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Baky écrit - World Rugby et transnationalité : la bonne réforme

Baky écrit - World Rugby et transnationalité : la bonne réforme
Par Rugbyrama

Le 01/12/2021 à 12:03Mis à jour

BAKY ECRIT - De retour de Madagascar et Mayotte, notre chroniqueur Bakary Meité garde un coup pour le voyage et l'international. Au menu de cette semaine: la possibilité désormais offerte par World Rugby de changer de sélection nationale en cours de carrière, selon certaines conditions. Une règle qui pourrait modifier sensiblement les rapports de force.

La fédération internationale de rugby, pompeusement re-nommée World Rugby a voté la semaine dernière en faveur d’un changement de règle concernant l’éligibilité des joueurs internationaux. La possibilité de changer de sélection est désormais possible, sous certaines conditions.

Pour ce faire il faut :

Ne pas avoir honoré de sélection dans l’équipe nationale d’origine depuis au moins 3 ans

Être né dans le pays, ou avoir un parent ou un grand parent né dans le pays pour lequel on souhaite jouer.

Cet amendement est une petite révolution dans le monde du rugby international. Cette directive pour ce sport, si prompt à se reformer, n’est, néanmoins, pas novatrice. Certaines disciplines sportives utilisaient déjà ce type de réglementation. L’athlétisme notamment. Même si les statuts se sont durcis depuis, il n’était pas rare de voir un athlète changer de nationalité d’une olympiade à l’autre. Je pense à Merlene Ottey, la sprinteuse Jamaïcaine qui a couru pour l’île caribéenne pendant plus de 20 ans avant de glaner une médaille au championnat du monde en salle en 2003 pour la Slovénie. Elle participera même à Athènes 2004 pour l’enclave balkanique.

Par le passé déjà, certains transnationaux ont brillé au firmament du rugby international. Bénéficiant d’un vide juridique à l’époque, ils ont pu jouer pour deux nations différentes au cours de leurs carrières. On pense à Abdelatif Benazzi (Maroc puis France) ou encore Diego Dominguez (Argentine puis Italie)

Les îles du Pacifique se frottent déjà les mains. Des All Blacks et des Wallabies d’hier seront des Manu Samoa, des Ikale Tahi et des Flying Fidjians de demain. Curieux paradoxe quand on sait que les parents de ces joueurs des îles du Pacifique ont souvent émigré dans l’espoir que leurs progénitures puissent bénéficier d’un avenir plus radieux, en épousant une nouvelle nationalité bénéficiant du droit du sol.

Ce décret, qui en réjouit plus d’un, a un objectif inavoué. Objectif qui fait grincer des dents du côté de la NZRU. Cette fédération qui s’empressait de donner des caps a de trop jeunes mais néanmoins talentueux îliens qui crevaient l’écran en Super Rugby. Un contrat avec la fédération, un ou deux matchs avec le maillot frappé de la fougère. Et hop ! le tour est joué.

Les joueurs s’en trouvaient bloqués. Ne pouvant plus jouer pour leur pays d’origine. Et si l’on a l’impression que les All Blacks ont un réservoir de joueurs inépuisable, c’est, à juste titre, car ils siphonnent sans vergogne celui des autres.

Cette politique d’affaiblissement qui ne dit pas son nom vient de sérieusement prendre du plomb dans l’aile. Pour le bonheur de Dan Leo, l’ancien deuxième ligne samoan, passé par Perpignan et Bordeaux, grand défenseur de la cause des joueurs du Pacifique, qu’il estime lésés par les instances internationales.

Mais ils ne sont pas les seuls. La France, pays hôte dans 2 ans, regorge de binationaux et d’enfants ou petits-enfants d’immigrés, n’en déplaise à certains. Et certains joueurs de rugby, passés par la filière fédérale via les U20 ou France 7, pourraient se découvrir une fibre patriotique insoupçonnée qui leur permettrait, tout du moins, d’aider le pays de l’ascendant dans les mois à venir. Ou, pour les plus paresseux d’entre eux, attendre la qualification pour effectuer une demande de passeport.

Les extraits d’actes de naissances revêtiraient alors une valeur inespérée. Et à l’instar des îliens, l’Afrique du Nord et subsaharienne ne sera pas en reste. Ce qui rend de facto possible la sélection d’Yves Donguy et de Thierry Dussautoir pour le XV des éléphants de Côte d’Ivoire. Messieurs, si vous lisez ces lignes… Nous y reviendrons plus tard.

Les grincheux pourraient rétorquer : et la formation pardi ? Pourquoi un joueur formé par la France devrait jouer pour une autre équipe nationale ? C’est injuste ! Ce à quoi je répondrais que je ne trouve pas ça plus injuste que l’académie de Nadroga aux Fidji. Académie développée par l’ASM Clermont Auvergne et qui a permis, entre autres, à Aliveti Raka de porter quelques années plus tard le maillot bleu du XV de France. Comparaison n’est pas raison, je vous le concède.

Droit du sol ? Droit du sang ? Droit de localisation circonstancielle ? Tout ceci s’entrechoque et donne de nouvelles perspectives à des athlètes qui n’en demandaient pas tant. Si le rugby veut réussir sa mue et devenir un sport planétaire, il a tout intérêt à continuer dans cette voie. S’il veut se départir de son étiquette de sport régional et de cette bipolarisation (hémisphère nord - hémisphère sud), c’était la décision à prendre. Les flux migratoires du siècle dernier exerceront une influence certaine sur la carte du rugby mondiale de demain.

Pour finir, le plus grand capitaine de l’histoire du rugby français aurait pu avoir un destin tout autre.

Thierry Dusautoir, jeune joueur du CA Bordeaux-Bègles, se rendait à un rassemblement de la sélection ivoirienne de rugby qui se déroulait dans le sud de la France. L’histoire retiendra que le futur meilleur joueur du monde ne rejoindra jamais Olivier Diomandé et consort. La faute à une courroie de distribution trop fragile. Celui qui n’était pas encore le « Dark detroyer » s’immobilisera sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute.

Quelques semaines plus tard, il sera appelé en équipe de France de moins de 21 ans… La suite, nous la connaissons tous…

Le destin tient à si peu de chose. Parfois à une courroie de distribution.

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