à jour Le 22/05/2021 à 09:14

Le directeur sportif de Montpellier Philippe Saint-André, qui s'est rapproché du terrain en janvier au moment où le MHR était en grande difficulté, revient sur la victoire en finale de Challenge Cup ce vendredi contre Leicester. Un titre qui gardera une place à part dans sa carrière...

La défense fut-elle la base de ce succès ?
Non, car on marque deux essais et Leicester un seul. La base, ce fut l’état d’esprit. On était au plus mal au mois de janvier, c’est plus ou moins à ce moment-là que je suis arrivé. Quand j'ai repris, on a perdu cinq matchs d’affilée, mais à chaque fois dans le money time. Bien sûr, maintenant, on est bien en place défensivement et les gars mettent le corps sur la ligne, contestent très bien. Mais c’est aussi notre maîtrise qui nous fait gagner. On a été pragmatiques. Dès qu’on a eu des ballons, on a été très dangereux. J'ai envie de dire que ce groupe apprend.

Comment ça ?
Il apprend très rapidement parce qu'on a perdu ces cinq matchs dans le money time en janvier. Sur cette finale, dans les cinq dernières minutes, on a été sereins, on n’a pas paniqué, on a été patients et on a fait tout pour gagner le deuxième titre de l’histoire du club. Je suis très fier de mes joueurs bien sûr, de mon staff aussi parce qu’il a été exceptionnel. On avait cinq ou six mecs avec des gros points d’interrogations et le corps médical a énormément travaillé. Jean-Baptiste Elissalde et Olivier Azam font aussi un superbe travail. Je suis fier pour ce club, l’institution, les supporters et les partenaires qui n'ont hélas pas pu venir. Aussi pour notre président Mohed Altrad qui… (Il reprend) Il a été avec nous, il a fait toutes les réunions au mois de janvier quand on a souffert. Il a souffert avec nous mais il a eu la patience et, aujourd'hui, on a une coupe à côté de nous.

Durant ce fameux mois de janvier, aviez-vous senti les ressources dans ce groupe pour vivre une telle fin de saison ?
Je savais qu’il y avait un potentiel. Il fallait être plus précis en conquête même si, sur la finale, on a eu des problèmes avec les ballons portés. Ensuite, il fallait qu’on ait un vrai ADN qui fonctionne avec les joueurs, le staff et l’équipe. Le président m’a dit : “J’ai besoin de savoir ce que vous voulez faire.” Je me suis mis autour d’une table avec Olivier Azam et Jean-Baptiste Elissalde. Après, j’ai voulu que ce soit validé par tous les leaders. Dans la première liste des leaders, on en avait mis douze je crois. Et à partir du moment où les joueurs ont validé ce que l’on voulait faire… Cela a mis du temps parce qu’on a fait pratiquement une intersaison en cinq semaines. Mais j’ai senti une envie, une détermination, du courage. Les joueurs ont pris des coups sur la tête et, le lundi, ils revenaient avec une envie incroyable. On a changé quelques détails, évidemment. J’ai envie de dire aussi qu’on a trop souvent critiqué ce club alors que j’ai trouvé une solidarité… Quand on était au plus mal, tous les anciens joueurs nous ont envoyé des vidéos, toutes les écoles de rugby. Les gens du « back-office » pleuraient après nos défaites et on a gardé le cap. On n’a pas paniqué. C’est peut-être ma vieillesse, mon expérience de vieil entraîneur, mais je n’ai pas paniqué. Je savais que cela allait tourner. On a réalisé une série de huit victoires d’affilée et on doit être à dix victoires sur les douze derniers matchs. Chapeau aux joueurs. Il a fallu être une vraie équipe de rugby pour gagner contre une belle formation de Leicester, surtout à Twickenham.

Vous avez connu beaucoup d’expériences. Quelle place conservera ce titre dans votre parcours ?
C’est marrant ce que vous me demandez parce que, dans les vestiaires, le demi de mêlée de Leicester, (Richard) Wigglesworth,est venu me voir. Il a 37 ou 38 ans, et a gagné son premier titre ici, il y a seize ans, avec moi, aux Sale Sharks. Il était déçu mais content pour moi. Il y a seize ans, j’ai gagné un titre ici ! Donc je le savoure car, en janvier, on était au bord de l’enfer. Dans mes plus beaux rêves, quand j’ai vu le calendrier de cette Coupe d’Europe, avec deux matchs à domicile, je me suis dit qu’avec ce groupe-là, on pouvait la gagner. C’était fou, parce qu’on était pourtant dans une dynamique négative. J’en ai parlé à Olivier Azam qui m’a dit : “Philippe, je suis d’accord avec toi.” Jean-Ba Elissalde était un peu sceptique. Il m’a dit : “Oui, mais on a beaucoup de blessés dans l’effectif.”

Et alors ?
Je suis allé le lundi à notre réunion et j’ai dit à tous les joueurs : “Je pense qu’on peut la gagner, mais j’aurai besoin de tout le monde. J’aurai même besoin des mecs qui vont partir, des blessés qui reviennent rapidement. Mais ça doit venir de vous.” Je les ai laissés en leur disant de faire une réunion de dix minutes et de revenir. Cela a duré deux minutes, puis Fufu (Ouedraogo) et Guilhem (Guirado) m’ont dit : “Coach, on va la jouer à fond et, non seulement, on va se sauver mais, en plus, on va gagner cette Coupe d’Europe.” Sincèrement, dans ma carrière, ces trois derniers mois sont incroyables d’émotion et de partage. J’ai envie de dire que mes autres expériences, même celle avec l’équipe de France qui a été parfois douloureuse, m’ont beaucoup apporté dans ma façon de voir le rugby et surtout ma façon de manager les jeunes joueurs. Bon, Guilhem, ce n’est plus le jeunot du coin par exemple, mais j’en ai de 18, 19, 20 ans... Et je pense que, dans la vie, tu apprends tous les jours. Dans le rôle de manager aussi. Peut-être que je suis comme le bon vin, que plus je vieillis, moins mauvais je suis.

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