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XV de France - Constat d'échecs

Constat d'échecs
Par Rugbyrama

Le 11/02/2019 à 18:54Mis à jour Le 11/02/2019 à 18:55

XV DE FRANCE - Si depuis le début du mandat de Jacques Brunel, les Bleus n'ont jamais été habitués à gagner (3 victoires, 10 défaites), ils ont atteint ce dimanche après-midi les tréfonds du marasme actuel du rugby français. Face à l'Angleterre, par rapport à qui le fossé semble se creuser chaque année, le XV de France a subi son plus lourd revers lors d'un Crunch depuis 1911.

Un manque de vitesse et d'intensité

C'est l'une des impressions visuelles les plus marquantes de cet Angleterre-France : le Bleus ont complètement été pris de vitesse par le XV de la Rose. Notamment sur les lignes arrières. Dès la première action, l'arrière anglais Eliott Daly accélère et sème la zizanie dans la défense française, avant de taper au pied pour Jonny May. L'ailier aplatit le premier essai du match en prenant de vitesse Damian Penaud, le joueur le plus rapide côté bleu. Globalement, les joueurs anglais, tous capables d'enchaîner une multitude de courses, ont dominé de la tête et des épaules leurs homologues français dans le volume de jeu. À ajouter leur rendement impressionnant en défense, notamment leurs flankers Mark Wilson et Tom Curry, auteurs de 20 placages chacun. On peut ainsi mieux comprendre la pression mise sur chaque jeu au pied administré par une charnière Youngs-Farrell diaboliquement précise.

Une stratégie inadaptée

Trois des quatre essais anglais en première période font suite à des jeux au pied de pression ou d'occupation. Face à cette statistique affolante, on ne peut que remettre en question l'un des choix principaux de Jacques Brunel : titulariser Yoann Huget à l'arrière, un poste qu'il n'avait plus occupé depuis décembre 2017 avec Toulouse en Challenge Cup. Sans doute en manque de repères, il a été en difficulté à de nombreuses reprises dans le repli défensif. Difficulté que les Anglais ont su exploiter à merveille. C'est aussi en cela que les Anglais surpassent le XV de France : ils sont capables d'analyser les faiblesses adverses et d'adapter leur stratégie en conséquence. On recherche toujours ce genre de démonstration des Bleus depuis l'arrivée de l'actuel sélectionneur. Peut-être ne sont-ils tout simplement pas correctement préparés au rugby international.

Un coaching incompréhensible

Le match à l'arrière de Yoann Huget met en lumière l'un des grands mals de l'ère Brunel : faire jouer certains joueurs à des postes qu'ils n'occupent pas en club. À trop vouloir rechercher la polyvalence, on y perd en spécialistes. Le match de Gaël Fickou, cantonné à l'aile alors qu'il marche sur l'eau au centre en Top 14, le prouve. En ayant du mal à exprimer ses qualités, le joueur du Stade Français n'a battu aucun défenseur en 70 minutes. L'argument qui justifiait ce choix, à savoir la titularisation de la paire Doumayrou-Bastareaud pour répondre au défi physique de Tuilagi, n'a pas tenu la route. Les deux joueurs ont été dépassés par la vitesse et la vista d'Henry Slade, encore une fois auteur d'une superbe prestation. Autre point noir dans le coaching de Jacques Brunel : l'inexpérience du banc. Les remplaçants français présentaient une moyenne de 3 sélections, contre 25 pour le banc anglais. Un peu léger pour rentrer face à une équipe de ce calibre.

Des leaders défaillants

Dans ce climat perpétuel de défaite dans lequel vit le XV de France, des leaders de jeu auraient pu sortir la tête de l'eau et guider leurs coéquipiers face au rouleau compresseur anglais. Ce ne fut pas le cas. La charnière Parra-Lopez, présentée comme une évidence avant le Tournoi, n'a pas su accélérer le jeu ni mettre les Anglais sous pression en jouant au pied. Guilhem Guirado, capitaine courage de ces dernières années, a énormément perdu en rendement depuis quelques mois. Mathieu Bastareaud ne répond plus aux exigences de vitesse et de technique du rugby international. Louis Picamoles a été l'un des rares à rivaliser, mais s'il a avancé balle en main, il a été en difficulté face au pied anglais. En bref, le rugby français manque de champions. Celui qui s'en rapproche le plus et qui a dynamiter la défense britannique, Antoine Dupont, n'était que remplaçant sur la feuille de match. Cherchez l'erreur.

Antoine Dupont, auteur d'une bonne entrée en jeu

Antoine Dupont, auteur d'une bonne entrée en jeuIcon Sport

Avec la déculottée reçue à Twickenham, le XV de France peut tirer un trait sur les traditionnelles défaites encourageantes, arbres cachant une forêt inexorablement malade. Les instances qui gèrent le rugby français ont devant elles un terrible constat d'échec. À elles de prendre les décisions qui s'imposent pour redresser un navire coulant inlassablement depuis trop longtemps.

Par Baptiste Pery

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