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Ory, parcours d'un combattant

Ory, parcours d'un combattant

Le 14/01/2020 à 09:40Mis à jour Le 14/01/2020 à 12:00

CHALLENGE CUP - Aligné lors des trois dernières rencontres du RCT, Julien Ory fait désormais partie intégrante du groupe toulonnais. Pourtant, le joueur désormais âgé de 23 ans sait qu'il ne doit sa réussite qu'à une énorme capacité de travail et à sa force mentale, lui qui a longtemps craint de voir passer le train du rugby professionnel sous son nez.

Il y a ceux qui passent par les pôles espoirs, les équipes de France jeunes et sont annoncés comme des cracks en puissance, et il y a les autres. Et Julien Ory sait qu'il n'a jamais fait partie de la première catégorie. Bien loin du parcours que connaissent certains surdoués du ballon ovale, ce varois pure souche a dû batailler trois fois plus que certains joueurs de " la génération dorée du RCT " pour se faire un place au soleil. Originaire du Brusc, à 15 kilomètres de Mayol, il démarre le rugby à La Seyne. À 15 ans il est approché par le RCT -club dont il est « complètement malade »- qu'il rejoint aussitôt.

Mais son heure ne vient pas, ce qui le contraint à " 16-17 ans " à retourner dans son club formateur, sous la forme d'un tutorat. Il joue, retrouve le plaisir, le sourire. Et fait à nouveau parler de lui, jusqu'à recevoir un coup de téléphone inespéré : " C'était Olivier Beaudon qui me demandait de revenir lors de la deuxième année Espoirs ". Une petite revanche. Les étoiles s'alignent un peu plus que lors de son premier passage. Le joueur enchaîne en Espoirs, et se distingue par son envie débordante, ses plaquages électriques et son incommensurable volonté d'aller de l'avant.

Fabrice Landreau, alors adjoint de Fabien Galthié, lui propose de venir s'entraîner avec les pros. Le graal ? Presque, car s'il côtoie pour la première fois " la une ", il ne voit jamais son nom inscrit sur les feuilles de matchs. Le joueur envisage de changer de poste. " On a évoqué un repositionnement au poste de talonneur. Fabrice m'a dit que c'était peut-être par là que passerait mon explosion, j'ai essayé. J'ai fait quelques mêlées et j'ai bien aimé être dans la cage, mais en ce qui concernait la touche et le jeu de mouvement je ne m'y retrouvais pas. Alors j'ai préféré ne pas poursuivre l'expérience. " Sauf que le temps passe, et le Top14 s'éloigne.

" Les gens ne m'avaient jamais vu jouer, ne savaient pas qui j'étais, d'où je venais et quelle était ma vie, mais ils avaient tous un avis sur moi"

Pire, le 11 janvier 2018, âgé de 21 ans et alors qui craint que son tour ne soit déjà passé, Julien Ory voit son nom être associé à celui de Bernard Laporte dans ce qui deviendra « le scandale de la BMW ». Le président de la FFR, qui connaît personnellement le jeune troisième ligne, lui prête une voiture de la Fédération. La vox populi se déchaîne sur l'ancien sélectionneur. Sauf que les messages haineux ricochent sur un jeune homme complètement désarçonné.

"Je n'ai fait aucun pôle, aucune sélection et on ne me faisait déjà aucun cadeau... Mais là ç'a vraiment été la goutte d'eau. J'ai eu l'impression que le ciel s'effondrait sur ma tête. Je lisais de partout que si j'en étais là c'était grâce à Bernard Laporte. Les gens ne m'avaient jamais vu jouer, ne savaient pas qui j'étais, d'où je venais et quelle était ma vie, mais ils avaient tous un avis sur moi. Prendre cette claque alors que je peinais déjà à faire mon trou... J'ai été balancé sur la place publique. Je devenais fou. J'étais seul contre tous. Ça a vraiment été dur ". Le jeune troisième ligne en veut alors au monde entier. " Qu'on s'en prenne à Bernard c'est une chose, il est grand et peut répondre. Mais personne à 21 ans n'est préparé à prendre le feu comme je l'ai pris... On ne s'attaquait pas au joueur Espoirs du RCT mais à ma personne. C'était horrible. J'en ai voulu aux médias. Beaucoup. Mais je l'ai transformé en énergie positive. C'est devenu un moteur. " Il fait alors de sa colère une force, pour prouver à la France entière qu'il n'est pas arrivé jusqu'ici par piston, mais grâce à sa force de caractère et à son abnégation.

" Je suis un poison, je me challenge dans la difficulté"

Travailleur émérite, Ory se recentre sur le terrain. Grand bien lui fasse : au terme de la saison 2017/2018, il intègre le centre de formation du RCT. Enfin. " Il ne me restait qu'une saison pour le faire. C'était le moment où jamais ". De quoi rêver à nouveau du monde professionnel ? C'est ce qu'il croit, avant que ses espoirs ne soient à nouveau balayés. Non-retenu avec les pros pour la pré-saison, "Ju" commence à douter. " Patrice Collazo ne me connaissait pas et n'avait pas de besoin particulier en troisième ligne, donc j'ai été écarté alors que c'était ma dernière année de contrat. Personne ne me regardait, et même si je jouais tout le temps en Espoirs je ne voyais pas la porte s'ouvrir. " C'est en tout cas ce qu'il croyait jusqu'en décembre.

Top 14 - Julien Ory (Toulon), face à Bordeaux-Bègles.

Top 14 - Julien Ory (Toulon), face à Bordeaux-Bègles.Icon Sport

"Je n'ai jamais baissé les bras. Au contraire plus c'est dur, plus je vais m'accrocher. Je suis un poison, je me challenge dans la difficulté. On m'a écarté, j'ai pris des coups sur la tête, mais j'ai continué sans cesse. Et Patrice a dû en entendre parler... De là il est venu me voir et m'a dit "vient faire une opposition à l'entraînement". À partir de là il m'a donné ma chance. "

" Je suis passé par la petite porte... J'ai même du créer ma propre porte , car personne ne croyait en moi !"

S'en suivent trois rencontres de Top14 en fin de saison, donc une à Mayol, ponctuée d'un essai. " Je me suis battu pour ça et ce jour là j'ai été payé. C'était une reconnaissance, j'étais si heureux. Mon rêve de minot devenait réalité... ". Son jeune frère et ses quatre petites sœurs sont présents pour voir " Ju " fouler la tant espérée pelouse toulonnaise. Tout comme son père, Frank, ancien Espoir du RCT, passé à une blessure aux cervicales de découvrir le Top16. " J'ai réalisé ce qu'il n'a pu accomplir en tant que joueur... Il est si heureux de me voir là aujourd'hui, après tout ce que j'ai vécu... Je suis sa fierté. " D'autant que quelques mois plus tard, en juillet, son père s'envole pour l'Amérique du Sud, dont il compte faire le tour en un an et demi. " Nous sommes proches, et ça peut paraître anecdotique, mais savoir qu'il m'a vu jouer à Mayol avant son départ, ça me fait du bien ".

Depuis ? Julien Ory est devenu un joueur à part entière du groupe pro. Sa taille et son poids (1m80 pour 98 kilos) sont même devenus sa force : " Je compense par mon envie, ma vitesse et mon explosivité. Je travaille également les grattages, car je suis bas sur les appuis. " Et revenu d'une déchirure (puis d'une rechute) aux ischio-jambiers, intervenue en pré-saison, il retrouve ses sensations. Mieux, Patrice Collazo l'a aligné lors des trois dernières rencontres, toutes décisives, contre Toulouse, Castres et les Scarlets. " Parfois je me dis "ça y est je peux enfin goûter ce truc après lequel je cours depuis des années". Je suis passé par la petite porte... J'ai même du créer ma propre porte, car personne ne croyait en moi ! J'étais le petit troisième ligne que l'on ne regarde pas, mais dès le début je savais ce que je voulais, où je voulais arriver, et je me suis dit "pourquoi les autres, et pas moi ?" "

Désormais en contrat jusqu'en 2021 " Ju' " a fait son trou. Pourtant, ne comptez pas sur lui pour s'arrêter en si bon chemin. " Cette saison j'espère qu'on ira loin dans les deux compétitions. Pourquoi ne pas aller chercher un titre ? D'autant que si on dispute des phases finales, je suis certain que j'arriverais à convaincre mon père d'interrompre provisoirement son voyage pour venir me voir... J'aimerais tant lui ramener un bouclier ou une coupe d'Europe à la maison. " Bien loin des terrains de rugby, Oscar Wilde n'affirmait-il pas qu'il fallait viser la lune, afin d’atterrir -en cas d'échec- dans les étoiles ? En franchissant toutes les embuches qui se sont présentées face à sa jeune carrière, Julien Ory a en tout cas prouvé qu'au-delà même des qualités ballon en main, le plus grand des talents était de croire coûte-que-coûte en sa bonne étoile.

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