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L'antisèche : Montpellier finit en beauté

L'antisèche : Montpellier finit en beauté
Par Rugbyrama

Le 22/05/2021 à 00:26Mis à jour Le 22/05/2021 à 09:38

CHALLENGE CUP – Montpellier est champion d’Europe, qui aurait misé là-dessus en janvier dernier, alors que les Héraultais sur une macabre série de neuf revers de rang, pointaient à la 13e place du Top 14 ? Dans un match accroché, à l’image de leur saison, les Montpelliérains ont su plier sans rompre pour soulever le deuxième trophée européen de leur histoire, après 2016.

Le résumé : le réalisme montpelliérain

Dans un Twickenham qui retrouve du public (10 000 spectateurs), on entend dès la sortie des vestiaires les rugissements des fans de Leicester. Les Tigers mettent les Héraultais sous pression, ces derniers concèdent 4 pénalités en dix minutes, et George Ford ouvre le score (3-0). Ce sont pourtant les hommes de Philippe Saint-André qui inscrivent le premier essai, plein de réalisme. Anthony Bouthier joue un jeu au pied rasant dans le dos de la défense anglaise. Vincent Rattez prolonge au pied avant de surprendre l’arrière garde de Leicester en étant le plus prompt à plonger dans l’en-but (3-7). Dans la foulée, une pénalité permet à Benoit Paillaugue de faire grandir l’écart en faveur du MHR (3-10). Mais les Anglais réagissent, sur ballons-portés, leur exercice favori, et Alexandre Bécognée se voit envoyer 10 minutes ‘’au frigo’’ pour fautes répétées. Harry Wells et le pack Rouge et Vert en profitent pour égaliser avant la pause (10-10).

Le début du second acte est cauchemardesque pour les coéquipiers du capitaine Guilhem Guirado, qui prend un carton jaune à son tour...sanctionné immédiatement par un essai en force de Jasper Wiese après...un maul (17-10).

Montpellier est dominé, la tête sous l’eau, mais parvient tout de même à inscrire trois points grâce à une légère incursion dans le camp des Tigers (17-13). Mais Leicester et ses cocottes refont reculer le MHR. C’est à l’issue d’un jeu au pied haut, que Ngandebe parvient à ‘’breaker’’ le rideau adverse. L’ailier de poche, rentré en cours de jeu pour remplacer un Arthur Vincent commotionné, remet les siens dans l’avancée en trouvant Paillaugue au relais. Dans la continuité, Serfontein Bouthier et Goosen combinent pour un essai de haute volée. Benoit Paillaugue ne transforme pas, mais le MHR vire en tête, à 20 minutes du terme (17-18). un score qu’ils ne lâcheront plus, avec une défense de fer (la 3e meilleure de Top 14) et des gratteurs inspirés comme Bismarck Du Plessis ou Alexandre Bécognée. Après deux minutes de pick and go en fin de match, le MHR triomphe.

CHALLENGE CUP - Du Plessis (Montpellier)

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Le tournant : Goosen plonge en terre promise

Montpellier souffre face aux coups de butoirs du pack de Leicester, qui asphyxie littéralement Paul Willemse et ses coéquipiers dans les vingt premières minutes du deuxième acte. Maintenus dans leur camp par la botte de George Ford et ben Youngs, les Cistes peinent à sortir la tête de l’eau. Pourtant, sur un énième jeu au pied haut, le petit Gabriel Ngandebe (1,73m) devance tout le monde pour s’imposer dans les airs et remettre les siens dans l’avancée. Il trouve Benoit Paillague, au relais, à l’entrée des 40m de Leicester. Le ballon est ralenti, Enzo Forletta et Florian Verhaeghe viennent au relais pour refaire un point de fixation,avant qu'Alex Lozowski ne sollicite ses trois-quarts.

Serfontein, boitillant sur les actions précédentes retrouvent toutes ses aptitudes pour pénétrer dans la défense anglaise avant de passer les bras pour Bouthier à hauteur. L’arrière du XV de France, joue parfaitement le coup en ralentissant et en attendant que Goosen se hisse à sa hauteur à pleine vitesse. La balle dans les mains du Sud-africain et les Tigers ne peuvent que constater les dégâts, lorsque celui-ci aplatit le deuxième essai montpelliérain. Un essai, même s’il n’est pas transformé, qui permet au MHR de repasser en tête. Johan Goosen, qui, à l’image de sa finale de Top 14 avec le Racing en 2016, réalise une grande partie et est nommé ‘’joueur du match’’ avec 8 plaquages, et 31 mètres parcourus ballon en main.

Le constat : Terreurs des mauls et charnière peu inspirée face à une défense de fer

‘’Le plan de jeu de Leicester était facile à travailler’’ déclare Jean-Baptiste Elissalde, coach des 3/4 montpelliérain au coup de sifflet final. Pourtant, ce jeu stéréotypé, s’appuyant sur un pack surpuissant et une charnière gestionnaire a mis à mal les protégés du président Mohed Altrad durant toute la rencontre. La charnière du XV de la Rose, autant encensé pour sa gestion du jeu que critiqué pour son manque d’imagination, n’a pas été au sommet de son art ce soir. D’abord associé au très expérimenté Richard Wigglesworth (37 ans), George Ford a mal utilisé son jeu au pied durant le premier acte, avec souvent trop de longueur, donc des ballons facilement rendus à un triangle arrière montpelliérain qui s’est régalé de renvoyer les Tigers dans leur camp.

Jamais en mesure de percer le rideau hermétique héraultais Nemani Nadolo et ses coéquipiers se sont heurtés à un mur montpelliérain. Ben Youngs est rentré entre temps, pourtant cette charnière, qui a évolué derrière un pack conquérant une bonne partie de la rencontre, mettant au supplice son homologue montpelliérain, n’a jamais su mettre l’équipe en vraie position d’inscrire un essai. Ford loupant une pénalité et un drop, dans des moments clés et privilégiant souvent la pénal’touche, en vain. Les Héraultais, impénétrables en défense avec 0 franchissement de Leicester durant la rencontres et seulement 8 défenseurs battus par les Anglais, dans le sillage d'un monumental Jacques Du Plessis auteur de 17 plaquages.

La décla : ''Lever un trophée, c'est beau et unique''

Guilhem Guirado : "Pour nous, c'est extraordinaire. Au mois de janvier on était au plus mal, avec d'autres anciens joueurs on se posait beaucoup de questions sur l'avenir du club. Mais on a eu le droit de revenir dans cette compétition européenne et on en a profité pour retravailler notre rugby et nous donner une bouffée d'air. C'est important de marquer l'histoire d'un club et d'un groupe par un titre. A un moment, tout le monde a été méchant avec nous. On a pas oublié et cela nous a donné de la force pour rebondir. Lever un trophée, c'est beau et unique."

La question : ce match n’est-il pas le résumé parfait de la saison montpelliéraine ?

Longtemps malmenés, chahutés, dans le doute dans cette partie, par moment meme, sans solutions, les Montpelliérains n’ont jamais laché et ont fait preuve d’une abnégation sans faille qui leur a aussi permis de pratiquement assurer leur maintien en Top 14, en cette fin de saison. Revenu de loin, de la 13e place du championnat, début 2021, ce groupe a su se forger un caractère et une âme, dont ont souvent manqués les équipes successives du MHR ces dernières saisons. On dit souvent que ‘’l’attaque fait gagner des matches mais la défense fait gagner des titres’’, l’adage correspond parfaitement à la rencontre du MHR, qui renoue, quatre ans après avec le Challenge européen et qui verra surtout l’année prochaine, le gotha européen en obtenant un ticket pour la prochaine édition de la Champions Cup.

La question : ce match n’est-il pas le résumé parfait de la saison montpelliéraine ?

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Oui, ils se sont battus jusqu'au bout
Non, pas du tout, c'est Leicester qui perd ce match

Par Jules POQUET

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