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Chazal : "Si Sexton joue dimanche, c'est triste pour lui"

Chazal : "Si Sexton joue dimanche, c'est triste pour lui"
Par Leo Faure via Midi Olympique

Le 09/02/2021 à 18:04Mis à jour Le 09/02/2021 à 18:22

TOURNOI DES 6 NATIONS 2021 - Le neurochirurgien clermontois s'alarme du fait que l'ouvreur irlandais Jonathan Sexton pourrait être aligné face aux Bleus, dimanche, sept jours après une commotion cérébrale qui lui semble évidente.

Avez-vous vu les images du choc à la tête reçu, dimanche, par Jonathan Sexton face au pays de Galles ?

Oui, je les ai vues en direct comme j'ai vu l'intégralité du match, d'ailleurs. Globalement, c'était une rencontre extrêmement virile, avec plusieurs blessés et des commotions cérébrales. Ça tapait fort, comme on dit. Pour le choc de Sexton, il est assez clair : c'est un coup de genou involontaire mais violent en région pariétale, avec un effet d'accélération-décélération classique dans les phénomènes générant des commotions. C'est amplifié par le fait qu'il n'y a pas de gainage de la région cervicale. Sexton tombe comme boxeur qui reçoit un uppercut violent. Il reste au sol puis assis, le regard dans le vague. Cela dure longtemps, peut-être une minute. Ses gestes sont saccadés, avec les bras assez raides. Il sort ensuite encadré de plusieurs personnes, avec une légère ataxie. En clair, il n'est pas très stable. Il y a donc toutes les raisons de penser qu'il a effectivement subi une commotion cérébrale. En tout cas, il en a tous les signes.

Pour vous, la commotion est évidente ?

Être affirmatif à 100 %, en médecine, est quelque chose de difficile. Mais tous les arguments, tous les signes sont là pour le penser. Je faisais la comparaison avec la boxe : quand un boxeur prend un coup, tombe puis se relève, il sautille immédiatement pour montrer qu'il n'a pas cette ataxie, qu'il est stable et dans un état normal. Là, il me semble que Sexton ne sautille pas. Il sort difficilement du terrain, avec les jambes écartées ce qui est un autre signe de l'ataxie. Il s'est donc passé quelque chose sur le plan neurologique. C'est indéniable.

Dès la conférence de presse d'après-match, il dit qu'il va bien. Peut-on le croire ?

C'est une réaction commune chez les joueurs. C'est un professionnel, un compétiteur, et l'enjeu du moment est immense avec l'envie de gagner le Tournoi. Il a donc intérêt à dire qu'il va bien. Tant qu'il n'y a pas de signe extérieur objectif, comme des vomissements ou un trouble majeur de l'équilibre, il peut affirmer qu'il va bien. Cela ne veut pas dire qu'il n'a pas de maux de tête, ou de légers vertiges. Ces signes, il peut les garder pour lui. Il peut les ressentir mais ils ne sont pas visibles, donc il peut les masquer. J'ai vu beaucoup de joueurs faire cela. C'est d'autant plus possible que Jonathan Sexton est un garçon habitué aux commotions. Les premières images très significatives le concernant, sur le sujet, remontent à 7 ans en arrière. Il a appris à gérer tout cela. Comme beaucoup de joueurs sujets à des commotions régulières, ils apprennent à donner le change pour pouvoir rejouer rapidement.

Malgré tout, seriez-vous surpris de le voir rejouer dès dimanche, face au XV de France ?

Surpris, le mot est faible. Cela m'inquiète. Il a subi plusieurs commotions dans sa carrière. Celle de dimanche me semble assez évidente. Il sort ataxique, je le répète, et on nous dit que sept jours plus tard, il va rejouer ? Mais a-t-il passé tous les tests HIA ? A-t-il passé un IRM, le seul examen qui peut montrer les micro-lésions cérébrales ? Je comprends l'enjeu fort du Tournoi et de ce match. Mais ce n'est pas suffisant pour justifier qu'il prenne ce type de risque. Le danger est sérieux. Les commotions symptomatiques, ajoutées les unes aux autres, créent des micro-lésions sur le cerveau. C'est un terrain très favorable au développement des maladies de Charcot, de Parkinson ou d’Alzheimer. Et nous ne sommes pas dans la spéculation : c'est désormais très connu des spécialistes du domaine, depuis les études de l'université de Boston sur le sujet, en 2013. Sexton est-il bien informé de tous les risques ?

N'aurait-il pas le droit d'assumer ce risque, en son âme et conscience ?

Il est professionnel, payé pour ça. Il accepte effectivement de prendre ce risque, tout comme son employeur. Mais sur le plan humain, c'est assez effarant de voir cela. Si Sexton joue dimanche, c'est triste pour lui. C'est vraiment ce que cela m'inspire : de la tristesse. Et puis, est-il pleinement informé ? Fait-il ces choix en pleine conscience des conséquences ? Assume-t-il en toute objectivité ces risques ?

Si Sexton jouait effectivement ce week-end, serait-ce alors une faillite du système, qui l'autoriserait à se mettre en danger ?

Oui, s'en serait une. World rugby devrait avoir un comité d'experts en neuro-traumatologie. Des médecins indépendants et qui maîtrisent tous ces risques, les contrôlent parfaitement, suivent tous les protocoles, les IRM, les prises de sang et tous les marqueurs des commotions cérébrales. In fine, ils auraient le pouvoir d'interdire à un joueur de jouer un match. Aujourd'hui ce n'est pas le cas.

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