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L’antisèche : le French flair n’est pas mort !

L’antisèche : le French flair n’est pas mort !
Par Nicolas Zanardi via Midi Olympique

Le 21/03/2021 à 08:37Mis à jour Le 21/03/2021 à 14:18

TOURNOI DES 6 NATIONS 2021 - Qu’est-ce que le French flair, demande-t-on parfois ? Eh bien, le French flair, c’est ça. Ou comment retourner le sort d’un match mille fois perdu au terme d’un scenario improbable, aux multiples rebondissements, jusqu’à aller chercher la victoire par un essai d’anthologie, aux confins des arrêts de jeu...

Le match : au bout de l’irrationnel

On a assez raisonné après le match de Twickenham quant au faible impact des "finisseurs" (dont trois n’étaient même pas entrés en jeu) pour mieux le souligner ce soir : oui, les remplaçants sont bien utiles à ce jeu, et ils l’ont prouvé face aux Gallois. Au bout du bout d’une rencontre marquée par 7 essais et pratiquement autant de refusés, la victoire ne semblait pourtant pas devoir échapper aux Diables rouges, qui avaient pendant plus d’une heure fait valoir une certaine domination athlétique.

Reste que l’esprit est toujours supérieur à la matière, que toutes les datas du monde ne remplaceront jamais l’envie de se battre jusqu’au bout, et qu’au bout de l’irrationnel que les Bleus sont parvenus à écrire ensemble un truc énorme, après le carton jaune infligé à Mohamed Haouas et le rouge sortit à l’encontre de Paul Willemse, peut-être le premier joueur de tous les temps à se faire prendre en plein match pour une fourchette... L’impact des remplaçants fut à ce titre colossal. Il a permis de modifier totalement la dynamique du match dans les 20 dernières minutes, précisément là où le XV de France était censé connaître ses pires temps faibles, comme toujours depuis le début du mandat de Fabien Galthié. Allez y comprendre quelque chose, vous...

Vidéo - Revivez le débrief de la victoire héroïque des Bleus face aux Gallois

24:57

Le joueur : Ollivon, capitaine courage

Dans son match dans le match face au monument gallois Alun-Wyn Jones, le capitaine du XV de France n’avait à l’évidence pas la tâche facile dans le petit jeu de lobbying qui s’installe toujours avec un arbitre. Toutefois, dans un contexte particulièrement difficile, le Toulonnais a su démontrer qu’il jouait dans la cour des plus grands, son calme et sa patience dans ses interactions avec M. Pearce ayant pensé de tout leur poids dans le dernier quart d’heure. En même temps, bien sûr, que sa prestation personnelle... Car c’est bien lui, Charles Ollivon, qui a assuré à lui tout seul ou presque l’abattage de l’alignement français après la sortie de Dylan Cretin.

C'est aussi lui qui a inscrit, en force, l’essai de l’espoir, après avoir assumé un choix contraire aux directives du staff de redemander les mêlées plutôt que de jouer à la main, quitte à perdre des secondes précieuses. Lui enfin qui, au départ de la dernière vague d’attaque, a envoyé Dulin à l’essai après de bonnes transmissions de Fickou et Vincent. C'est aussi lui qui avait fait le bon choix de servir ses trois-quarts plutôt que d’insister au près. "Quand on a pris ce carton rouge alors qu’on venait de marquer, cela a été très dur dans la tête, mais comme on se l’est répété dans le vestiaire, il ne fallait pas surjouer. Il fallait aller le chercher, parce qu’on ne nous a pas donné grand-chose. On est resté froid, on a été héroïque." Et le capitaine n’a pas été le moindre de ces héros...

Charles Ollivon après la victoire contre le pays de Galles

Charles Ollivon après la victoire contre le pays de GallesIcon Sport

L’action : Dulin, au bout du French flair

Si tous les derniers matchs France-Galles sont depuis quelques années destinés à passer à la postérité, celui-ci ne fera évidemment pas exception. À ce titre, l’essai de Brice Dulin inscrit à la 83e minute par les Bleus restera longtemps, très longtemps, dans les mémoires. Parce qu’il est parti de très loin, sur le renvoi suivant l’essai du capitaine Ollivon. Parce qu’il a été précédé d’une perte de balle, subie par Atonio, avant qu’à force d’abnégation les Bleus réussissent à reprendre le contrôle de la balle avant la sirène.

Parce qu’il a coûté lourd, très lourd, en sacrifices et en transpiration, à l’image d’un Jelonch qui a dû effectuer une dizaine de déblayages sur la séquence, d’un Vakatawa qui a fait reculer les Gallois à grands coups d’épaule, ou d’un Penaud qui s'est démultiplié aux quatre coins du terrain sur la séquence. Mais parce qu’il a été, enfin, et surtout, une question d’inspiration, avec ces magnifiques attitudes signées par Fickou et Vincent pour redresser à la perfection leurs courses, cadrer leurs défenseurs, et délivrer le ballon dans le bon tempo pour décaler Dulin. Du rugby d’école, et du beau...

Le tournant : Williams, le jaune de trop

Logiquement, le carton rouge infligé à Paul Willemse avait tout pour constituer le tournant du match. En effet, le déblayage du deuxième ligne du MHR avait non seulement condamné les Bleus à terminer la rencontre à 14, tout en annulant l’essai de l’espoir de Brice Dulin. Et pourtant, bizarrement, ce carton rouge ne s’est pas avéré préjudiciable aux Bleus… Mais bien plus aux Gallois qui, comme persuadés d’avoir fait le plus difficile, ont sombré dans une indiscipline suicidaire.

C’est ainsi qu’en deux minutes, Faletau puis Williams ont été sanctionnés de deux cartons jaunes qui ont changé radicalement la face du match. Revenus comme par miracle en supériorité numérique, alors qu’ils semblaient condamnés à terminer le match à un de moins, les Bleus ont enfin trouvé le brin de latitude nécessaire pour surprendre à deux reprises la défense galloise dans les trois dernières minutes. Juste ce qu’il suffisait pour faire basculer la partie, et peut-être le Tournoi...

La question : les Bleus peuvent-ils refaire le coup de 2007 ?

Face à l’Écosse, les Bleus devront atteindre deux objectifs pour remporter le Tournoi : l’emporter avec le bonus offensif et surtout un différentiel de 21 points. Mission très difficile, on vous l’accorde, l’Écosse n’ayant plus subi pareille déculotté à Paris depuis 2007 (victoire 46-19).

Le clin d’œil du destin est toutefois énorme puisque cette année-là, les Bleus étaient déjà dans une situation très similaire, puisqu’ils devaient l’emporter de 24 points lors de la dernière journée pour remporter le Tournoi. Ce à quoi ils étaient même parvenus dans les arrêts de jeu, à la grâce d’un essai d’Elvis Vermeulen ! Autant dire qu’après un scenario comme celui de samedi soir, réécrire l’histoire paraît désormais tout sauf impossible...

La question : les Bleus peuvent-ils refaire le coup de 2007 ?

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