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Messieurs les Français, tirez les premiers !

Messieurs les Français, tirez les premiers !
Par Nicolas Zanardi via Midi Olympique

Le 02/02/2020 à 10:01

TOURNOI DES 6 NATIONS 2020 - Après plusieurs semaines de communication ultra-maîtrisée qui ont ravivé l’espoir d’un peuple dans le sillage d’un séduisant rajeunissement des cadres, la Bleusaille sélectionnée par Fabien Galthié s’avance désormais à l’épreuve du terrain, face à des vice-champions du monde pas aussi sereins qu’ils voudraient le faire croire. L’heure de vérité a sonné...

C’est assez drôle comme, en ce surlendemain de Brexit, Français et Anglais n’ont jamais semblé aussi mal se comprendre, au point de (re)faire des problèmes de traduction le nerf de la guerre. La preuve ? Elle est que même Shaun Edwards, nouvel entraîneur de la défense du XV de France, s’est ému dans la semaine auprès de Nigel Owens du risque que ses hommes ne comprennent pas toutes les consignes de la part du Gallois, réclamant à l’arbitre de la rencontre une dizaine de phrases-clés à mémoriser.

Le genre de donnée pas forcément de nature à effrayer Raphaël Ibanez, parfaitement bilingue depuis son passage de joueur sous les couleurs des Wasps, qui n’a eu de son côté besoin d’aucune traduction pour comprendre la version originale des propos tenus par Eddie Jones en conférence de presse. "Les Français ont décidé de partir pour ce Tournoi sans expérience, avait ainsi lancé le sélectionneur des vice-champions du monde. Ils ont peut-être tort, ils ont peut-être raison... On ne sait pas mais ce qui est sûr, c'est que cela va mettre ces jeunes joueurs à l'épreuve car ils n'ont jamais été confrontés à l'intensité et la brutalité physique avec laquelle nous allons jouer dimanche. On ne trouve pas une telle intensité dans le rugby de Championnat, ni dans les compétitions de moins de 20 ans."

Vidéo - La réponse d'Ibañez à Jones : "Facile de parler de violence physique quand on est en tribunes"

03:08

Une "menace" à peine voilée, à laquelle le Landais choisit de répondre de manière suffisamment diplomatique ("c'est facile de parler de brutalité physique depuis les tribunes"), donc équivoque, pour insinuer le doute dans les esprits anglais. Lesquels auraient même passé plusieurs fois au tamis la petite phrase de William Servat ("si Eddie Jones essaie donner une percussion à Romain Taofifenua, je ne suis pas sûr qu'il gagne..."), soucieux de savoir si leurs propres propos avaient été bien traduits au préalable…

Deux équipes en quête de sérénité

La vérité, au terme de ces petites joutes verbales sans lesquelles un Crunch ne serait pas vraiment un Crunch ? Elle est que, comme toujours en matière de rugby, les deux camps n’entendent jamais vraiment que ce qu’ils souhaitent entendre, afin (dixit Fabien Galthié) "de se servir au mieux de ces déclarations". Et qu’en la matière, Français comme Anglais ne sont historiquement pas faits pour se comprendre ni se ressembler. Hormis sur un point crucial, qui veut qu’aucune des deux équipes ne s’avancera en toute sérénité dimanche sur la pelouse du Stade de France…

On exagère, vous dites ? Eh non, même pas… Parce que les Français, non contents d’avoir perdu sur blessure Camille Chat et Damian Penaud, savent pertinemment qu’ils aligneront un fond de terrain expérimental face aux maîtres artilleurs Ford et Farrell, et que leur cinq de devant ne présente aucune garantie collective (puisque seul Bernard Le Roux y officiait comme titulaire lors de la dernière Coupe du monde). Tout comme ils ignorent encore si les deux semaines "d’entraînement à haute intensité" dispensés par Galthié et son staff suffiront à tenir le rythme après l’heure de jeu, leur traditionnel point faible de ces dernières saisons.

Quant aux Anglais ? Tout vice-champions du monde qu’ils soient, ces derniers n’en doivent pas moins gérer en interne le petit traumatisme inévitablement causé par la cohabitation des joueurs des Saracens avec des partenaires à l’origine (bien qu’indirecte…) de leurs déboires extra-sportifs. Forcément de quoi douter, d’autant que les absences d’Eliott Daly et de Billy Vunipola ont obligé Eddie Jones à improviser, en alignant le jeune George Furbank à l’arrière et Tom Curry en numéro 8, tout en reculant Courtney Lawes au poste de flanker. Une menace à peine voilée pour le jeune Romain Ntamack, et le signe évident que Jones et sa troupe semblent bien décidés à joindre les actes à la parole...

Combat, combat, combat !

S’en offusquer ? Ce serait sacrément faux-cul de notre part, allez… Parce qu’au travers des siècles, un France-Angleterre ne s’est jamais remporté sans un maximum d’agressivité et que, pour tout dire, on ne verrait pas d’un mauvais œil que la troupe de Bleus-bites par composée par Fabien Galthié se décide à tirer la première, sous le coup d’une émotion de bon aloi. Laquelle n’apporterait rien sur le long terme, nous rétorqueront les pisse-froid ? Et alors, grands dieux ! Il ne s’agit plus ici de se monter du col en évoquant la flèche du temps, les datas et autres "micro-circuits" en de pompeuses anaphores, ni de citer Winston Churchill dans un semblant de spontanéité.

Mais bien de se dépenailler, combattre et se sacrifier pour la plus belle cause qui existe, dans le cœur d’un rugbyman français digne de ce nom. Celle de bouter l’Anglois bien au-delà de ses propres 22 mètres, et de matérialiser par des comportements conquérants les belles espérances nées d’une communication maîtrisée et d’un rajeunissement séduisant. Alors, plus de calcul, plus de grandes phrases, et trois seuls mots : allez les petits !

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