Rugbyrama

TOURNOI DES 6 NATIONS - Flashback : 1992, le France - Angleterre du déshonneur

Flashback : 1992, le Crunch du déshonneur

Le 01/02/2017 à 09:19Mis à jour Le 01/02/2017 à 17:58

6 NATIONS - Il y a 25 ans, les Bleus en quête de revanche après un Mondial raté se sont effondrés au Parc des Princes contre l'Angleterre, rival historique en route pour le Grand Chelem : une défaite 13-31, des hommes blessés et une première historique avec deux joueurs expulsés dans le même match. Retour sur un naufrage.

Quatre mois plus tard, personne ne pouvait avoir oublié. Eliminée le 19 octobre dans son jardin du Parc des Princes en quart de finale de la Coupe du monde 1991, meurtrie par les coups et un sentiment d'injustice qui verra Daniel Dubroca demander des comptes à l'arbitre, l'équipe de France retrouve le 15 février dans ce même théâtre, le XV de la Rose pour le match au sommet du Tournoi 1992.

Les Anglais viennent de dérouiller l'Ecosse à Murrayfield (7-25) et d'humilier l'Irlande à Twickenham (38-9). Les Bleus, exempts lors du premier round sont, eux, allés s'imposer au pays de Galles (9-12) pour la première du sélectionneur Pierre Berbizier et du capitaine Philippe Sella. C'est un tremplin pour le Grand Chelem… Les Bleus ont des promesses à tenir.

France - Angleterre 1992

France - Angleterre 1992AFP

Pierre Berbizier, le sélectionneur d'alors, raconte : "C'était mon premier Tournoi, j'avais récupéré le poste deux mois auparavant et nous avions démarré la compétition sans trop de préparation. J'avais été rencontrer les journalistes anglais chez eux à Londres. Et après le Mondial qui s'était mal terminé, j'avais annoncé que la France allait retrouver de la discipline. A partir de ce Tournoi, ils allaient voir ce qu'ils allaient voir…"

Sella : "J'avais l'impression d'être dans un autre monde"

Ils ont vu. "Ce fut l'apocalypse : des blessures, les expulsions", grince Berbizier. Un scénario catastrophe alors que le début du film était prometteur : certes menés après une pénalité de Webb (5e), les Français sont dans le match et prennent les commandes à la 34e grâce à un essai de Viars. Mais la suite est une descente aux enfers : un essai de pénalité à la 38e, un essai de Webb deux minutes plus tard qui laisse les Anglais pointer en tête à la mi-temps (4-15) et surtout qui laisse les Bleus orphelins de leur capitaine.

25 ans plus tard, Sella se souvient : "Je défends sur Webb et je finis dans l'en-but. Sur un coup de pied, je suis victime d'une commotion : personne ne s'en rend compte. Pour la deuxième fois de ma carrière, je me retrouve à sortir en deuxième mi-temps et je suis seul dans les vestiaires. Après quelques minutes, j'entends du bruit et je vois Lascubé qui rentre. Je lui demande si c'est fini, il me répond qu'il s'est fait virer. Puis il y a de nouveau du bruit et Moscato rentre. "Alors c'est terminé ? C'est combien le score ?". Il me répond qu'il s'est fait virer. J'avais l'impression d'être dans un autre monde".

Sentiment partagé par le Parc des Princes. Menés 4-18, les Bleus peuvent encore y croire mais ils vont se saborder : une combinaison ratée entre Penaud et Sadourny qui se télescopent offre un ballon de récupération à l'Angleterre qui se révèle fatal avec un essai d'Underwood. Sur cette action, Christophe Mougeot, tentant de défendre, se blesse.

Ensuite, Lascubé est expulsé pour stamping (70e). "Il a fait du Fred Astaire sur ma tête", dira la victime. Même tarif pour Moscato pour une entrée frontale en mêlée. Pour la première fois dans le Tournoi, une équipe voit deux de ses joueurs expulsés. Suspendus 28 semaines, ils ne joueront plus jamais en Bleu. La fin de match est brûlante. "La seule fois dans un match international où mon principal souci était de m'assurer que je ne m'étais pas mis dans une position où j'étais sans défense", avouera l'Anglais Brian Moore.

Berbizier : "Tout était contre nous"

Malgré cela, le bateau français coule. il est noyé à la 79e quand Morris inscrit le 4e essai anglais. L'arbitre quittera le terrain escorté. Pierre Berbizier confesse : "Je ne l'ai pas très bien vécu. Mais je n'ai pas éprouvé de sentiment de trahison : il y a simplement eu un enchaînement de faits et l'addition a fini par nous coûter cher. Tout était contre nous. Et puis il faut rendre hommage à cette équipe anglaise qui était bien plus en place que nous. Moi, quand j'ai repris l'équipe de France, je me suis retrouvé un peu dans la même situation que Guy Novès : c'était la fin d'une génération, il y avait une crise sportive après un grand échec, une crise politique en toile de fond..."

Grand Chelem envolé, Berbizier a analysé ce rendez-vous raté non pas comme un échec mais comme une leçon. "Ça m'a permis de comprendre que le mal était profond, que nous avions un sérieux problème et de véritablement faire table rase du passé pour remettre de la discipline. Ce fut un mal pour un bien. Ça m'a permis de bâtir". Pour conduire l'équipe de France à la victoire en 1993, à la tournée victorieuse de 1994 en Nouvelle-Zélande et jusqu'à la cruelle troisième place du Mondial 1995...

Contenus sponsorisés