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Affaire Folau : ou quand la fédération australienne ferme les yeux sur l'homophobie

Affaire Folau : ou quand la fédération australienne ferme les yeux sur l'homophobie

Le 12/04/2018 à 14:12Mis à jour Le 12/04/2018 à 14:31

Coupable de propos homophobes, l'international australien Israel Folau n'a pas été sanctionné par sa fédération. Une impunité aussi surprenante que scandaleuse qui ne s'explique que par le fait que l'ARU veut à tout prix prolonger son joueur phare en vue du Mondial, même si celui-ci confond sport et intégrisme religieux.

On peut donc être une star mondiale, être un sportif de haut niveau adulé par des centaines de milliers de mômes qui sont pendus à vos lèvres... et promettre "l'Enfer" à toute la communauté homosexuelle sans écoper de la moindre sanction de sa fédération sportive. Voilà la bien triste réalité que nous offre la Fédération australienne qui, en début de semaine, a décidé de ne pas prononcer de sanction disciplinaire contre son joueur phare, l'arrière international Israel Folau (29 ans, 62 capes). Pour rappel, Folau avait tenu des propos homophobes dans un commentaire posté sur le réseau social Instagram. Interrogé par un quidam à propos des plans que Dieu avait pour les homosexuels, l'arrière des Waratahs avait répondu ceci : "L'enfer. A moins qu'ils ne se repentent de leur péchés." Un commentaire d'un autre âge, digne d'un intégriste religieux et qui a logiquement choqué la communauté gay ainsi qu'une grande partie de l'opinion publique en Australie. Pour rappel, le gouvernement australien avait adopté, le 7 décembre dernier, une loi autorisant le mariage homosexuel après un réfendum du peuple qui s'est prononcé à 62 % en faveur de cette mesure.

Dérapage Verbal Israel Folau

Dérapage Verbal Israel FolauIcon Sport

Mardi à Sydney, la présidente de Rugby Australia Raelene Castle a rencontré le joueur, ainsi qu'Andrew Hore, le manager des Waratahs. Au vu de la gravité des propos de l'international, beaucoup d'observateurs pensaient logiquement qu'il allait écoper d'une sanction disciplinaire. Il n'en fut rien. Pire, les propos de Raelene Castle, présente à la conférence de presse avec Andrew Hore (mais pas Israel Folau) furent d'une surprenante clémence : "Israel a reconnu qu’il aurait pu être plus attentif en mettant un message positif dans son tweet et en s’exprimant de manière plus respectueuse. Il a compris qu’il avait blessé un certain nombre de personnes." En clair, la fédération australienne préfère fermer les yeux plutôt que de dénoncer des propos contraires à toutes les valeurs d'intégration et de vivre-ensemble supposément prônées par le sport. Et tant pis pour la morale.

Folau inflexible, Qantas en colère

Cela va même plus loin : selon les informations qui ont fuité de la réunion, Folau aurait même refusé de promettre qu’il ne se laisserait plus aller à ce genre de commentaires sur les réseaux sociaux. Mieux, il aurait clairement fait comprendre à Castle et à Hore qu'il était prêt à retourner à XIII si cette affaire venait trop perturber sa carrière. Comment expliquer un tel rapport de force en faveur d'un seul joueur, face à une fédération ?

Israel Folau avec le maillot de l'Australie où le logo Qantas apparaît

Israel Folau avec le maillot de l'Australie où le logo Qantas apparaîtIcon Sport

C'est simple. Folau n’est rien d’autre que la tête de gondole du rugby à XV australien. Et le fait est qu'il sera en fin de contrat en juin 2018, soit à moins d'un an et demi de la prochaine Coupe du monde. Non content d'être largement minoritaire face à l'Australian rules, le cricket ou le rugby à XIII, le rugby à XV australien traverse en plus une crise sans précédent. Affluences en baisse, disparition de la Western Force... le rugby Green and Gold va mal. Dans ce contexte, la perte du joueur numéro un peu avant le Mondial japonais serait un nouveau coup dur. Et même s'il est le joueur le mieux payé de tous les Wallabies (son contrat se situerait aux alentours des 630 000 € par saison), tous les puissants clubs de la NRL sont dans les starting-blocks pour le faire revenir au rugby à XIII.

Voilà qui explique pourquoi cette étonnante magnanimité de la part de Raelene Castle. Folau sortira t-il donc indemne de cette affaire ? Pour l'heure, on l'ignore. Car l'affaire provoque un véritable tollé en Australie et que cette mauvaise publicité déplait fortement à Qantas, la compagnie aérienne australienne qui n'est autre que le principal sponsor des Wallabies : "Nous avons fait savoir à Rugby Australia que ces commentaires nous ont énormément déçus", a indiqué un émissaire de la compagnie aérienne, "en tant que sponsor de Rugby Australia, nous prônons la tolérance et l'intégration." Une position qui n'est pas étonnante puisque le patron de Qantas, Alan Joyce est homosexuel et fut un acteur majeur dans la promotion du mariage gay en Australie. Le contrat sponsoring de Qantas court jusqu'en 2020. L'affaire dépasse donc largement le cas du simple Israel Folau qui, à l'avenir, ferait mieux de réfléchir à deux fois avant de se laisser à des commentaires empreints de haine sur les réseaux sociaux.

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