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Laporte : "Jalibert est la grande satisfaction du Tournoi"

Laporte : "Jalibert est la grande satisfaction du Tournoi"
Par Pierre-Laurent Gou via Midi Olympique

Le 28/03/2021 à 21:00Mis à jour Le 28/03/2021 à 21:01

6 NATIONS 2021 - Dimanche en début d’après-midi, après une séance de sport et un déjeuner dominical léger, le président de la Fédération a accepté le principe d’un long entretien téléphonique pour dresser le bilan sportif, mais aussi politique, de la séquence du Tournoi des 6 Nations.

Quel bilan général tirez-vous de ce Tournoi des 6 Nations 2021, disputé entièrement à huis-clos ?

J’ai trouvé le niveau des équipes homogène, très équilibré. Des équipes sont montées en gamme par rapport à ce qu’elles avaient proposé lors de la Coupe d’automne des Nations, à commencer par l’Ecosse et le pays de Galles ! Tous les matchs, mis à part ceux contre l’Italie, ont été gagnés ou perdus dans les cinq dernières minutes. Les rencontres ont été pour la plupart spectaculaires. Selon moi, l’équipe la plus complète, celle qui aurait dû l’emporter, c’était l’Écosse. Gagner en France et en Angleterre, ce n’est pas anodin. S’ils n’avaient pas concédé un carton rouge contre les Gallois, ils seraient les vainqueurs de la compétition. Ils m’ont vraiment impressionné au niveau de leur qualité de jeu produit. Derrière, les Gallois m’ont surpris. Ils avaient pris 35 points contre nous en octobre, et quatre mois après, ils réalisent aussi un très beau Tournoi et un match plein contre les Bleus. Finalement, l’Angleterre, vice-champion du monde termine seulement cinquième…

Et le bilan de la France ?

Le match face à l’Écosse laisse encore un peu d’amertume, car le dernier match ternit notre bilan comptable, alors que si Brice Dulin tape en touche, tu finis avec une seule défaite. Mais bon, je ne lui en veux pas, l’Écosse a été l’équipe qui nous a mis le plus en difficulté, donc sur la physionomie du match, elle méritait de l’emporter. Les Écossais ont réussi à imposer leur rythme sur la rencontre, ils nous ont dominés, il ne faut pas avoir peur de le dire. Mais on avait su rester devant au score. J’ai aimé la manière dont les hommes de Gregor Townsend ont construit leurs offensives à partir des ballons portés, notamment sur touche. Je ne sais pas si c’est la patte de leur adjoint chargé de la mêlée, un certain Pieter De Villiers, mais ils ont su nous contrarier. J’ai aimé l’engagement que nous avons mis dans ce dernier match, mais j’ai trouvé que nous étions trop dominés à mon goût.

Les Bleus se sont inclinés lors du dernier match du Tournoi des 6 Nations 2021 face l'Ecosse.

Les Bleus se sont inclinés lors du dernier match du Tournoi des 6 Nations 2021 face l'Ecosse. Icon Sport

N’a-t-on pas payé le fait de devoir jouer trois matchs de haut niveau en trois week-ends ?

Oui, mais les Écossais avaient le même programme, même si les Italiens, leurs adversaires de la semaine passée, ne sont pas du même acabit que les Gallois. C’est possible, c’est vrai, et nous avons senti que les joueurs français avaient moins de gaz… Mais ne nous en servons pas d’excuse, car des erreurs techniques nous coûtent la rencontre, comme cette touche contrée juste avant la mi-temps, des pénalités stupides concédées, l’action de Brice à la fin. On ne peut pas les mettre sur le dos du physique !

Au final, la France termine tout de même deuxième du Tournoi...

Pour la deuxième fois en deux ans ! C’est l’évolution normale de cette équipe, surtout dans un Tournoi avec deux déplacements en Irlande et en Angleterre. Au final, on peut dire que cette compétition a su démontrer pourquoi elle restait unique, magique, pourquoi les autres sports nous l’envient. Chaque match est une farouche bataille et le public, qui n’était pas présent dans les tribunes, était devant son écran de télévision. Vendredi soir, outre les 7,7 millions de téléspectateurs français devant France 2, il y avait 5,5 millions d’Anglais devant la BBC pour France - Ecosse ! Et c’est ce que j’ai dit aux joueurs vendredi soir. Merci pour toutes ces émotions. Cette équipe dégage quelque chose, elle ne laisse pas indifférent. Il n’y a pas 9 millions de gens collés devant leur télévision pour rien. C’est l’un des enseignements de ce Tournoi, le XV de France fait de nouveau rêver. C’est aussi l’une des explications, de la ruée qu’il y a eu sur les billets de la Coupe du monde 2023. C’est évident. Alors on peut avoir des regrets de ne pas avoir gagné le Tournoi, mais retenons aussi le positif.

Comment expliquez-vous ce capital sympathie dont le XV de France bénéficie ?

Il donne de l’enthousiasme, suscite de l’espoir. Il se bat, on l’a vu face aux Gallois. Il n’a qu’un an de vécu, mais le staff a réussi à mettre en place un fonctionnement de club et pas d’une véritable sélection. Quand on perd, c’est tout le groupe qui perd. Il n’y en a pas eu un pour se cacher derrière un « ce n’est pas de ma faute » ou « je n’étais pas sur le terrain ». C’est un vrai groupe que j’apprécie de côtoyer, même si ces dernières semaines, j’ai dû me contenir… Et puis, il y a un vrai talent et un vrai potentiel. Il y a un véritable engouement, je trouve d’ailleurs qu’on monte un peu plus haut cette équipe de France que son niveau actuel. Mais ce n’est pas grave, le staff doit être le garant de l’état d’esprit, pour que les joueurs conservent les pieds sur terre. Je préfère cela à la désinvolture. Pendant dix ans, on ne nous regardait plus. Ce n’est plus le cas.

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette équipe ?

Dans ce genre de question, je dois faire la balance entre l’ancien technicien et le président de Fédération que je suis. Et ce n’est pas facile, car oui, elle suscite de la passion, chez moi aussi. J’aime cette équipe, il y a des mecs qui me font kiffer !

Lesquels ?

Matthieu Jalibert, qui est pour moi la grande satisfaction du Tournoi. Il a montré qu’il était très compétitif à ce niveau. Il est monté d’un cran clairement. Il faudra compter avec lui. C’est tellement important d’avoir deux joueurs de niveau international au poste d’ouvreur. C’est une chance pour nous, cela faisait très, très longtemps que cela n’avait pas été le cas. On le voit : quand l’un sera moins bien, l’autre répondra présent. En deuxième ligne aussi, des garçons ont émergé. Je pense à Romain Taofifenua, mais aussi à l’éclosion de Swan Rebbadj, qui compte pour un. Et puis, comment ne pas parler du capitaine, Charles Ollivon, qui a pris le costume pleinement. Tu sens qu’il inspire le respect à ses partenaires. Surtout, il démontre sur le terrain qu’il est aussi l’un des meilleurs. C’est quelqu’un qui partage beaucoup, il donne le La, mais il s’appuie sur les autres, notamment sur Gaël Fickou, une autre vraie satisfaction de la compétition et de ces derniers mois. Je vais vous avouer que je suis quelque peu étonné de son évolution. Il y a trois ou quatre ans, c’était un bon joueur mais il était effacé dans le groupe, timide ou pudique. Là, il s’est aperçu qu’il devait être le grand frère de ce groupe, et il joue son rôle à la perfection. C’est vrai qu’il était l’un des rares de sa génération à être à cheval entre les anciens et les petits jeunes. On sent qu’il a pris confiance, même s’il a gardé toute son humilité. Avec Charles, ils forment un bon duo !

Tournoi des 6 Nations 2021 - Matthieu Jalibert (France) contre le Pays de Galles

Tournoi des 6 Nations 2021 - Matthieu Jalibert (France) contre le Pays de GallesMidi Olympique

Qu’est-ce qui vous a déplu dans ce Tournoi ?

La polémique stérile qui est née pendant dix jours, au moment où l’équipe de France a été confrontée à une vague de contamination. Je ne trouve pas justes les attaques dont a souffert Fabien Galthié. Positif à la Covid, il a fait la une des journaux. Bon, d’une certaine manière, c’est la rançon de la gloire. C’est difficile à affronter, et Fabien a dû débaucher beaucoup d’énergie pour essayer de lutter contre cela. Trop, et c’est pour cela que j’ai tenu à le défendre, peut-être maladroitement, mais lui devait s’occuper de gérer son équipe et pas de répondre aux critiques. C’était à moi de le faire. Si je suis monté au créneau, c’est que je trouvais que l’on en faisait trop.

Que pouvez-vous nous dire sur l’avenir à court terme de cette équipe ? Pourra-t-elle aller en Australie en tournée début juillet ?

A ce jour, on doit y aller et j’espère que l’on ira. Car, pour le moment, cette équipe de France ne s’est pas confrontée aux nations de l’hémisphère Sud, et on a besoin de le faire avant le Mondial 2023. Ce que je sais, c’est que l’Australie compte sur notre venue, il faudra voir au niveau logistique. Ce qui est impossible, c’est que l’ensemble du groupe retenu puisse arriver 14 jours avant le premier test, comme l’indique le protocole de ce pays. Il y a une finale du Top 14, le 26 juin, et le premier test le 3 juillet. Il va falloir que l’on s’organise. Faut-il partir avec un groupe élargi, effectuer un premier départ avec ceux dont les clubs auraient été éliminés des phases finales du championnat ? Ce sera compliqué, et il faudra que l’on discute de tout cela avec les gens de la Ligue. Ce qui est certain, c’est que, si on le peut, il faut aller en Australie. D’abord parce que cette Fédération a besoin d’organiser des matchs, qu’ils devraient se faire en public. Et, pour le vécu de notre équipe, on a besoin de se confronter à ce genre de rugby.

La semaine dernière justement, une nouvelle équipe a été élue au comité directeur de la LNR, et un nouveau président en la personne de René Bouscatel. Qu’en pensez-vous ?

Je connais René Bouscatel depuis longtemps, cela a été un grand président d’un grand club qui est le Stade toulousain. Nous avons été adversaires par le passé, sportivement, mais il y a toujours eu beaucoup de respect entre nous. Je tiens à le féliciter car, il y a six mois, personne ne pouvait prédire qu’il allait devenir président de la LNR. Nous nous sommes appelés en fin de semaine dernière, nous avons convenu de nous voir rapidement. Une page s’est tournée à la LNR, je vois que des nouvelles têtes émergent, elles semblent prêtes à travailler avec nous, dans leurs déclarations. Très bien. Ce n’était pas normal qu’une Ligue dépose deux recours contre sa Fédération devant le Conseil d’Etat. Des gens cherchaient constamment la bagarre avec la FFR. Là, il y a un nouveau discours, la famille du rugby semble vouloir avancer main dans la main. Je l’ai d’ailleurs dit au président de l’ASM Clermont que j’ai rencontré ce week-end. On ne se connaissait pas. Il m’a invité à venir le voir dans son club. Je vais y aller, on doit discuter. J’ai senti qu’il était rassuré car on avait essayé de nous opposer. La FFR n’empiétera pas sur les platebandes de la Ligue, qui doit gérer le monde professionnel. Il faut arrêter avec cette légende des provinces à la place des clubs. Le rugby français est ainsi fait, il s’appuie sur le rugby des clubs, amateurs et pros. Avec René, en trois minutes de discussion, nous avons convenu que nous devions travailler ensemble dans l’intérêt du rugby.

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