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Baky écrit : le repos du technicien

Baky écrit : le repos du technicien
Par Rugbyrama

Le 25/05/2022 à 14:48Mis à jour

BAKY ÉCRIT - Retiré des terrains depuis l'été 2021, Bakary Meité profite de sa liberté retrouvée pour poser un regard libre, décalé et forcément engagé sur l’actualité du rugby, des belles histoires du monde amateur aux exigences du secteur professionnel. Aujourd'hui, il se met dans la peau, et dans la tête, d'un entraîneur de ce cher sport qu'il affectionne tant.

Le championnat a rendu son verdict sans surprise.

J’ai échoué dans ma mission que m’avait sans demande préalable, assignée les supporters du club. Qualifier l’équipe pour les phases finales. Pourtant avec mon président, nous n’en avions pas parlé. C’est à peine si nous l’avions mentionné au cœur de l’hiver quand les résultats nous étaient favorables.

Mon travail ne sera jugé qu’à l’aune d’un classement où seuls les points marchant par quartette ou par quintette ne trouvent grâce aux yeux des plus fidèles suiveurs du club.

Le fait que l’équipe joue mieux ? Mouais… notre défense devenue plus hermétique ?! Pourquoi pas. L’efficacité sur les ballons portés ? Pas très folichon…

La critique tombe. Acerbe. Comme la lame du mécanisme approuvée par le docteur Guillotin.

Peu importe. La saison est finie. Mon recrutement est quasiment bouclé. Là encore, les persifleurs raillent déjà les recrues qui ont eu l’outrecuidance de vouloir venir se relancer chez nous. Pourquoi attendre le début de saison quand on peut critiquer un joueur dont on ne sait quasiment rien ?

Je vais pouvoir souffler. J’emmène femme et enfants à Disney World en Floride. Disneyland Paris est bien trop proche. Je veux un dépaysement et un show comme les Américains savent les servir. Et puis mon pouvoir d’achat me le permet. Pouvoir d’achat remis continuellement en perspective au gré des résultats obtenus par l’équipe.

J’en profiterai pour m’échapper quelques jours pour aller visiter une franchise de NFL. Un ami d’enfance y travaille comme statisticien. Et j’aurai full access partout. Ça me permettra de m’inspirer de méthodes de travail qui me sont jusqu’alors inconnues. Les Américains adorent montrer comment ils travaillent. Déjà parce qu’ils le font mieux que les autres, ce qui les complaît dans leur complexe de supériorité, mais aussi parce qu’ils ne sont pas comme en France ou mes collègues entraîneurs sont dans le culte du secret. En agissant comme s’ils avaient découvert la fission nucléaire avant tout le monde.

Après 10 petits jours de break, (qui n’en sont pas vraiment mon téléphone étant toujours à portée de main) il sera tant de rentrer pour travailler sur mon projet de jeu avec le reste de mon staff. L’offensif. Le défensif. Me mettre d’accord avec mon préparateur physique sur comment on va aborder le retour de vacances des joueurs. 4 semaines de coupures obligatoires pour eux. Les veinards. Et en plus ils se plaignent…

Il faudra rencontrer le président aussi. Qui aura probablement cédé aux chants des sirènes de ses abonnés et qui effectuera probablement un quart de tour sur la molette qui lui sert à me mettre la pression. Je vais devoir négocier aussi. J’arrive en fin de contrat à l’issue de la saison prochaine. Inutile de vous parler de la corrélation entre mes futurs résultats et mon avenir contractuel.

Si ma fille veut voir Disneyland Tokyo je me dois de garder mon job le plus longtemps possible. Voilà une motivation toute trouvée. Quand j’annoncerai le nom du nouveau lancement en attaque « Tokyo » et de la nouvelle touche « Disneyland », les joueurs ne comprendront pas mais moi j’aurai la référence…

Les rendez-vous en mairie aussi. Devoir aller serrer des paluches pour gratter des subventions pour la réfection de la salle de muscu. Je n’avais pas signé pour ça mais apparemment le dépassement de fonction est primordial si l’on veut obtenir des subsides de la ville.

Alors je mettrai la chemise du club, j’arborerai mon plus beau sourire et j’irai à la rencontre des caciques de la ville.

Et ensuite viendra immanquablement le temps de m’interroger sur ce qui m’anime réellement dans ce que je fais. Des questions lancinantes qui revient régulièrement à la reprise de chaque saison. Suis-je vraiment fait pour ça ? N’était-ce pas la facilité ? Mes joueurs me font-ils vraiment confiance ?

Et comme à chaque fois je les balaierai du revers de la main pour attaquer cette nouvelle saison avec un peu d’appétit mais surtout beaucoup de doutes. Mais ça, personne ne doit le savoir.

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