Icon Sport

Alain Lansaman : comme le loup blanc

Lansaman : comme le loup blanc

Le 12/06/2018 à 17:40Mis à jour Le 20/06/2018 à 10:12

Leur carrière s’est terminée sans la reconnaissance du XV de France alors qu’ils avaient tout pour voir la vie en bleu. pendant plus d’un mois, Midi Olympique vous emmène à la rencontre de cinq d’entre ces joueurs. Cette semaine, Alain Lansaman.

La simple évocation de son nom suscita encore des hochements de tête dans le milieu. Alain LAN-SA-MAN, trois syllabes qui claquent dans les apéros d’après-match. Il jouait troisième ligne à Hagetmau, son front dégarni ceint d’un large bandeau blanc. Il fut champion de France de Deuxième Division (1980) et de Groupe B (1983), mais dans l’élite, il ne fit jamais mieux qu’un barrage (un faux seizième en fait) contre Béziers en 1986. Et bien sûr, jamais, il n’enfila le maillot Bleu. Ce fut, dit-on, le plus grand regret de Jacques Fouroux, sélectionneur du XV de France. Il n’avait pas osé appeler ce terrible joueur connu comme le loup blanc pour son tempérament mais, on l’oublie, pour ses qualités athlétiques, sa détente et son adresse.

" J’entendais des choses horribles venues du public. Du style : "Tuez-le, le 7." "

Tout le monde voulait se mesurer à lui

Mais dans ce rugby-là prisé des nostalgiques, il fallait aussi s’imposer et se faire craindre. Plus que de nos jours, le vrai courage y était une vertu cardinale. Les matchs ne se déroulaient pas dans une atmosphère de Bibliothèque Rose. Laure, la fille d’Alain, se souvient : "J’étais petite, j’assistais aux matchs et je finissais en pleurs. J’entendais des choses horribles venues du public. Du style : "Tuez-le, le 7." Mais je ne me rendais pas compte. Ce n’est qu’après que j’ai compris la carrière qu’il avait faite. Des gens m’ont parlé de ce qu’il représentait pour eux. J’ai aussi rencontré quelques gars, mais très peu, qui me disaient qu’il les avait traumatisés."

Au début des années 2000, nous l’avions croisé au hasard d’un après-match à Mont-de-Marsan et nous l’avions observé à la dérobade. Plusieurs autres regards plus ou moins discrets le scrutaient aussi. C’était donc lui Lansaman. Pas si grand que ça, mais si noueux avec ses épaules et son torse de lutteur de foire. On le disait déjà malade mais ça ne se voyait pas…

Walter Desmaison (Mont-de-Marsan)

Walter Desmaison (Mont-de-Marsan)Icon Sport

On parlait de lui dans le vestiaire des bleus

Max Godemet fut son entraîneur au début des années 80. Avant même son arrivée au club, on lui parlait d’un geste incroyable d’Alain Lansaman lors de la finale de deuxième division de 1980 contre Foix, un plaquage terrible sur un ailier lancé à pleine vitesse et catapulté sur la cendrée de Lourdes. Le match s’était joué à ça. "Moi, je ne l’ai vu qu’arrêter net JPR Williams lors d’un match entre la Côte basque et Bridgend. C’est sûr qu’il était dur au mal, intraitable en défense et ses charges étaient dévastatrices. Il mettait aussi des plaquages à la limite, ça lui échappait. Il prenait beaucoup de coups aussi". Son ancien entraîneur ne veut surtout pas le résumer au rugby "boum-boum".

"Il pouvait très bien s’intégrer dans le jeu de mouvement que je prônais. Il avait la technique et le sens de l’évitement que lui avait donné le basket. Mais quand il jouait en sélection, en France B, en Coupe des Provinces notamment, il se montrait sous une autre facette. Il se concentrait sur le combat car il voulait tellement prouver. J’avais fait tout un travail sur les tests physiologiques de mes joueurs. Je m’étais rendu compte qu’il n’avait pas un foncier extraordinaire. Il n’était pas le plus endurant, mais il ne se déplaçait pas pour rien. Il avait le sens du jeu en fait et il était aussi très fort en touche. On faisait beaucoup d’alignements raccourcis. Il avançait, il reculait très vite pour placer sa détente."

Contenus sponsorisés
0
0